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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 10:37

Retour sur la formidable épopée européenne du FC Bruges lors de la saison 87-88.

fcb01.jpgHier soir, le Club Brugeois disputait son 250è match européen à Maribor en Slovénie. Une rencontre de prestige qui a bien failli être gâchée puisqu'à un quart d'heure du terme, les Gazelles brugeoises étaient menées trois à zéro. Et puis, elles se sont mises à vraiment jouer pour renverser le score en moins de 15 minutes... 3-4 au coup de sifflet final, un renversement de situation digne de la fabuleuse saison 1987-1988 durant laquelle le FC Brugeois avait réussi à récupérer plusieurs situations désespérées. Certes, dans les années '70, le FC Bruges a disputé deux finales de coupes d'Europe (1976 et 1978, chaque fois perdue contre le FC Liverpool) mais la campagne 87-88 reste l'une des plus belles pages de l'histoire du club flandrien. Sous la houlette de l'entraineur hollandais Henk Houwaart, ancien joueur de la maison et en poste depuis 1984, le FC Bruges entend mener une saison fertile; le titre de champion de Belgique est l'objectif avoué. Il faut dire que ce titre de champion échappe au Club depuis la saison 1979/1980 et que le test-match de 1986, perdu face au rival anderlechtois, reste en travers de la gorge des dirigeants, des joueurs et des supporters. A l'aube de la saison, on note l'arrivée de quelques renforts (Kenneth Brylle, de retour après un passage à l'Olympique de Marseille et à Sabadell, Jan Goyvaerts, du RJ Wavre, et Serge Kimoni, le solide défenseur du RFC Seraing) mais rien d'exceptionnel. Houwaart préfère conserver l'ossature de sa formation qui s'appuie sur des cadres forts tels que les deux gardiens Birger Jensen et Philippe Vandewalle; les défenseurs Franky Van der Elst, Hugo Broos et Alex Querter; les milieux Léo Van der Elst et Luc Beyens et les avants Marc De Grijse et Ronny Rosenthal, tous emmenés par le capitaine inaliénable Jan Ceulemans... Sur le papier, le FC Bruges possède une belle équipe, probablement la plus combative jamais présentée.

Acte 1 - Zenit Leningrad

fcb acte 1Cette saison là, sur la scène européenne, les Blauw en Zwart doivent se contenter de la Coupe UEFA. Leur première rencontre les emmène, le 16 septembre 1987, à Saint-Petersbourg (encore nommée Leningrad à l'époque) où ils jouent contre le Zenit local. Le score est de 2 à 0 mais les Brugeois rentrent optimistes quant à leurs chances lors du match-retour dans leur antre de l'Olympiapark. Ce match-retour a lieu le dernier jour de septembre 1987 et les Brugeois sont portés par leur public. Houwaart choisi un 4-4-2 classique mais il place Franky Van der Elst dans l'entrejeu et confie l'attaque au duo Brylle/De Grijse. Excellent choix puisqu'avant même la 40è minute de jeu, Kenneth Brylle a gommé le handicap brugeois en inscrivant les deux premiers buts de la partie. Jan Ceulemans donne même l'avance au Club, juste avant la mi-temps. Déchainé, Brylle ajoute encore deux buts en seconde mi-temps pour offrir un 5-0 bien tassé aux supporters. Les Gazelles accèdent aux 16è de finale !

Acte 2 : Etoile Rouge de Belgrade

fcb-acte-2.jpgLe tirage au sort offre une nouvelle équipe de l'est au Club Brugeois. Cette fois, le déplacement sera plus court puisque c'est en Yougoslavie (dans la partie serbe du pays qui n'a pas encore éclaté) que se rendent les Blauw en Zwart. A Marakana (ndlr le stade de l'ERB est ainsi baptisé en l'honneur du mythique stade Maracana de Rio de Janeiro), les Brugeois s'attendent à une chaude réception. Il s'agit, avec 100.000 places, de l'un des plus grands stades d'Europe mais, heureusement pour les Belges, il n'est pas plein. Qu'à cela ne tienne, l'ambiance est survoltée, elle devient lourde lorsque Luc Beyens ouvre le score à la 40è minute. En seconde période, Radanovic égalise et l'on semble se diriger vers un match nul, un bon résultat en soi pour le Club Brugeois. Mais à sept minutes du terme, l'international yougoslave Boro Cvetkovic est à la reprise d'un corner parfaitement donné au second poteau pour donner l'avance à Belgrade. Pire, quelques secondes plus tard, un attaquant serbe est accroché dans le rectangle brugeois. Dragan Stojkovic, le numéro 10 vedette de l'Etoile, transforme le pénalty justement accordé. D'un match nul correct, les Brugeois passent à une défaite cuisante. Seul le but inscrit à l'extérieur permet l'optimisme; le FC Bruges devra l'emporter 2 à 0 au retour pour poursuivre l'aventure. Pour cette seconde confrontation, le 4 novembre, Houwaart reconduit exactement la même équipe que pour le match retour du Zenit. Secrètement espère-t-il, peut-être, un scénario similaire... Et c'est ce qui va se produire ! Brylle porte rapidement Bruges aux commandes mais à la pause le 1-0 n'est pas encore synonyme de qualification aussi Houwaart motive-t-il ses troupes. Nouveau coaching remarquable à la 47è Ceulemans concrétise un coup franc donné sur la gauche par Degrijse et dans la minute suivante, Dennis Van Wijck déboule sur la gauche avant de centrer sur le défenseur central Radovanovic qui propulse le ballon dans son but. Bruges mène 3 à 0 et une nouvelle qualification se profile. En fin de match, Luc Beyens assoira la victoire par un quatrième but... Et le FC Bruges accède aux 1/8è de finale !

Acte 3 - Borussia Dortmund

fcb-acte-3.jpgL'honnêteté recommande de dire que le double affrontement contre le Borussia Dortmund laisse les supporters de Bruges heureux. Le Borussia n'est plus vraiment un grand d'Allemagne et sa qualification pour cette coupe UEFA tenait plus du hasard et de la chance que du talent. Le tirage au sort aurait pu être plus mauvais ! Le club rhénan se présente pourtant avec quelques gros calibres comme Frank Pagelsdorf, Michael Zorc ou Frank Mill. Ce dernier sera d'ailleurs le bourreau du Club de Bruges lors du match aller... Car en effet, au Westfallenstadion, la partie s'apparente à tout sauf à une balade de santé pour Bruges. Les supporters optimistes durent vite déchanter, Frank Mill ouvrant la marque tôt dans la partie. Il doublera le score à l'heure de jeu avant qu'Anderbrügge ne le triple à la fin du match. 3 à 0, les Blauw en Zwart devront l'emporter par quatre buts d'écart, au moins, s'ils veulent accéder aux quarts de finale. Petite surprise lors du retour à l'Olympiapark, c'est Philippe Vandewalle qui est dans les buts. Brylle est absent, c'est Rosenthal qui est en pointe avec Degrijse. Après neuf minutes de jeu, Sterke Jan Ceulemans, en valeureux capitaine, place Bruges aux commandes mais jusqu'à la pause, les Gazelles courrent dans le vide et se heurtent au mur défensif rhénan. Cette fois, le parcours des Brugeois est compromis. On s'attend à ce qu'Houwaart modifie son équipe mais, non, il se contente de motiver ses gars et le Club remonte sur le terrain avec un moral d'acier, persuadé qu'il peut renverser la montagne Dortmund. On rejoue depuis trois minutes à peine que Léo Van der Elst inscrit un second but; De Beer, le gardien allemand, repousse des poings un coup de coin mais la balle revient à Van der Elst qui frappe sèchement depuis l'entrée du rectangle, 2-0. L'espoir revient dans le camp brugeois mais les offensives restent stériles. Il ne faut plus qu'un but pour atteindre les prolongations et permettre au rêve de se prolonger. Ce but, il aurait pu tomber sur un pénalty que l'arbitre oublie de siffler pour une faute sur Ceulemans. Cet oubli sera compensé à la 81è minute pour une faute de main légère du défenseur central du Borussia. Quoiqu'il en soit, Léo Van der Elst ne se prive pas de transformer ce coup de réparation en but qui envoie Bruges vers les prolongations. Les images de la joie de Léo Van der Elst renvoient vers le fameux penalty qu'il marqua avec la Belgique contre l'Espagne au Mundial 1986... Ce but change complètement la donne, l'envie est désormais brugeoise, Dortmund doute. Et ce n'est que logiquement que Bruges émerge. Franky Van der Elst sort vainqueur, à la 98è minute, d'un cafouillage devant le but allemand tandis que Léo Van der Elst hérite d'un nouveau pénalty en toute fin de la seconde prolongation... Bruges l'emporte 5-0, réussit l'un de ses plus beau exploit et Léo Van der Elst est le grand artisan de ce succès flamboyant !

Acte 4 - Panathinaikos

fcb-acte-4.jpgLe Pana est le plus grand des clubs grecs, 14 titres de champions, 9 coupes nationales et une finale de Coupes des Champions (1971). L'ambiance du stade Olympique est survoltée, il y a quasiment 70.000 personnes pour accueillir Bruges. L'enjeu est énorme : une place en demi-finale de coupe européenne. Après leurs exploits successifs, les Belges sont confiants. Kenneth Brylle est de retour tandis que Vandewalle reste préféré, comme c'est le cas depuis quelques semaines à Birger Jensen. La première mi-temps est vierge et il faut attendre l'heure de jeu pour que la partie s'emballe. Saravakos, le solide international grec qui est aussi le joueur-phare du Panathinaikos, ouvre la marque mais Jan Ceulemans réplique dans la foulée. Antoniou redonne l'avance aux Grecs à la 67è minute. Alors que l'on se dirige vers une petite victoire athénienne, Marc Degrijse égalise quelques instants avant le coup de sifflet final. 2-2, c'est le meilleur résultat des Brugeois après un match-aller, cette saison. D'aucuns disent que cela signifie la fin de parcours car les Gazelles ne seront pas aussi motivées que lors des autres matches. Le 16 mars 1988, à 20h00, les hommes d'Houwaart montent sur la pelouse pour livrer... le minimum syndical ! 1-0, but de Brylle à la 43è minute; probablement le moins bon match du FC Bruges lors de cette campagne mais, peu importe, l'objectif est atteint : Bruges est en demi-finale de la Coupe UEFA !

Acte 5 - Espanyol Barcelone

FCb-acte-5.jpgLe dernier carré de cette Coupe UEFA 1987-1988 est composé du Werder Breme, du Bayer Leverkussen, de l'Espanyol de Barcelone et du FC Bruges. Certains se mettent à rêver, tous les adversaires sont à la portée des Brugeois, ils ne font pas figure de proie dans ce parterre. Le tirage au sort offre Barcelone avec match aller à l'Olympiapark, c'est la première fois que Bruges reçoit d'abord. Houwaart aligne son équipe-type tandis que le second club catalan, qui voit dans ce match l'occasion de sortir de l'ombre de son rival du FC Barcelone, débarque avec ses deux "vedettes", Miguel Soler et Angel "Pichi" Alonso. L'Espanyol sera malmené durant tout le match mais le Club Brugeois ne marquera qu'à deux reprises, par Ceulemans (42è) et par Brylle (en fait par Gallart contre son camp à la 74è minute). 2-0, pour la première fois, les Brugeois abordent le retour avec un avantage. Mais ils vont être pris à leur propre piège car au stade Sarrià, à Barcelone, les Catalans vont renverser la tendance comme Bruges l'avait fait lors de chaque tour précedent. Dès la 8è minute de jeu, Orejuela insinue le doute chez les Gazelles d'une tête plongeante plutôt molle qui surprend, cependant, Vandewalle. Mais Bruges conserve une certaine maitrise sur la rencontre. A la pause, le score est de 1-0 et Bruges est toujours qualifié pour la finale. Javier Clemente, le coach de l'Espanyol, parvient à motiver ses troupes et les "Perruches" remontent sur le terrain avec la ferme intention d'aller chercher leur ticket pour la finale. La pression s'intensifie sur la défense brugeoise et l'on se rend vite compte qu'elle ne tiendra pas sans rompre. A la 62è minute, Soler déborde sur la droite, adresse un centre parfait vers Sebastian Losada qui, de la tête, double le score. Egalité parfaite sur l'ensemble des deux rencontres mais il reste une petite demi-heure à jouer et l'Espanyol à le vent en pourpe. Bruges tient et ce sont les prolongations, voire les tirs au but, qui vont décider du finaliste. Dans l'autre demi-finale, Leverkussen a pris le meilleur sur Brême. Houwaart va, peut-être, commettre l'erreur de tabler trop sur les tirs au but car, lors de la première prolongation, il remplace un milieu de terrain (Peter Creve) par un défenseur (Alex Querter). On sent que les deux équipes ont peur de commettre une erreur et ces prolongations ne sont pas passionnantes. On joue la 119è minutes, dans moins de 60 secondes l'arbitre Helmut Kohl sifflera la fin et l'on se dirigera vers les tirs au but. Devant ma télé je me rappelle avoir dit à mon père que c'était mal engagé car Vandewalle n'avait pas livré une grande partie, qu'il était peu sûr de lui et que ce n'était pas bon signe... A peine avais-je dit cela que le gardien brugeois me conforta dans ma pensée ! Sur l'ultime montée de l'Espanyol, Losada reçoit le ballon à gauche du rectangle. Son centre arrive sur Vandewalle qui ne peut le maitriser et qui relache le ballon en plein dans les pieds de "Pichi" Alonso qui n'en demandait pas tant. Le buteur catalan envoie donc son équipe en finale sur une bourde de Vandewalle... Déception cruelle car sur l'ensemble des deux parties, le FC Bruges ne méritait pas de perdre !

Ainsi s'achève la fabuleuse campagne européenne du FC Bruges lors de la saison 1987-1988. Cette année-là, les Blauw en Zwart pourront se consoler avec le titre de Champion de Belgique, qui était leur objectif principal, mais jamais plus le Club ne passera aussi près d'un finale européenne et, probablement même, aussi près d'un victoire en Coupe d'Europe. Car elle était là, à portée de crampons, cette Coupe UEFA 1988. A quatre reprises, les Gazelles d'Henk Houwaart ont remonté des situations délicates voire impossible pour parvenir en demi-finale. Le FC Bruges aura fait vibrer toute la Belgique qui s'est passionnée alors pour les exploits des Ceulemans, Brylle, Van der Elst ou autre Degrijse. Nous aurions tous voulu que Bruges atteigne la finale et l'emporte... Mais le terrain en décida autrement ! C'était il y a 23 ans, à une époque où la Belgique comptait encore dans le milieu du football européen. C'était bien avant l'Arrêt Bosman, lorsque le football était encore un sport intéressant et non pas un business, un grand marché financier...

Les Brugeois qui ont participé à l'aventure européenne 1987-1988 : Birger Jensen (G), Philippe Vandewalle (G), Alex Querter (D), Tew Mamadou (D), Hugo Broos (D), Serge Kimoni (D), Dennis Van Wijck (D), Franky Van der Elst (D/M-1 but), Peter Creve (M), Léo Van der Elst (M-3 buts), Jan Ceulemans (M-5 buts), Luc Beyens (M-2 buts) Stefan Vereycken (M), Marc Degrijse (A-1 but), Kenneth Brylle (A-6 buts), Ronny Rosenthal (A).

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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