Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 09:10

Parmi les partis politiques la question se pose de plus en plus clairement, faut-il exclure la N-VA des négociations... ou pas ?

oui-osons.jpgHier soir, le Triumvirat se réunissait une nouvelle fois pour tenter de remettre sur les rails le processus de mise en place d'un Gouvernement belge. L'espoir des tous les partis présents autour de la table était clairement de relancer les négociations avant dimanche prochain car nous serons alors le 23 janvier, date de Shame, la manifestation de ras-le-bol organisée à Bruxelles. Cette manifestation citoyenne séduit de plus de monde, ce sont plusieurs dizaines de milliers de personnes qui sont attendues sur le même parcours qu'en 2007 lorsque l'Orange-Bleue peinait à la tâche. L'espoir de tous les partis était donc, disé-je, de relancer les négociations avant le 23 janvier... Tous les partis ? Non, bien sûr... car la N-VA a encore une fois dit, par l'intermédiaire de son Président De Wever, NON ! Quand je pense que Joëlle Milquet fut, en son temps, baptisée Madame Non par les partis flamands... elle n'a pourtant pas dit le quart de la moitié des non qu'a prononcé Bart De Wever depuis le 10 juin 2010 ! Plus que jamais, les négociations semblent impossibles avec la N-VA. "Autour de la table se trouve un parti - la N-VA - qui ne connait pas le sens et la définition du mot compromis"(1) note avec justesse Jean-Marc Nollet, le Vice-Président ECOLO du Gouvernement Wallon. Comment est-il possible de négocier avec un parti qui n'est pas prêt à faire quelques compromis ? C'est tout simplement impossible !

Dès lors, on en revient à ce que je dis depuis le 23 août dernier : il faut exclure la N-VA des négociations. Il y a moyen de former un Gouvernement sans la N-VA, elle n'est pas incontournable. Il faut juste oser entamer les négociations, avec tous les autres partis, y compris les Libéraux flamands et wallons, afin de clairement montrer à Bart De Wever qu'à force de trop vouloir il n'aura plus rien ! Au sein même des partis politiques, tant au nord qu'au sud du pays, cette possibilité commence - enfin serais-je tenté de dire - a faire son chemin. Le socialiste francophone Philippe Moureau a clairement dit, sur le plateau de Mise au Point sur la RTBF dimanche passé, que ce serait mieux sans la N-VA. Charles Michel, le candidat-Président du MR a également déclaré, dans La Libre Belgique de samedi dernier, que la N-VA devrait être bannie des négociations tandis que Richard Miller, Sénateur MR, abondait en ce sens en déclarant que "l'idée d'associer les libéraux, sans la N-VA est une hypothèse réaliste"(2) avant d'ajouter : "Nous ne pouvons rester l'otage de la N-VA. Je lance un appel pour que l'on cesse de s'accrocher à la N-VA à n'importe quel prix"(2). Dans la mouvance MR, le bouillant FDF Olivier Maingain semble aussi favorable à la poursuite sans la N-VA, mais ça n'est pas vraiment une surprise dans son chef. Et du côté flamand ? Et bien karel De Gucht (Open VLD), le Commissaire européen, a été le premier, le 12 janvier dernier, à émettre l'idée d'exclure la N-VA. "Si la N-VA, pour des raisons politiques que je respecte, n'est pas en état actuellement de conclure un c ompromis sur la Réforme de l'Etat, alors il faut penser à d'autres solutions"(3). Enchainant sur les propos de son Commissaire européen, l'Open VLD a déclaré être prêt à participer à des négociations, même si cela ne serait pas à n'importe quel prix. Vincent Laborderie, Doctorant en Sciences Politiques à l'Université Catholique de Louvain (UCL) estime, pour sa part, que sous une pression extérieure trop forte, les partis flamands pourraient se résoudre à la formation d'un Gouvernement sans la N-VA...

Bien entendu, il reste des partisans de la poursuite des négocations avec la N-VA, à commencer par le CD&V qui apparait de plus en plus comme un écornifleur des nationalistes flamands. Les chrétiens-démocrates flamands ne sont vraiment plus que l'ombre du grand parti qui offrit à la Belgique quelques grandes pointures politiques dans les années '70 et '80... Au sud du pays, dans les rangs du MR, le Sénateur Armand De Decker estime qu'il ne faut pas honnir la N-VA des palabres mais qu'il faudrait quand même y intégrer les Libéraux.

On commence donc à entrevoir la faisabilité d'un Gouvernement sans la N-VA. Restent deux cartouches que ceux qui refusent l'idée d'écarter la N-VA ne manqueront pas de tirer : la N-VA est le vainqueur des élections et si on écarte la N-VA, le parti nationaliste flamand en sortira grandi et cartonnera aux prochaines élections... Il convient de mâtiner sérieusement ces deux arguments.

La N-VA est le grand vainqueur des élections : cela n'a aucun sens car nous évoluons dans un système électoral à la proportionnelle. Une règle de base régit le système à la proportionnelle, l'arithmétique ! Il s'agit de former un Gouvernement sur base du résultat des urnes et pour gouverner il faut une majorité (simple ou des deux-tiers selon les cas). Le but est donc simplement de mettre en place une majorité arithmétique, peu importe si le parti qui a enregistré le plus de voix en fait partie ou pas. Dans un système à la proportionnelle, comme c'est le cas en Belgique, il n'y a pas de vainqueurs aux points, il n'y a qu'une majorité arithmétique qui importe. Dire que la N-VA est incontournable dans un Gouvernement parce qu'elle a récolté le plus de voix est une imposture intellectuelle; pour gouverner il faut la majorité pas être le premier parti en termes de voix !

La N-VA cartonnera aux prochaines élections si elle est exclue des négociations : possible, mais pas certain ! Beaucoup de Flamands ne sont pas séduits par les thèses de la N-VA; pour rappel, les 28,7% de voix glanées par la N-VA en juin dernier ne représentent que 2,87 Flamands sur dix... c'est encore de l'arithmétique. Par ailleurs, parmi ceux qui avaient voté pour les Nationalistes, il s'en trouve qui sont déçus de la tournure des choses. Ils s'aperçoivent qu'il y a une marge immense entre les paroles électorales de Bart de Wever et leur concrétisation réelle. En écartant la N-VA des négociations, en formant un Gouvernement sans elle, les autres partis politiques montreraient clairement que la N-VA est incapable de prendre part au jeu politique belge et qu'elle ne pourra jamais satisfaire sur le terrain à ses promesses faites sur le papier. Je suis convaincu qu'écarter la N-VA ne ferait pas son jeu pour les prochaines élections législatives !

Il est grand temps d'avoir le courage politique de prendre cette décision d'écarter la N-VA de la formation du prochain Gouvernement. Pour cela, il faut que tous les autres partis démocratiques le décident et surtout que le CD&V accepte de couper ce cordon ombilical qui le lie stupidement aux Nationalistes flamands. C'est à ce prix que la Belgique sortira de l'ornière politique dans laquelle la N-VA l'a plongée. Il faut oser appliquer le slogan de la N-VA : "Nu durven veranderen" ("Maintenant, il faut oser changer")... Et bien oui, osons changer la N-VA contre d'autres partis pour faire un Gouvernement. Il est temps... il est grand temps car la Belgique a besoin d'un Gouvernement, tant socialement qu'économiquement. 218 jours d'impasse, cela suffit !

-----
(1) Avec ou sans la N-VA ?, par André Gilain, in La Dernière Heure/Les Sports, 17 janvier 2011
(2) Richard Miller répond à Armand De Decker, on dhnet.be, 17 janvier 2011
(3) Crise : Karel De Gucht envisage des négociations sans la N-VA, on dhnet.be, 13 janvier 2011

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans Actualité
commenter cet article

commentaires