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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 11:11

A propos d'univers littéraires et musicaux étriqués...

 

montes.jpgIl y a quelques temps, déja, je discutais avec un professeur de français croisé par hasard à propos des livres qu’on donne à lire à des élèves de 4è année secondaire. C’est, en effet, avec des romans, de Marc Lévy ou Alexandre Jardin qu'ils doivent remplir leurs fiches de lectures … J'étais effaré ! En quatrième secondaire, nous étions introduits à la littérature classique par le roman courtois, Tristan et Iseut, le poème épique, La Chanson de Roland ou La ballade des Pendus de François Villon mais aussi au 16è siècle avec La Pléiade, Ronsard ou Montaigne… La cinquième année était consacrée au classicisme et au baroque du 17è siècle ainsi qu’au merveilleux 18è siècle dit Siècle des Lumières. Durant la sixième et dernière année du cycle secondaire c’est le 19è et le 20è siècle que nous avons apprivoisés. En plus d’enseignants motivés à l’idée de nous transmettre leur savoir littéraire, nous disposions d’un outil essentiel : l’anthologie Lagarde & Michard qui en plusieurs tomes abordait de façon intéressante la littérature du 16è au 20è siècle. Avant de lire des auteurs modernes, nous apprenions les grands préceptes de la littérature, cela me paraît important car par delà le simple fait de lire un livre, aborder les grands auteurs – et particulièrement ceux du 18è siècle – est une ouverture de l’esprit et une éducation réelle au civisme et à la vie en société.

Qui n’a pas été initié aux Lettres Persanes et à De l’esprit des lois de Montesquieu ne peut pas prétendre connaître les fondements de la vie en société. Si Les Lettres Persanes abordent de prime abord la différence de cultures c’est, avant tout une critique profonde de la monarchie et de l’asservissement de la population française à son roi. De l’esprit des lois est l’un des ouvrages majeurs de la littérature française. Il servit de base à l’établissement de la Constitution française de 1791 sur laquelle repose la démocratie républicaine française actuelle. Cette Constitution stipule que les prérogatives royales deviennent prérogatives de la Nation et que le roi les exerce au nom de la Nation… La souveraineté est donc transmise à l’état et n’appartient plus au roi ! La Constitution de 1791 prévoit aussi la séparation des pouvoirs et établit la citoyenneté. Notons encore que cette constitution a influencé la Constitution des Etats-Unis et la Constitution belge. C’est assurément l’écrit le plus important jusqu’alors et il repose sur De l’esprit des lois de Montesquieu… Faire l’impasse sur cet auteur – et par extension sur tous les grands auteurs français du 16è au 20è siècle - est un crime de lèse-littérature commis par tous les professeurs de français du secondaire qui y sacrifient !

Je ne peux accepter, et l’ai dit à l’enseignante avec qui je débattais, que l’on fasse lire Marc Lévy ou Alexandre Jardin à des élèves du secondaire, avant qu'ils aient appréhendé les bases de la littérature.

J’ai également eu l’occasion de bondir en entendant le peu de culture musicale des adolescents actuels. Soyons clairs, si la musique n’a pas l’impact de la littérature sur la société, elle a contribué, surtout dans les années ’60 et ’70, à faire évoluer la société. Depuis La Marseillaise jusqu’à Blowin’ in the wind en passant Le chant des partisans, Le temps des cerises, When Johnny comes marching home ou encore We shall overcome des chansons et des musiques ont accompagné les grands mouvements de révolte qui ont marqué et fait évoluer la société. Face au manque de connaissance des ados d’aujourd’hui dont l’univers musical se résume à ce qui est sorti au 21è siècle je ne puis que réclamer la création d’un cours sur l’histoire de la musique dans le cursus secondaire…

Mais revenons à cet ado qui me fit donc bondir en affirmant que le générique de la série Les Experts : Manhattan est une chanson de Pearl Jam. Quelle horreur ! Sinistre petit inculte cette chanson dont tu fus même incapable d’énoncer le titre est Baba O’Riley des Who… Baba O’Riley est un grand classique de la protest song du début des années ’70 écrite par Pete Townshend, le guitariste des Who que la bible du rock, le magazine Rolling Stone, retient comme étant l’un des plus grands guitaristes de tous les temps… Pete Townshend, Roger Daltrey, Keith Moon ou John Entwistle – The Who – cela ne disait forcément rien au béotien boutonneux baigné d’inculture crasse…

Alors, pour information et pour que les ados qui passeraient par ici vieillissent un peu moins incultes, Baba O’Riley est une chanson écrite par Townshend pour un projet d’opéra-rock intitulé Lifehouse qui devait être, en 1971, la suite de Tommy un autre opéra-rock écrit par The Who en 1969. Lifehouse ne vit jamais le jour mais plusieurs titres écrits à cette occasion ont pris place sur l’album Who’s next qui deviendra le 28è meilleur album de tous les temps, toujours selon Rolling Stones. Baba O’Riley - parfois aussi connue sous le titre Teenage wasteland mots repris dans le refrain car le titre n’apparaît à aucun moment dans les paroles de la chanson – est un titre précurseur car The Who y amènent les premières touches de synthétiseur dans un son purement rock. Dix ans avant l’explosion de la New Wave, les Who avaient utilisé le synthé de façon remarquable. L’introduction de la chanson va crescendo jusqu’à l’explosion du synthé et des guitares rock. La fin de la chanson est un contre-pied total puisque c’est un long solo de violon quasiment tsigane qui ponctue, à l’idée de Keith Moon, Baba O’Riley.

Si Baba O’Riley a connu une seconde jeunesse en tant que générique des Experts : Manhattan, jamais ô grand jamais cela ne fut une chanson de Pearl Jam. Tout juste ce groupe se contente-t-il de la reprendre lors de ses concerts et, éventuellement, sur un album mais il est hors de question de la leur approprier ! La chanson a d’ailleurs été largement utilisée à la télévision dans différentes séries comme Dr House, Miami Vice ou What about Brian

Ainsi donc, les adolescents d’aujourd’hui lisent Lévy, Houellebecq ou Jardin sans connaître Montaigne, Montesquieu, Sartre ou Camus ; ils écoutent des chansons sans savoir qui les a créées et les attribuent sans vergogne à d’autres artistes. Leurs univers littéraire et musical sont étriqués mais peut-on réellement les en blâmer ? Les véritables responsables de cette inculture ambiante et grandissante ne sont-ils pas plutôt leurs éducateurs, parents et enseignants ?

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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commentaires

Olivier 09/04/2012 10:55

@u Webzine de l'Histoire : j'ai eu la chance d'avoir deux profs de français extraordinaires (Monsieur Bada et Mme Thibaut, qu'ils soient reconnus) qui m'ont donné l'envie et le goût de la lecture.
Les Lagarde & Michard étaient leurs outils incontournables pour nous enseigner la littérature.

Olivier 09/04/2012 10:53

@ Jean-Pierre :je partage assez cet avis, au niveau du choix d'auters fait par ce prof (et surement bien d'autres) ainsi que celui sur les auteurs moins connu néanmoins bourrés de talent.

Quant aux médias, je dis souvent que la télévision est le fast-food de la culture, on y trouve des choses immangeables, des choses avalables et d'autres qui sont tout à fait valables... Tout n'est
ni bon ni mauvais mais c'est souvent tellement plus facile. Et la facilité n'est-elle pas l'apanage du 21è siècle ?

Le Webzine de l'Histoire 09/04/2012 09:37

J'ai les Lagarde & Michard dans ma bibliothèque. Précieux ouvrages... Si seulement je les avais eus pendant ma scolarité ! J'aurais énormément apprécié car en effet, ils situent bien le
contexte historico-culturel des différentes oeuvres littéraires. Heureusement, pour compenser ce manque j'ai eu des profs excellents (en particulier un que j'ai eu en seconde et première que j'ai
adoré).

Jipi 08/04/2012 20:20

Un professeur de français qui fait lire à ses étudiants (dans l'enseignement de transition) des auteurs tels que les médiocres Marc Lévy et Guillaume Musso ferait mieux de changer de métier avant
de poursuivre les dégâts ! Je signale quand même que la littérature contemporaine compte des écrivains de talent parfois moins médiatisés.
La sous-culture de masse n'est pas la culture qui fera croître intellectuellement nos têtes blondes.
Les médias sont aussi responsables de cet état de fait quand on découvre les richesses étonnantes qu'ils offrent en pâture à ceux et celles qu'ils veulent crétiniser : voir par exemple la merditude
The Voice pour ne donner qu'un exemple !

Olivier Moch 10/09/2010 11:36


Bon d'accord, lier les deux dans le même texte c'est peut-être un peu osé... Mais cela se voulait surtout comme un témoignage d'une certaine inculture littéraire et musicale.