Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 07:48

Les plaisirs de la lecture s’étiolent dans les vapeurs du loisir facile. C’est encore un peu de la culture qui s’effrite…

lire.jpgLire est une passion que je ne suis pas seul à partager… mais, au fil du temps, je la partage avec de moins en moins de monde. On ne lit plus beaucoup, la lecture tombe en désuétude au profit de médias plus abordables intellectuellement comme la télévision. C’est effrayant ! Car non seulement on lit moins mais en plus on lit moins bien. Dans une excellente émission – car si l’on retire la télé-réalimerde, les films qui ne reposent que sur les effets spéciaux, les séries allemandes sans intérêt, les américaines qui se ressemblent pour la plupart et les téléfilms français sirupeux, il reste de bonnes émissions à la télé –, la RTBF attirait, voici quelques temps déjà, l’attention sur le fait que les jeunes ne comprennent plus ce qu’ils lisent. Selon plusieurs enquêtes, nationales et internationales, ils déchiffrent bien, au sens technique du terme, mais comprennent mal ou trop peu ce qu'ils lisent… Faut-il s’étonner que le goût de la lecture se perde si les plus jeunes n’appréhendent pas ce qu’ils lisent ? Ils ne sauraient forcément pas saisir l’intérêt d’un livre s’ils ne comprennent pas ce que le texte en raconte. C’est véritablement inquiétant car l’essence même de la lecture est la compréhension. On lit pour comprendre, quelle que soit la motivation ultérieure de cette compréhension : s’informer, se distraire, apprendre… Qui est responsable de cette atroce réalité ? L’enseignement, certainement, car sa qualité est en constant déclin depuis plusieurs années. Mais les parents aussi qui ne motivent plus les enfants à lire. Il est de plus en plus rare de voir des familles disposer d’une bibliothèque à domicile par contre les dvdthèques et les blurayothèques sont présentes partout dans les ménages. Lorsque je dis que je lis trois ou quatre ouvrages – romans, essais, livre à thème… - par mois et que j’ai, dans mon salon, une bibliothèque qui contient plusieurs centaines de références, j’ai droit à des regards plus étonnés les uns que les autres. Et pourtant c’est tellement simple et agréable de se constituer une bibliothèque personnelle afin d’y puiser un livre ou l’autre pour meubler une soirée. Certains tentent d’avancer le coût des livres pour justifier leur rejet de la lecture… Je monte illico sur mes grands chevaux quand on me parle du coût prohibitif de la culture en général et des livres, dans le présent cas. Non les livres ne sont pas chers, il suffit de se fournir en livre de poche nouveaux ou de courir les bouquinistes pour trouver quantité de livres d’occasion en bon état… L’été dernier, sur la place Saint-Etienne, lors de l’habituel rendez-vous des bouquinistes(1), j’ai trouvé trois Pagnol, un Agatha Christie et un Camus pour dix euros… Cinq livres, en excellent état, pour le prix de cinq bières ! Faut choisir son camp, camarade, la culture ou la brassiculture ; l’ivresse des sens ou l’ivresse tout court !

L’explosion et l’expansion des loisirs de masse ont condamné la lecture à être reléguée plus après que le second plan. Il est tellement plus facile de se vautrer devant la télé et de profiter d’un loisir passif, d’exterminer virtuellement des adversaires armés jusqu’aux dents, d’échanger des banalités affligeantes sur Facebook ou de pirater des albums de musique sur le net. La peopleisation des mass-médias est d’ailleurs révélatrice de l’époque. Les journaux people ont la cote et les quotidiens traditionnels doivent élargir de plus en plus leurs pages à des articles sur les starlettes incultes de la télé-réalimerde ou sur la vie privée des footeux et des chanteurs à la mode. C’est le seul type de lecture qui ait, un tant soit peu, la cote. J’ai en mémoire une phrase que Sir Arthur Conan-Doyle prête à son héros fétiche, Sherlock Holmes, dans la nouvelle «L’homme qui marchait à quatre pattes» qui rapporte l’histoire d’un vieux scientifique prêt à tout pour retrouver sa jeunesse : «Supposez, Watson, que le matérialiste, le sensuel, le mondain, prolongent leurs existences inutiles, que deviendrait le spirituel ? Nous aboutirions à la survivance du moins capable. Dans quel abîme d’iniquité plongerait notre pauvre humanité !». Par cette phrase, terrible de sens, Conan-Doyle présumait, en 1923, d’une situation bien réelle en ce début de 21è siècle. Le matérialisme est l’une des caractéristiques du moment, il faut posséder à tout prix, y compris au risque de s’endetter pour y parvenir. Le sensuel, le sexuel dit-on aujourd’hui, est portée de clic et squattérisent les écrans de télévision, le sexe est porteur, vendeur et à la mode. Quant au mondain, il est devenu people mais est, plus que jamais, dans l’ère du temps. Le matérialiste, le sexuel et le people se sont imposés au détriment, comme le redoutait Conan-Doyle, du spirituel…  Et oui, la société est devenue inique ; oui le moins capable est à tous les coins de rue. On ne lit plus, c’est une triste réalité, mais on ne se cultive plus non plus. Musées, expositions, films d’auteurs, théâtre, lecture, … toutes ces nourritures de l’esprit apparaissent désormais bien souvent comme superflues. C’est triste car, non seulement, celui qui ne se cultive pas se prive de la connaissance mais, en outre, celui qui s’ampute de la connaissance est une proie facile à la manipulation. C’est en effet la culture qui permet de forger les intelligences et les personnalités, c’est historique au plus les masses sont incultes, au plus elles sont manipulables. Aujourd’hui, la culture générale et la culture de façon générale se réduisent à peau de chagrin… L’effort culturel s’est noyé dans la passivité et c’est cela qui engendre l’iniquité de la société.

Je suis aussi triste qu’effrayé lorsque je parle avec des adolescents et que je constate qu’ils réduisent leur culture à peu de choses ; qu’ils ne savent pas qui sont Montesquieu, Montaigne, Sartre ou Malraux ; qu’ils jugent Léo Ferré, Bob Dylan ou Brassens démodés et sans intérêt ; qu’ils privilégient la paresse à l’effort intellectuel, que la culture ne les intéresse pas. Mais peut-on réellement leur jeter la pierre ? Ils sont issus d’une génération – la mienne – qui a déjà fait fi pour la plupart de la culture et de la connaissance générales. Alors ces jeunes, qui n’ont jamais baigné dans la culture, comment pourraient-ils l’appréhender ? Ils sont nourris de télé-réalimerde, de films qui ne reposent que sur les effets spéciaux, de séries allemandes sans intérêt, de séries américaines qui se ressemblent pour la plupart, de téléfilms français sirupeux et chansons sans âme… c’est là l’univers culturel d’une majorité de la population de nos jours.

-------
(1) Place aux Livres, tous les 1er et 3è samedi du mois, de mai à septembre, sur la Place Saint-Etienne, à Liège et le reste de l'année au sous-sol de la Galerie Opéra.
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans Humeurs
commenter cet article

commentaires

Le Webzine de l'Histoire 09/11/2012 12:03

J'ai lu dans un magazine que l'activité de lecture mobilise 80 % de son cerveau (contre 20 % quand on est devant un film ou sur internet, par exemple) : car, on l'oublie vite, mais lire demande un
véritable effort. Mais quel plaisir... On comprend, en partie au moins, dans ces conditions que les gens lisent de moins en moins...
Ton article me fait penser aussi que dans la presse britannique il y a une tradition qui consiste à demander, en fin d'année, à chacun des collaborateurs d'un journal, d'une revue ou d'un magazine,
d'évoquer, brièvement, leurs lectures de l'année écoulée. C'est ce que je vais faire sur mon blog en décembre.

Olivier Moch 13/11/2012 16:03



C'est une excellent idée que de demander aux collaborateurs quels sont leur lectures de l'année. Cela se fait dans certains quotidiens belges également, avec les livres mais aussi les films et
les albums musicaux de l'année...