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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 15:34

Ou le syndrome «pas dans mon jardin»…

 

nimby.jpgPour prospérer, une société (ndlr entendez par l’organisation humaine dans sons sens général et non pas particulièrement l’entreprise bien que le propos puisse aussi s’y étendre) doit s’agrandir, faire face à la situation économique, créer des emplois tout en protégeant l’aspect social,… bref évoluer ! Nous sommes – ou nous devrions l’être – tous conscients que cela passe par un développement économique important. Ce développement engendre aussi un surplus de consommation et donc de déchets… Mais où veut-il en venir, en entends-je certains s’interroger. Simplement au fait que nous savons pertinemment bien, même si certains préfèrent se voiler la face et pensent que l’on pourrait faire sans, que nous avons besoin d’aéroports, de ports, de zoning industriels et/ou commerciaux, d’une gare TGV, d’usines, d’antennes GSM, de centres de traitement des déchets, et cetera… à condition, bien entendu, que tout cela ne se fasse pas sous nos fenêtres ! On appelle cela l’effet Nimby…

Qu’est ce que le syndrome Nimby ? Il s’agit, selon la Direction Générale des Ressources Naturelles et de l’Environnement de Wallonie(1), de «l’opposition de populations riveraines à l’implantation ou l’extension d’une nouvelle installation». Nimby est l’acronyme de Not In My BackYard, que l’on traduit par pas dans mon jardin. Le phénomène est né dans les années 60(2), aux Etats-Unis, de l’opposition de certains groupes défendant le poids du droit individuel et de certaines collectivités locales face à l’état. Depuis, l’effet Nimby s’est étendu à tous les pays industrialisés et peut se résumer ainsi : construisez votre activité de développement, oui mais pas devant chez moi ! Le problème est que quoi que l’on entreprenne, cela se passe toujours sous les fenêtres de quelqu’un…

Le réflexe est humain, on entend protéger son cadre de vie, sa qualité d’existence alors, on se bat pour renvoyer le projet vers d’autres lieux où d’autres personnes crieront «pas dans mon jardin !» et se battront pour renvoyer le projet vers d’autres lieux ou d’autres personnes… c’est un cercle vicieux ! Et pourtant, l’usine il faut bien la construire et l’aéroport il faut bien l’étendre si l’on veut perpétuer le développement économique d’une région et éviter ainsi qu’elle périclite. Liège est un exemple assez parlant à ce propos ; à quelques kilomètres des Pays-Bas et de l’Allemagne, à trois heures de Paris, dotée d’un réseau autoroutier important, d’un aéroport régional qui tourne correctement, d’une gare TGV flambant neuve, possédant un des premiers ports fluviaux d’Europe, reliée à la mer du nord par le biais du canal Albert, … Tout semble donc aller pour le mieux et cela irait ainsi si ce n’était l’effet Nimby qui pèse sur toutes ses activités.

Non à l’extension de l’aéroport ont hurlé en cœur les riverains de Bierset - sauf mon copain Marc qui est bien trop heureux d’avoir enfin, grâce à cette extension, trouver un emploi dans une société de fret aérien installée sur place - ; non à l’extension du port autonome scandent d’autres ; non au tracé du TGV tel quel ajoute la population qui borde la voie ; non à la plateforme multimodale (Trilogiport) de Hermalle-sous-Argenteau scandent les riverains… Et finalement non à la Belgique décideront les entreprises qui auraient pu s’installer sur notre territoire, lassées par tant de discordes elles iront à Francfort ou à Eindhoven, derrière nos frontières mais à quelques encablures finalement des infrastructures liégeoises citées plus haut. Et nos amis allemands et hollandais pourront, eux, se frotter les mains d’avoir accueilli ces entreprises et créé de l’emploi !

Mais n’est-il pas logique de se dire que si l‘on s’installe à proximité d’un aéroport celui-ci finira, un jour ou l’autre, par développer ses activités ; que si l’on bâtit sa maison au bord d’un canal, et qu’à fortiori celui-ci a été porté au gabarit européen il finira bien par accueillir des activités industrielles et/ou commerciales ; que si l’on succombe à la folie smartphonique ambiante qui nous permet d’être connectés et joignables partout il faut plus de relais pour assurer une couverture convenable ; que si on achète un lopin de terre bordé par une voie ferrée, celle-ci connaîtra tôt ou tard, un développement de son utilisation, que si l’on veut faire baisser notre empreinte écologique il faille construire de éoliennes, et cetera. Lorsque j’habitais à Cheratte, un village qui avait accueilli plusieurs vagues d’immigrations, j’ai entendu un jour un type dire, le plus sérieusement du monde, à un autre : «si on n’aime pas trop les arabes, on ne s’installe pas dans un village où il y a une concentration de ces immigrés !»… Si, je vous assure, je l’ai entendue prononcée telle quelle. Mais ce qui m’amuse, c’est que l’auteur de cette pensée profonde, riverain de l’aéroport de Bierset, se plaignait aussi parce qu’il est gêné par les avions qui atterrissent et décollent… J’ai, à mon tour, envie de lui dire : «quand on n’aime pas trop les avions, on ne s’installe pas à proximité d’un aéroport !»…

 

Nimby est donc une forme de résistance au changement et à l’évolution économique utile à toute société. Il s’agit quelque part d’une forme de repli sur soi, sur son confort matériel et sa tranquillité au détriment du besoin ou de l’intérêt collectif. Mais à trop être NIMBY on tombe dans le BANANA (Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anything ou Ne construisez rien nulle part près de quoi que ce soit) et la société, le groupe humain, part à vau-l’eau…


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(1) http://environnement.wallonie.be/

(2) par contre l’appellation Nimby a été utilisée pour la première fois en 1980

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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