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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 10:04

Deux anciennes gloires du foot brésilien fustigent l'organisation du Mondial dans leur pays.

brasil2014.jpgA un peu moins de six mois du coup d'envoi de sa Coupe du Monde de football, le Brésil poursuit l'aménagement des diverses infrastructures. Voici quelques jours, la FIFA s'inquiétait de la situation car, selon la fédération internationale de football, les stades seront livrés beaucoup trop près de la date d'ouverture du tournoi, le 12 juin prochain, et les autres infrastructures semblent également loin d'être optimale. Sur les ondes de France Bleu(1), le Secrétaire Général de la FIFA, Jérôme Valcke, posait le constat que les stades ne pourraient pas être testés avant la Coupe du Monde et que les infrastructures d'accueil et de transport ne sont pas "parfaitement en place". Et pourtant, le Brésil a investi plus de 8 milliards d'euros dans la préparation du Mondial (ndlr le double du coût du précédent en Afrique du Sud). Un montant faramineux qui génère de plus en plus la colère d'une grande frange de la population. En juin 2013, un an avant le début de la Coupe du Monde, plus d'un million de personnes descendaient dans les rues pour protester contre l'argent englouti dans une manifestation qui ne durera qu'un mois. Samedi dernier, à l'initiative d'Anonymous Rio, des foules massives se sont retrouvées sur la plage de Copacabana, devant le musée d'art de Sao Paulo et ailleurs dans les rues de Salvador de Bahia, de Porto Allegre ou de Brasilia pour lancer le premier cri anti-Mondial de 2014. Clairement, ces opposants critiquent l'argent dépensé pour la construction ou la rénovation des stades alors que l'offre de service public est en déliquescence ou que son coût pour la population augmente. En 2013, le prix d'un ticket de bus, par exemple, a augmenté de 5,7%... Inadmissible, disent les anti-Mondial, lorsque l'on débloque plusieurs milliards pour organiser un tournoi de football. L'organisation de cet événement a également impacté le coût des vols intérieurs qui ont augmenté de 30%; dans un pays aussi vaste, ce moyen de transport est fortement utilisé et l'augmentation fait mal à ceux qui doivent se déplacer. Le secteur hôtelier a également vu ses prix flamber; Rio de Janeiro est ainsi devenue la troisième ville mondiale la plus chère du monde en termes d'hébergement(2)...

Si en 1950 l'ensemble de la nation brésilienne soutenait l'organisation de sa Coupe du Monde, il n'en va pas de même en 2014. L'opinion de la rue y est même majoritairement opposée "Ils ont dépensé des millions alors que les gens manquent de tout, qu'ils ont faim et qu'ils meurent à la porte des hôpitaux"(2) déclarait une habitante de Manaus dont la ville peut s'enorgueillir de posséder un stade flambant neuf - dont coût 700 millions de reals, soit quelque 210 millions d'euros - alors qu'il n'y a pas de club de football en première division.

Romario et Rivaldo montent au créneau

Evidemment, les organisateurs et les partisans de l'organisation de la Coupe du Monde (et de J.O. qui auront lieu dans la foulée, en 2016) mettent en avant que cet événement mondial aura des retombées économiques importantes pour le pays, à commencer par le nombre de personnes que les travaux liés à l'organisation font vivre. Il y aura aussi de nouvelles infrastructures (routes, rénovation de sites touristiques, réseaux de communication...) modernes et une visibilité importante pour le Brésil sur lequel les yeux de toutes les autres nations seront posés. Comme à l'accoutumée, les organisateurs d'un événement planétaires avancent l'argument des retombées économiques postérieures mais "La recherche universitaire est assez unanime sur le fait que l'organisation de méga-événements sportifs n'engendre pas de boom économique dans un pays et, au contraire, coûte cher aux contribuables"(3) commente Bastien Drut, Docteur en économie avant d'ajouter "Il ne sera, à priori, pas rentable pour le Brésil d'accueillir la Coupe du Monde 2014"(3).

Ancien joueur-vedette de Flamengo et de Fluminense, deux clubs brésiliens prestigieux, mais aussi du FC Barcelone, du PSV, du FC Valence et champion du monde 1994, Romario est désormais Député fédéral pour le Parti Socialiste brésilien. L'an passé, il montait au créneau pour dénoncer la mauvaise utilisation de l'argent public. Selon lui, 8000 écoles, 150.000 logements sociaux et 28.000 terrains de sports auraient pu être construits avec l'argent dépensé pour la Coupe du Monde. "La vraie présidente de notre pays c'est la FIFA. La FIFA vient chez nous et installe un état dans l'état. La FIFA fera un bénéfice de quatre milliard de réals qui laisseront un milliard de taxes mais elle installe son cirque sans dépenser un sou et empoche ensuite le pactole"(4). C'était à l'été dernier. Désormais, une autre gloire du foot brésilien se fait porte-parole des anti-Mondial. Rivaldo - ancien joueur des Corinthians, du FC Barcelone et de l'AC Milan, vainqueur de la Coupe du Monde 2002 - affirme que son pays n'était pas apte à organiser la Coupe du Monde. "Le Brésil va avoir honte !"(5) dit-il sans ambage sur les ondes de la radio nationale Jovem Pam. "Nous savons que le Brésil a d'autres priorités. Nous avons plus besoin de bâtir des écoles, des hôpitaux ou des prisons que des stades. On dépense beaucoup trop d'argent pour un événement qui ne dure qu'un  mois"(5).

Dix millions d'amateurs de football ont d'ores et déjà demandé un ticket pour assister à un ou des matches de la Coupe du Monde mais, à moins de six mois du coup d'envoi, il va falloir se dépécher pour tout boucler dans les temps. La moitié des stades qui accueilleront les matches n'est pas achevée. Celui de Sao Paulo qui accueillera la cérémonie d'ouverture devait être terminé en décembre, c'est loin d'être le cas. Une dead-line a été fixée par la FIFA au 15 avril. La semaine passée, c'est du coté de Manaus que de nouveaux contretemps se sont déclarés : les chantier de rénovation de l'aéroport et d'un centre d'entrainement sont à l'arrêt  pour cause de non-respect des conditions de travail... Entre chantiers en retard, coût prohibitif et faible espoir de retombées économiques, les Brésiliens semblent regretter de plus en plus que la Coupe du Monde 2014 ait lieu chez eux !

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(1) Pour Valcke, les stades brésiliens sont livrés "trop prochedu coup d'envoi", on rtbf.be, 12 janvier 2014
(2) A six mois du Mondial, le Brésil est-il prêt ?, par Farid Achache, on rfi.fr, 2 décembre 2013
(3) Quel intérêt pour le Brésil d'organiser ces grands événements sportifs ?, par Nicolas Conter, on jolpress.com, 9 juin 2013.
(4) FIFA is the real president of Brasil, says Romario, par Brian Homewwod, on uk.reuters.com, 22 juin 2013
(5) Pentacampeao Rivaldodispara contra Copa do Mondo : "Vamos passar vergonha", on jovempam.uol.com.br, 23 janvier 2014

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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