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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 11:14

La crise économique, comme l'avait fait la guerre, ramène les Américains vers leur jardin !

 

garden.jpg«Pour la plupart des Américains, jardiner était un vilain mot parce qu’il est synonyme de travailler et que personne ne veut davantage de travail» constate Richard Chamberlin, le Président de Harris Seeds, une entreprise spécialisée dans la vente de graines végétales à planter. Effectivement, depuis bien des années, les américains, tant accaparés par leur vie active qu’ils sont, ne passent pas de temps à jardiner. Oh, il y a bien quelques fleurs, de belles pelouses facile à entretenir mais tout ça n’est là que pour embellir leurs belles maisons sur les belles avenues des beaux quartiers… Mais il n’y avait aucun intérêt pour les Américains à cultiver un potager avec des légumes que l’on trouve chez l’épicier ou au Wal-Mart. Dans les hyper-centres des grandes cités, toute trace de jardin a même disparue depuis longtemps. Mais cela change réellement et cette mutation est déjà perceptible depuis un an déja. Des études réalisées par les professionnels du jardinage prévoient une croissance à deux chiffres du nombre de jardins privatifs cette année et certaines sociétés de vente de semences par correspondance ont reçu tellement de commandes qu'elles ne peuvent plus répondre aux demandes pour des légumes de base comme les oignons, tomates et poivrons. Clairement, depuis le printemps 2009, la demande est exponentielle !

Sur le modèle des Jardins de la Victoire


Qu’est-ce qui motive un tel changement radical ? La crise économique, bien entendu !

En effet, il serait sot de croire que les Américains se soient subitement pris de passion pour le jardinage. Non, le seul moteur de ce regain d’intérêt pour la terre est pécuniaire ! Le budget alimentation d’une grande part des ménages américains est revu à la baisse à cause de la crise économique et produire tout ou partie de sa consommation légumière semble être une économie intéressante. Ce retour à la culture potagère porte un nom : les Jardins de la Récession et beaucoup envisagent, à court terme, un soutien de l’Administration Obama à ce phénomène, un peu à l’image des fameux Jardins de la Victoire qui, pendant la seconde guerre mondiale, avaient vu les Américains retourner à leur jardin pour pallier à la pénurie de légumes. Sous l’impulsion de la First Lady, Eleanor Roosevelt, 20 millions d’Américains avaient alors remplacé leur gazon par un potager. A la fin de l’année 1943, grâce à ces Jardins de la Victoire, la production nationale de légumes frais avait été augmentée de 40%...

C’est à peu près ce que souhaite Roger Doiron, fondateur l’association Kitchen Gardeners International, et qui avait adressé, en 2009, une pétition de 75.000 signatures à Barack Obama afin qu’il cultive un jardin potager à la Maison Blanche comme l’avait fait Eleanor Roosevelt en 1943. A travers cette demande, un appel à l’aide gouvernementale pour inciter la population à cultiver sa terre. «Obama s'est dit partisan d'une économie responsable qui ne nuise pas à l'environnement. Quand j'ai découvert pourquoi on avait fait cela pendant la Seconde guerre mondiale, et quand je vois où nous en sommes aujourd'hui, cela semble à nouveau approprié» commentait Doiron lorsqu'il envoya son courrier à Obama. Aujourd’hui l’ennemi n’est pas militaire mais bien économique et la situation de manque est apparentée semble dire Roger Doiron.

Mais cela représente-t-il une réelle économie ?


La crise économique ramène donc les Américains dans leur potager. En se basant sur les ventes de semences de printemps et sur un sondage réalisé par téléphone, l'Association Nationale du Jardinage (National Gardening Association – NGA) prévoit une augmentation de 19% de la culture des jardins privatifs en 2009. Mais cultiver ses propres légumes est-il réellement si avantageux ? La NGA nous apprend sur son site internet qu’un jardin potager bien entretenu permet d'économiser en moyenne 500 dollars (385 euros) par an soit 1,36 dollar (ou 1,05 euro) par jour. Il s’agit là, pour moi, d’économie de bouts de chandelles qui ne pèse finalement pas lourd dans le budget alimentaire global d’une famille. D’autant moins que pour une majorité des Américains il s’agit là d’une activité nouvelle pour laquelle ils ne sont pas ou peu équipés. L’investissement de départ, en outils et en graines, dépassent largement l’économie réalisée la première voire la seconde année. Un meilleur moyen d’économiser 500 dollars serait assurément de ne pas changer de téléphone portable chaque année, de privilégier davantage de déplacements en bus ou en métro voire de se séparer d’une voiture dans le ménage(1).

Non, pour moi dans ces Jardin de la Récession si les arguments qualitatifs et écologiques peuvent tenir la route, l’argument économique n’est vraiment pas convaincant !

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(1) selon l’association québécoise
Transport Durable , il y a quelque 208 millions de véhicules immatriculés aux Etats-Unis pour ± 300 millions d’habitants soit, à la grosse louche, ± 100 millions de ménage. Beaucoup de ces ménages disposent donc de deux voire trois voitures…

 

P2012

 

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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