Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 13:12

15% des Belges vivent sous le seuil de pauvreté, 20% postposent ou annulent des soins faute de moyens... et la consultation chez le médecin va augmenter de 1,39% en 2014 !

soins-de-sante.jpgCe matin, hasard de l'actualité, je suis tombé sur deux sujets qui m'ont interpellé au moment de faire ma revue de presse quotidienne : un français sur trois renonce à se soigner pour des raisons financières(1) tandis que chez nous la consultation chez le médecin augmentera de 1,39% en 2014(2), elle suivra en fait l'indexation. Mais, comme en France, chez nous aussi, de plus en plus de monde a du mal à se soigner. La Belgique est pourtant reconnue pour sa grande accessibilité aux soins de santé, les mutuelles absorbant une très grande partie des frais. Par ailleurs, nous savons par différentes études que quelque trois quarts des Belges sont satisfaits du système de soins de santé en place. Bref, on serait en droit de croire que la Belgique est un pays de cocagne pour ses malades. Ce serait totalement vrai si 20% des Belges ne devaient, malgré tout, pas renoncer à se rendre chez un médecin lorsqu'ils sont malades. On n'est pas encore au niveau de nos voisins français, semble-t-il, mais quand même, un Belge sur cinq ne peut pas se soigner par manque d'argent... Une étude internationale mené par Deloitte, fin 2011 mais qui reste crédible presque deux ans plus tard, montrait effectivement que, dans notre pays, une personne sur cinq renonce à une visite chez le médecin en cas de maladie(3). C'est effarant car cela place la Belgique en seconde position de ce "classement négatif" juste derrière les Etats-Unis où l'on sait pourtant que l'accessibilité aux soins est encore fortement limitée malgré la réforme mise en place par Obama.

L'étude Deloitte confirmait la confiance du Belge dans les médecins (75% de satisfaction) et dans les hôpitaux (68% de satisfaction) mais avoir confiance ne signifie pas que l'on puisse se permettre. Car, si les mutuelles remboursent tout ou partie des soins de santé, il faut garder à l'esprit que tous les soins de santé n'intègrent pas la nomenclature, c'est à dire la liste officielle des soins remboursés. Par ailleurs, il faut souvent avancer le coût d'une consultation ou d'un soin avant de retoucher, si l'on ajoute encore que l'on constate que de plus en plus de personnes ne sont pas en ordre de mutuelle (cotisations payées et/ou documents à jour), la proportion de Belges qui a des difficultés à se soigner part à la hausse. Les médecins posent également le constat que de plus en plus de patients postposent, faute de moyens, une opération ou se renseignent pour savoir si cette opération est vraiment nécessaire(3). Enfin, au niveau pharmaceutique aussi la difficulté de faire face se fait sentir, ce sont désormais 42% des Belges qui utilisent des médicaments génériques, moins chers. Pour les ménages belges qui vivent au-dessus du seuil de la pauvreté, la dépense moyenne pour les soins de santé équivaut à 4,6% du budget global(4). Pour ceux qui vivent sous le seuil de la pauvreté, on grimpe à 5% du buget. Cela signifie que les plus pauvres ont, non seulement, moins d'argent à consacrer à la santé mais que ces dépenses santé grevent davantage un budget global plus étriqué. Selon une enquête menée par le Service Public Fédéral de la Santé, en 2007(4), un ménage belge vivant sous le seuil de la pauvreté(5) dépense chaque année 20.017€ par an (soit 1668€ par mois) pour couvrir ses frais alimentaires, d'énergie, de location ou de remboursement de prêt immobilier, de transport, d'habillement, de loisirs etc. Un ménage au dessus du seuil dépense annuellement 33.711€ (soit 2809 € par mois) pour ces mêmes frais. La différence entre ces ceux ménages est donc de 1141€ par mois; pour sa santé, le ménage au-dessus du seuil de pauvreté dépense ± 129€ chaque mois tandis que le ménage sous le seuil ne peut dépenser que 83,40€. Mais proportionnellent, cette dépense greve davantage le budget de la famille la plus pauvre... Et cela risque de ne pas s'arranger avec la politique d'austérité actuelle au niveau des soins de santé menée par le gouvernement ! Est-il utile de rappeler que quelque 15% de la population belge vivent déjà sous le seuil de la pauvreté ?

De plus en plus de Belges vers les maisons médicales et/ou les soins gratuits

Il y a un peu plus d'un an, à l'été 2012, le quotidien De Standaard posait le constat implacable que le nombre de Belges qui a recours aux soins gratuits a explosé. Il est passé de 123.000 en 2004 à 250.000 en 2011(6), soit plus du double. Dans le même laps de temps, le nombre de centres de soins communautaires (ou maisons médicales) a aussi plus que doublé, passant de 51 à 110, dans notre pays. Selon De Standaard, ce chiffre est appelé à aller encore à la hausse dans les années à venir. La Ville de Gand, par exemple, dispose de neuf centres de soins communautaires, dont le dernier en date a ouvert au début de l'année 2013. Ce sont plus de 6000 patients qui ont recours aux maisons médicales gantoises pour une vingtaine de travailleurs de la santé qui assurent le suivi, précisait alors le Pr Thierry Christiaens(6), qui exerce notamment dans des centres de soins communautaires brugeois et gantois. Le nombre de patients qui fréquentent ces centres de soins communautaires est exponentiel et la saturation reste une réalité concrète. La crise économique semble être le facteur principal de cette explosion de patients qui se tournent vers des soins gratuits ou meilleurs marché. "On estime que deux tiers de nos patients vivent dans des conditions difficiles, n'ont pas beaucoup d'argent" expliquait également Thierry Christiaens(7) "Ces dernières années, nous avons vu plus de réfugiés et de migrants mais le nombre de Belges a aussi fort augmenté. Ils nous disent qu'ils ne peuvent pas se permettre de payer pour leur soins de santé"(7). Un constat qui était confirmé par Francina, une patiente de 72 ans qui se rend trois fois par semaine dans un centre de soins communautaires de Gand pour soigner ses pieds fortement touchés par le diabète dont elle souffre. "Loyer, eau électricité, vous savez ce que ça coute ? Mon loyer vient d'augmenter de 10 euros. Je gère mon argent au mieux mais à la fin du mois il ne me reste rien de ma pension"(8) dit-elle dans la carte blanche que lui offrait De Standaard en août 2012. Alors elle n'irait pas chez le médecin, au péril de sa vie car les pieds diabétiques nécessitent des soins sérieux, si elle devait payer... Plus d'une année plus tard, alors que l'austérité est de rigueur dans le secteur des soins de santé, la situation ne s'est évidemment pas améliorée. L'augmentation du coût de la consultation en 2014 risque d'empirer encore un peu plus une situation déjà délicate.

Si la Belgique reste bien un pays où l'accessibilité aux soins est bonne, elle l'est quand même un peu moins chaque jour qui passe...

----------------

(1) Un tiers des Français n'a pas les moyens de se soigner, par lexpress.fr avec APF on www.lexpress.fr, 15 octobre 2013
(2) INAMI : le prix de la consultation chez le médecin augmentera en 2014, par Belga, on www.rtbf.be, 15 octobre 2013
(3) Malade, un Belge sur cinq ne vas pas chez le médecin, par P.M., in La Meuse, 6 décembre 2011.

(4) Source : www.luttepauvrete.be, consulté ce 15 octobre 2013
(5) En Belgique, le seuil de la pauvreté est de 973€ par mois. Il est fixé à 60% du salaire moyen annuel, soit 60% de 19.464€ = 11.678€ c'est à dire un revenu mensuel de 973€ (11.678/12) par personne. Grosso modo, pour un ménage moyen (deux adultes et deux enfants), le seuil de la pauvreté s'établit sous les 2000€ mensuels.
(6) Crisis blijft belgen naar gratis zorg, par Maxie Eckert, in De Standaard, 2 août 2012

(7) Gratis zorg succes bij patiënt en arts, par Maxie Eckert, in De Standaard, 2 août 2012
(8) "Ik ga niet naar de dokter als het geld kost", par Francina Vervaeke, in De Standaard, 2 août 2012

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans Actualité
commenter cet article

commentaires