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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 12:59

Le Premier Ministre de transition jette l'éponge et s'en va rejoindre l'OCDE

YL.jpgHier soir, alors que le pays est toujours dans l'impasse politique, le Premier Ministre (en affaires courantes) a annoncé qu'il deviendrait, très prochainement, le Secrétaire Général adjoint de l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE). Probablement usé par une situation politique surréaliste, Yves Leterme à trouvé une échappatoire dans le poste qui lui est proposé par Angel Gurria, le Secrétaire Général de l'OCDE dont il va devenir l'adjoint. Après tout, peut-être s'est-il aussi rendu compte que la politique ce n'était pas son truc, qu'il n'était pas taillé pour ça ! Car s'il est un Premier Ministre belge dont on peut dire qu'il a accumulé les âneries c'est assurément Leterme. L'homme s'est-il cru, du haut des ses 796.000 voix de préférence, investi d'une mission ? Toujours est-il que l'on a dur rapidement se rendre à l'évidence, il était incapable de faire face ! Au cours de sa finalement courte carrière(1), Leterme s'est singularisé par des bêtises de premier ordre et une incapacité à diriger. Il est la preuve vivante que faire des voix n'est pas tout en politique - c'est à la portée du premier venu, même Marc Wilmots l'avait fait - encore faut-il, ensuite, être capable de concrétiser sur le terrain le plébiscite des électeurs. Revenons sur le cas Leterme...

1° Les âneries médiatiques

- Les Wallons trop bêtes ! : en août 2006, Leterme donne une interview à Libération dans laquelle il déclare tout de go que "Apparemment, les Francophones ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais..."(2). Ainsi déclare-t-il à la presse française que les Wallons sont idiots avant de s'épancher sur la vision de la Belgique en ajoutant que "Les seules choses communes aux Belges sont le Roi, l'équipe de foot et certaines Bière"(2). Un peu réducteur comme vision de l'unité nationale !

- La Marseillaise : le 21 juillet 2007, alors qu'un journaliste lui demande s'il connait les paroles de La Brabançonne, l'hymne national belge, Yves Leterme chante La Marseillaise, l'hymne national de nos voisins français...

- Radio 1000 collines : en décembre 2007, alors que la politique belge s'enlise (déjà !) dans des négociations interminables pour la formation d'un gouvernement (prémisses de ce qui attendra le pays trois ans plus tard), Yves Leterme est énervé par un reportage de la RTBF à propos de Joëlle Milquet. Aussi compare-t-il la télévision publique francophone à Radio 1000 Collines, cette radio rwandaise qui pendant le conflit qui secoua le pays, en 1993 et 1994, appelait publiquement au génocide des Tutsis. Une comparaison lamentable envers un média qui ne faisait que son travail.

2° Les âneries politiques

- L'alliénation à la N-VA : à l'issue des élections législatives de 2003, la N-VA - parti clairement indépendantiste - n'atteint pas le seuil éligible des 5%. Alors elle tente un rapprochement avec le CD&V, premier parti de Flandres, alors sous la Présidence d'Yves Leterme. Le CD&V connait une cependant une forte baisse électorale et l'idée d'un cartel séduit ses pontes, dont Leterme. CD&V et N-VA s'allient pour créer la plus forte formation politique flamande ce qui permet aux Indépendantistes flamands d'avoir voix au chapitre et de se retrouver propulsés sur le devant de la scène politique belge. Mais au fur et à mesure, la N-VA a pris l'ascendant pour devenir, après l'éclatement du Cartel, le premier parti flamand tandis que le CD&V, emmené par son actuel Président Wouter Beke, se contentait de vivre dans l'ombre des Indépendantistes... Clairement, Yves Leterme a contribué à la montée en puissance de la N-VA et, par corollaire, à la déliquescence du CD&V.

- La prestation de serment : en décembre 2007, en plein imbroglio politique consécutif aux Législatives de juin, Guy Verhofstadt est chargé de mettre en place un gouvernement intérimaire pour permette à Yves Leterme de travailler plus sereinement à la cosntruction d'un "vrai" gouvernement. Alors que tous les Ministres qui entrent en fonction dans ce gouvernement transitoire prêtent serment devant le Roi en français et en néerlandais, Leterme ne prête serment qu'en néerlandais ce qui est considéré, à juste titre, comme une provocation vis à vis des Wallons.

- Une démission après 116 jours de travail : le 20 mars 2008, après 284 jours de tergiversations touts azimuts, Leterme peut enfin présenter un gouvernement issu des urnes lors des élections de juin 2007. Il fait sa Déclaration gouvernementale mais la sauce (une arménienne qui regroupe les chrétiens francophones et flamands, les libéraux francophones et flamands ainsi que les socialistes francophones) ne prend pas, déjà à cause des négociations institutionnelles, et le 14 juillet, soit après 116 jours, Leterme présente sa démission au Roi. Celui-ci la refuse et nomme trois "belles-mères" - un Flamand, un Wallon et un Germanophone - pour encadrer Yves Leterme dans le dialogue institutionnel.

- Fortisgate : à la fin de l'année 2008, le monde est secoué par l'affaire des subprimes partie des Etats-Unis, la crise financière plonge plusieurs banques belges au bord de la faillite. Ghislain Londers, le Président de la Cour de Cassation (actuellement sous les feux de l'actualite pour sa démission), c'est à dire le plus haut magistrat du pays, affirme que le Gouvernement Leterme I a tenté de faire pression sur la justice belge dans le dossier Fortis, du nom d'une banque belge proche de la faillite. Selon Londers, le gouvernement connaissait la teneur de l'arrêt de la Cour dans le cadre du démantèlement de Fortis et de sa vente à BNP Paribas deux jours avant qu'il ne soit prononcé... Le 19 décembre 2008, le Gouvernement Leterme I tombait pour cause de soupçons d'influence du pouvoir exécutif sur la magistrature.

- Une seconde démission après 152 jours : Herman Van Rompuy vient donc au secours politique de la Belgique à l'issue du Fortisgate. Il forme un gouvernement qui entre en fonction le 2 janvier 2009. Mais l'Union Européenne lui propose la Présidence du Conseil Européen et Van Rompuy l'accepte. Le 25 novembre 2009, Leterme rempille pour un tour et forme son gouvernement Leterme II. Incapable de prendre le pays en mains, il doit essuyer un nouveau revers au niveau de la réforme des institutions et des négociations communautaires. Le 22 avril 2010, Leterme ne peut pas empêcher les Libéraux flamands de claquer la porte de son gouvernement... ce qui précipite la chute de Leterme II et une seconde démission d'Yves Leterme, le 26 avril 2010, après seulement 152 jours de travail.

En à peine un lustre, Yves Leterme a essuyé huit camouflets médiatiques et politiques qui illustrent à merveille la situation d'un homme qui s'est retrouvé, par le truchement des urnes, à une place qui ne lui convenait pas. Son départ à l'OCDE ne sera pas vraiment une perte importante pour la politique belge. Tout juste peut-on regretter qu'il annonce cette sortie de la vie politique à un moment des plus inopportun, un moment où les négociations se passent mal...

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(1) Député Fédéral de 1999 à 2003, Président du CD&V de 2003 à 2004, Président de la Région Flamande de 2004 à 2007, Premier Ministre par à-coups depuis 2007 à 2011. Soit 12 années seulement de politique au haut-niveau.
(2) D'un état unitaire à un état fédéral, par Jean Quatremer, in Libération, 18 août 2006

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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