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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 09:20

Il y a 61 ans, Julien Lahaut était assassiné

Illustration : la tombe de J. Lahaut, à Seraing

lahaut.jpgPour une grande frange de la population belge, Julien Lahaut, Président du Parti Communiste assassiné le 18 août 1950, reste l’homme qui clama sa conviction républicaine lors de la prestation de serment du Roi Baudouin 1er quelques jours avant de tomber sous des balles encore anonymes aujourd’hui. C’est oublier que Lahaut fut, avant tout, un homme de lutte, un partisan du monde ouvrier, un défenseur de la nation belge et un ennemi du fascisme…

Pour les ouvriers, contre les fascistes

Ouvrier métallurgiste dès 14 ans, il s’implique dans le mouvement syndical quatre ans plus tard, en 1902, ce qui lui vaudra de prendre une part active dans la grève de 1902 qui touche la métallurgie liégeoise et… d’être Licencié ! Embauché à la cristallerie du Val Saint-Lambert, il crée alors, avec Joseph Bondas, le syndicat Relève-Toi, ancêtre de la Centrale . Lorsque éclate la Grande Guerre, il est envoyé, comme engagé volontaire, sur le Front de l’Est. Il y restera jusqu’en 1918 et assistera à un événement qui va le marquer à jamais : la révolution bolchevique d’octobre 1917. Abreuvé des idéaux communistes, il entend créer un parti politique avec des fondements similaires. C’est le Parti Ouvrier Belge (POB) qui est porté, si j’ose écrire, sur les fonts baptismaux. Lahaut affilie son parti à la Troisième Internationale de Lénine. Et notre homme de poursuivre politiquement son combat syndical pour l’obtention de meilleures conditions de travail et des augmentations salariales pour le monde ouvrier belge. Il rejoint le Parti Communiste Belge (PCB) en 1923 après avoir été éjecté du parti auquel il a donné le jour. Elu Député, il dirige aussi le quotidien La Voix du Peuple, devient Secrétaire-Général du PCB et milite dès l’aube des années trente contre la montée du fascisme et du nazisme. En 1932, il déchire, au Parlement, le drapeau nazi qu’il a arraché de sa hampe devant l’ambassade allemande, à Bruxelles… «Voilà ce que les travailleurs pensent du Fascisme quoi que vous tous, au Parlement, décidiez de faire» déclara-t-il à l’encontre d’une assemblée qu’il jugeait trop molle face à la montée du Nazisme. Résistant engagé durant le second conflit mondial, il contrecarre plusieurs projets du sinistre collaborateur Léon Degrelle avant de mobiliser tout le monde ouvrier liégeois pour la Grève des 100.000, en mai 1941. Lorsque Hitler lance son offensive contre l’URSS, cette même année, Lahaut est arrêté car Communiste. Il est déporté à Mauthausen où il passe quatre longues années. Revenu en Belgique, il est affaibli mais plus que jamais ses idéaux communistes sont la motivation qui le font tenir debout. Le PCB lui offre sa présidence en gage de reconnaissance et c’est avec cette casquette, mais aussi celle de Député qu’il possède toujours, qu’il vit la fameuse question royale qui divise la Belgique de l’immédiat après-guerre. Julien Lahaut est au faîte de l’action wallonne contre le retour aux affaires du Roi Léopold III et c’est lorsque Baudouin, fils de Léopold III, prête serment, le 11 août 1950, que le Président-Député du PCB crie, en même temps que d’autres élus de son parti, le fameux «Vive la République !». Une semaine plus tard, Lahaut est assassiné sur le seuil de sa maison, à Seraing…

Qui ? Pourquoi ?

Il avait certes joué un rôle prépondérant dans l’opposition au retour de Léopold III mais était-ce là une raison suffisante que pour l’abattre froidement ? A l’image du meurtre d’André Cools (en juillet 1991), celui de Lahaut doit probablement trouver son origine dans plusieurs dossiers. Lahaut, comme Cools était un homme qui dérangeait tant à gauche qu’à droite. Après tout, n’étaient-ils pas, autant l’un que l’autre, critiqués dans leur propre camp ? Lahaut fut même proprement viré du parti qu’il avait créé…  Il faut préciser, cependant, que durant cet été 1950, plusieurs dirigeants gauchistes reçoivent des lettres de menaces anonymes. On peut ajouter que, dans le même temps, plusieurs dirigeants communistes internationaux sont victimes de tentatives de meurtre ; Duclos en France et Togliatti en Italie notamment. Julien Lahaut était un homme de lutte et de caractère, malgré plusieurs écueils de taille (ndlr emprisonnement, déportation, tortures…), jamais il n’abandonna son idéal et, souvent, ses positions gênèrent. Son meurtre était-il symbolique ? En assassinant le militant ouvrier et antifasciste le plus en vue, n’était-ce pas tous les ouvriers et tous les opposants au fascisme que l’on blessait sérieusement ? La piste de l’extrême droite fut soulevée. On évoqua un mouvement anti-communiste appelé Paix et Liberté ainsi qu’un groupuscule nommé les Léopoldistes, catholiques d’extrême droite proches du souverain abdiqué… Huit années après les faits, le quotidien Le Peuple renforçait la piste extrême droitiste en publiant les déclarations d’un dénommé Emile Delcourt qui, lors de son procès pour détournement de fonds, tenta d’amadouer la justice en prétendant qu’il détenait des informations sur le meurtre de Lahaut. Selon Delcourt, un farouche partisan de la lutte anti-communiste soutenue en Europe par le Gouvernement américain (ndlr nous sommes alors en plein McCarthysme), l’argent utilisé pour payer le commando professionnel qui fit feu sur Julien Lahaut provenait d’un fonds pécuniaire de l’Eglise belge administré par un Cardinal bien connu à l’époque… Toujours selon Delcourt, l’objectif était prosaïquement de lutter contre le Communisme en éliminant l’un de ses piliers ! Il ajoutait que les tueurs étaient des professionnels d’origine corse et que le conducteur de la voiture qui devait leur permettre de fuir était un ancien soldat volontaire de la Légion SS Wallonie de Léon Degrelle…

Si la justice belge condamna bien Emile Delcourt à cinq années de prison pour détournement de fonds, jamais ses déclarations concernant le «Dossier Lahaut» de furent prisent en compte…

Aujourd’hui, soixante et un ans après, le meurtre de Julien Lahaut reste toujours anonyme ! Le Parti Communiste Belge a longtemps réclamé la mise en place d’une Commission parlementaire afin de tenter d’enfin faire la lumière sur les commanditaires de l’assassinat de Julien Lahaut. L’enquête est désormais rouverte grâce notamment à une souscription publique qui avait été lancée en novembre 2010…

Le plus joli portrait qu’il se puisse être fait de Julien Lahaut, c’est à un comte polonais qui partagea sa captivité à Mauthausen qu’on le doit. «C’est l’homme qui portait le soleil dans sa poche et qui en donnait un morceau à chacun» disait cet aristocrate. Belle apologie faite à un homme qui ne partageait pas les même idéaux mais bien la même geôle…

Sources :
* «Cent Wallons du siècle», publié par l’Institut Jules destrée, Charleroi, 1995
* http://www.resitances.be
* http://www.julienlahaut.be (site en flamand !!!)

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