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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 10:29

Grande promotion chez Carrefour… On brade les travailleurs !

carrefour02.jpgLes travailleurs de Carrefour Belgique attendaient le résultat du Conseil d’Entreprise extraordinaire de ce mardi matin avec anxiété. Le groupe va mal et il ne pouvait sortir de ce conciliabule entre hauts managers de la chaîne que du négatif. Le couperet est tombé fin de matinée : 1672 emplois à la trappe et fermeture de 21 magasins. Voici quelques mois, Carrefour lançait son slogan «Le positif est de retour»… Rarement slogan ne m’a paru aussi sournois. Aujourd’hui pour les travailleurs de Carrefour Belgique, le positif s’est cassé la gueule ! Le Groupe français Carrefour est deuxième sur le marché international de la grande distribution, juste derrière l’Américain Wal-Mart. En juillet 2000, Carrefour rachetait l’enseigne GB et faisait ainsi son entrée en Belgique après avoir envahi bien d’autres pays à travers le monde. Mais le groupe français est arrivé en Belgique avec sa mentalité commerciale française qui ne correspondait pas forcément à celle de la Belgique. Il a ouvert des hypermarchés à outrance, 60 à travers le pays. Si au début de son implantation Carrefour à connu le succès, la concurrence des magasins low-cost et discount (Aldi et Lidl en tête) qui ont récupéré pas mal de clients des grandes surfaces «traditionnelles» a fortement nuit au géant français. En 2007, les résultats à la baisse entraînent une première restructuration importante, 16 magasins avaient été fermés et 900 travailleurs avaient perdu leur emploi. Malgré cela, le groupe ne s’est pas mieux porté. Au contraire, il a du faire face à une autre concurrence accrue, celle des magasins Colruyt et Delhaize.

Colruyt, devenu en 2008 leader de la grande distribution en Belgique et qui a une image de magasin low-cost de qualité, a bénéficié de la crise économique pour renforcer ses positions. Delhaize, qui avait lui une image de supermarchés plus haut de gamme, a eu l’intelligence de s’adapter à la conjoncture économique. Pour surfer sur la vague du pouvoir d’achat en baisse, le groupe Louis Delhaize a entamé une série de baisses de prix qui l’ont amené à être ultra compétitif et ainsi séduire les ménages moins aisés. Mais, pour continuer de plaire à ses clients traditionnels, Delhaize a aussi mis en avant des produits belges et des produits répondant aux critères du développement durable. Une stratégie remarquable pour conserver sa base originale et y ajouter des clients habituels des discounts et de Carrefour. Le résultat ne s’est pas fait attendre, en 2009, pour la première fois, grâce à ses produits de marque propre, Delhaize devançait Carrefour dans le classement des magasins les plus abordables. Selon une enquête menée par Test-Achat, Colruyt restait le «champion des prix en Belgique», juste devant Delhaize et Makro tandis que Carrefour reculait à la quatrième position. Pour info les fameux magasins discounts comme Aldi ou Lidl ne figuraient que beaucoup plus loin dans ce classement ce qui tend à prouver que faire ses courses dans ces enseignes est une fausse bonne idée !

Hypermarché… un concept suranné ?

Bref, Carrefour s’enlisait dans ses stratégies commerciales et ne parvenait pas à rentabiliser ses enseignes belges ; un magasin Carrefour sur deux n’est pas bénéficiaire en Belgique. Début 2009, le Suédois Lars Olofsson prend en main les rênes du Groupe Carrefour et annonce qu’il veut augmenter les marges bénéficiaires de Carrefour. Pour cela, il entend réduire les coûts de production et engage une réforme stratégique axées sur trois grands points : le renforcement de la marque Carrefour (de nouveaux produits de marque propre), la réduction des structures de fonctionnement et la réinvention – dixit Olofsson – du concept d’hypermarché. Et cette réinvention passe par la diminution de la taille des hypermarchés Carrefour. Mais le concept même de l’hypermarché, inventé par Carrefour en France dans les années soixante à l’heure des Trente Glorieuses où la consommation à outrance était permise, n’est-il pas dépassé ? Par définition, un hypermarché est un magasin de grande taille, d'une surface de vente égale ou supérieure à 2500m², vendant à la fois des produits alimentaires et non alimentaires et qui réalise plus d'un tiers de son chiffre d'affaires dans la vente de produits alimentaires. Cela signifie aussi donc que ce type de magasins fait deux tiers de ses recettes sur le non-food c'est-à-dire le textile, l’électroménager ou le matériel informatique, le linge de maison, les produits d’entretien… Dans le cadre du textile, de l’électroménager et du matériel informatique, les hypermarchés ne sont pas forcément les plus compétitifs. Les magasins où l’on trouve des vêtements à bas prix (Shoe Discount, Zeeman, Wibra, …) attirent les clients sans beaucoup de moyens tandis que les clients plus aisés s’habillent dans les boutiques où les commerces de marques de standing moyen (Esprit, H&M, C&A…). D’ailleurs, il n’est pas rare de voir les rayons vêtements des Carrefours complètement déserts ! En ce qui concerne l’électroménager et l’informatique, des chaines comme Médiamartk qui s’imposent par leurs prix font aussi de l’ombre aux Hypermarchés.

Il y a quelques jours, Carrefour Belgium annonçait, pour 2009, une perte importante de 74,2% de ses bénéfices. Cette baisse impressionnante a amené Olofsson à déclarer que Carrefour ne resterait présent en Belgique qu’à la condition d’un plan stratégique revu en profondeur. C’est ce plan qui a été présenté ce mardi matin et qui prévoit donc la perte de 1672 travailleurs et la disparition de 21 magasins à l'horizon du 30 juin 2010.

Et sur le terrain ?

La crise économique, la concurrence des discounts, de Colruyt ou de Delhaize… tout cela n’explique pas complètement la déroute du Groupe Carrefour en Belgique. Pour être un client régulier de Carrefour depuis plusieurs années, je ne peux que constater que la qualité de cette enseigne décroit sans cesse. Aujourd’hui, je suis fréquemment au Delhaize voire dans les petits commerces de mon quartier au détriment de Carrefour. Pourquoi ? Simplement parce que le samedi matin – moment de pointe pour une grande surface s’il en est -, vers 10h00 lorsque je faisais mes courses, il y avait plusieurs rayons vides. Certains produits de grande consommation manquaient, notamment dans les marques propres. Par ailleurs, au rayon boulangerie, une semaine sur deux, le pain n’est pas bon (je suppose qu’il y a plusieurs équipes qui se relayent) et le rayon fruits et légumes est à pleurer tant les produits qu’on y propose sont tristes, abîmés et peu appétissants. Je suis convaincu de ne pas être le seul client à avoir déserté Carrefour à cause de ces manquements, ça aussi ça explique la chute des bénéfices…

Quoi qu’il en soit, pour éponger les erreurs de management et la gestion mal adaptée des pontes de Carrefour, ce sont encore les travailleurs de base qui vont payer l’addition ! N’est-ce pas bientôt le Mois des Bonnes Affaires chez Carrefour ? On y bradera les travailleurs !

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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