Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 06:52

Série de l’été – 1979, Madness remet au goût du jour Prince Buster, le chantre du ska…

serieete08---Madness.jpgLondres, fin des années ’70, le mouvement punk s’étiole, la new wave n’a pas encore pris son envol. Il y a donc une brèche musicale dans laquelle s’engouffre le two-tone, un label qui cherche à promouvoir une sonorité venue en droite ligne de la Jamaïque, le ska. Parmi les chefs de file de cette musique on compte The Specials, Bad Manners, The Selecter et un groupe baptisé The Invaders. Ce dernier a été fondé en 1976 par Mike Barson, dit Barso, et Chrissy Boy Foreman pour satisfaire leur passion du ska. Mais à l’époque, le ska n’a que peu de retentissement sur la scène musicale anglaise. C’est le grand mérite de Jerry Dammers, le chanteur de The Specials, que d’avoir imposé, en 1979, un rythme secondaire sur la scène anglaise d’abord, internationale ensuite à un moment de flottement entre deux époques… 1979, c’est aussi le moment de l’arrivée de Graham Suggs McPherson, Mark Bedford et Dan Woodgate dans The Invaders. Rapidement, le nom du groupe devient Madness, clin d’œil à une chanson de Prince Buster, la référence ultime du ska, Madness is Gladness (1961)… Madness entre dans les studios du Two-Tone pour enregistrer un premier single intitulé The Prince, nouvel hommage à Buster. Le titre marche plutôt bien, Barso et Suggs décident de répondre favorablement à l’appel de Stiff Record qui leur propose d’enregistrer un second single et, dans la foulée un album. Pour ce premier essai chez Stiff, Madness choisit d’enregistrer un morceau moins connu de Prince Buster, One Step Beyond, qui est en fait la face B du 45 tours Al Capone, l’un des plus gros succès de Buster.

Dans les années 60, Prince Buster est considéré comme l’un des artistes les plus importants de Jamaïque. Fervent défenseur de l’identité jamaïcaine, il est aussi un chantre de la négritude posant par là-même les premiers jalons du reggae et de la culture rastafari. Influencé par les Black Muslims, Buster se convertira même à l’Islam. Buster parcourt l’Europe et les Etats-Unis pour faire connaître le ska et le rocksteady et c’est lors d’un passage dans l’émission Ready ! Steady go !, en 1965, qu’il se fait connaître de la jeunesse anglaise. A l’aube des années 70, après avoir mis le pied à l’étrier de plusieurs artistes jamaïcain et contribué au lancement du reggae, Buster met sa carrière entre parenthèse pour s’occuper surtout de son magasin de disque. Au début des années ’80, par l’intermédiaire de Madness, l’Europe (re)découvre certains titres de Buster… One Step Beyond, notamment ! C’est probablement à l’univers particulier de Prince Buster que Madness doit son succès, le nom du groupe est inspiré d’une chanson de Buster, les premiers titres sont des reprises de Buster…

En 1982, le National Party, parti d’extrême droite britannique, tente de récupérer Madness car le groupe est exclusivement composé de blancs et que les textes chantés, contrairement à ceux des autres bands two-tone et ska, ne sont pas ou peu politisés. Madness n’entend pas faire de politique, juste de la musique. On peut, évidemment, se demander pourquoi Madness s’est-il engouffré dans la brèche two-tone qui repose fortement sur des bases politiques (two-tone, deux-tons, ce sont le noir et le blanc qui symbolisent l’égalité des races et l’harmonie des peuples) et pourquoi ils font l’apologie de Prince Buster qui était également très politisé, mais Barso et Suggs refusent l’étiquette politique, à fortiori celle de l’extrême droite que le National Party veut leur coller. On peut aussi clairement se demander pourquoi un parti d’extrême droite veut faire d’un groupe qui reprend des chansons de Prince Buster, un Musulman qui affirme et défend les droits des Noirs, l’une de ses icônes. Cela démontre assez clairement les limites intellectuelles et culturelles des apôtres de l’extrême droite !

Barso quitte Madness en 1983 car il juge que le groupe prend une direction trop pop. De fait, les albums suivants sont davantage pop que ska et, en 1986, Madness implose. Il y aura bien quelques tentatives de reformation, sous le nom The Madness (sans Barso) mais chacun repart de son côté avec de nouvelles activité. Il faut attendre 1999 pour voir Madness (avec Barso) se reformer pour l’enregistrement de l’album pop/ska Wonderful… Aujourd’hui encore, Madness court les festivals où le titre One step beyond reste leur titre de référence !

Version de Madness (1979)


Version de Prince Buster (1964)


  One Step Beyond

One step beyond est un instrumental sur lequel Chas Smash, le claviériste, crie de façon sporadique la phrase One step beyond (un pas en arrière)…

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans A découvrir
commenter cet article

commentaires