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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 10:59

Plus de 6000 journalistes ont perdu leur emploi et des médias disparaissent en quantité...

espana.jpgC'est aujourd'hui la Journée Mondiale de la Presse dont le thème, cette année, est "Sans journalisme, pas de démocratie". Pierre Desproges disait d'ailleurs à ce propos que chaque fois qu'un média disparait c'est un peu de la démocratie qui disparait avec lui. Si l'on se réfère à cette pensée, la situation en Espagne est loin d'être idyllique. En effet, depuis 2008 et le début de la crise économique les chiffres de la presse espagnole sont effrayants. Ainsi, selon la Federacion de Associaciones de Periodistas de Espana (FAPE), ce sont 6234 journalistes qui ont perdu leur emploi à travers le pays depuis le début de la crise économique. La FAPE note également la disparition pure et simple de 57 médias dans le même laps de temps ainsi que 23 plans sociaux en cours. L'avenir est noir pour la presse espagnole qui se trouve dans la situation économique la plus critique de toute son existence. L'Espagne, on le sait, traverse une crise économique majeure, elle est l'un des pays les plus touchés par cette crise, le chomage approche les 25%, les secteurs banquaire et immobilier se sont effondrés et la paupérisation de masse s'installe de façon durable. Une des conséquences premières de cette crise sur les médias est, évidement, la chute des revenus publicitaires. En cinq ans, ils ont baissé, en moyenne, de 22% dans la presse écrite, 17% en radio et 11% en télévision. L'Espagne dispose de l'un des plus grands nombres, tous secteurs confondus, de médias au monde. Il n'est pas rare de trouver trois ou quatre quotidiens dans la même province. Cette situation engendre évidemment une concurrence forte mais ouvre aussi un marché important qui ne trouve plus pleine satisfaction en termes de rentrées publicitaires. Le nombre d'annonceurs diminuent, ceux qui restent revoient leurs budgets à la baisse... l'impact est énorme sur les (trop ?) nombreux quotidiens que l'on peut trouver dans différentes régions d'Espagne.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, il n'y a pas que les "petits" médias qui sont touchés de plein fouet par la crise économique ! Non, des médias de grande envergure y sont confrontés de manière violente. Ces trois exemples sont révélateurs de la situation actuelle :

El Pais : fondé en 1976, c'est le quotidien le plus important d'Espagne avec un tirage quotidien de 385.000 exemplaires pour son édition nationale et qui dispose, par ailleurs, de plusieurs éditions locales dans les grandes villes du pays. El Pais ne l'a pas encore annoncé officiellement mais son propriétaire, le groupe de presse Prisa, travaille à un plan de restructuration aussi drastique qu'inévitable. Certaines rumeurs font état du licenciement de plus d'un quart des effectifs;

El Mundo : créé en 1989, il s'agit du second tirage national du pays, derrière El Pais, avec quelque 335.000 exemplaires quotidiens, il a déjà annoncé, pour sa part, un plan de restructuration qui va coûter leur emploi à 195 journalistes, c'est à dire un gros tiers de sa rédaction. Le plan est inéluctable et a déjà été transmis aux syndicats qui n'auront d'autre alternative que de l'approuver pour sauver le titre;

Publico : fondé en 2007, le journal clairement à gauche Publico qui a soutenu le mouvement des Indignés avait été contraint de licencier 29 journalistes à l'été 2011 pour tenter de garder la tête hors de l'eau. Cela n'aura pas suffit puisqu'en février dernier, le quotidien a disparu des kiosques. Il ne reste qu'une version électronique sur le net mais au total, avec la disparition de la version papier, ce sont 160 journalistes qui ont perdu leur emploi !

Rien qu'avec ces trois cas concrets l'on dépasse le 500 journalistes au chômage depuis le début de l'année 2012. Depuis quatre ans, ils sont donc plus de 6000 dans le même cas, cela représente 30% de l'ensemble des journalistes professionnels espagnols... Par ailleurs, ceux qui restent, qui n'ont pas fait partie du train de licenciements, doivent accepter de revoir leur salaires à la baisse. La profession se précarise clairement alors que pourtant les tirages restent stables ou ont même, dans certains cas, tendances à augmenter légèrement. Chaque jour il est tiré un peu plus de quatre millions de quotidien dans tous les pays pour un lectorat cumulé de 12 millions de personnes.

La télévision, bien que sa situation ne soit pas dorée, échappe pour l'instant encore un peu à cette crise importante. Ses rentrées publicitaires ont aussi chuté mais de moitié moins que celles de la presse écrite. Ceci dit, la FAPE ne se montre guère optimiste car, si la crise économique ne cesse pas rapidement et si une relance n'est pas imminente, viendra rapidement le moment où les annonceurs feront aussi l'impasse sur la publicité télévisée avec les mêmes conséquences pour les journalistes télé que pour leurs confrères de la presse écrite.

Source : Communication

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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