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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 08:43

La fracture numérique se déplace... Si plus de monde a accès au net, l'utilisation qu'on en fait reste intimement liée au niveau social, culturel et d'éducation !

internet-copie-1.jpgA l'aube d'Acta Diurna, en 2003,  nous évoquions la fracture numérique, plus exactement de l'importance d'avoir un accès au net sous peine de se handicaper socialement, professionnellement et culturellement (lire à ce propos Etre connecté ou pas ?). Huit ans plus tard, la fracture numérique existe toujours bel et bien, les classes sociales les moins favorisées ont une utilisation du net moins valorisante et moins intelligente... Pour schématiser, la fracture numérique est la disparité d'accès aux technologies informatique, à commencer par internet. Cette fracture trouve ses origines dans les différences sociales, financières, géographiques, culturelles ou éducationnelles. Au début du 21è siècle, certains s'alarmaient des conséquences de cette fracture numérique et affirmaient que la société se dirigerait rapidement vers une dualité riches/pauvres de plus en plus nette (ndlr il ne fallait pas être devin pour poser cette prédiction) mais qu'au sein de la caste "riche" - c'est à dire celle de ceux qui ont un emploi qui génère un revenu mensuel fixe suffisant que pour vivre décemment - il y aurait une seconde dualité connectés/non connectés. En 2003, des sociologues disaient que ceux qui ne seraient pas connectés seraient rapidement mis au ban de la société. Le raisonnement était certes manichéen mais pas totalement erroné... Dès lors, les autorités de différents pays occidentaux ont voulu réduire cette fracture en démocratisant l'accès au net et à ses applications par un développement des infrastructures et une diminution des coûts (cfr le Rapport Attali en 2008). En Belgique, en 2005, 42% de la population n'avaient pas accès au net; aujourd'hui le chiffre est tombé à 23%(1), le Plan National de Lutte contre la Fracture Numérique, initié en 2006, par Philippe Courard (PS) semble donc avoir porté ses fruits...

Mais est-ce vraiment le cas ?

Il est indéniable que de plus en plus de Belges ont accès au net mais quel usage font-ils de cet accès ? Selon l'evaluation quinquennale du Plan Nationale de Lutte contre la Fracture Numérique, réalisée par la Haute Ecole Catholique de Campine, si l'on constate un accès plus large au net, il reste une forte disparité entre l'utilisation d'internet selon les classes sociales. Ainsi les Belges socialement plus aisés utilisent internet à des fins professionnelles ou privées utiles telles que l'enrichissement culturel, l'immobilier, le paiement en ligne, tax on web, les offres d'emploi, la communication professionnelle via les réseaux sociaux, la promotion de leurs activités ou de leur personne, les médias citoyens... tandis que les couches les moins aisées privilégient surtout les jeux en ligne et les futilites sur les réseaux sociaux. Clairement la fracture numérique existe toujours, tout juste s'est-elle déplacée. Jusqu'il y a cinq ans, la fracture était financière, le net était moins accessible aux Belges les moins aisés, désormais la fracture est culturelle, les Belges les plus aisés utilisent le net comme un outil, les moins aisés l'entrevoient comme un objet ludique.

Internet est une base de données exceptionnelle, il offre une vitrine unique qui permet d'étoffer ses possibilités professionnelles, c'est bien davantage qu'un espace de jeux. Aujourd'hui, le net est partout; même dans une poche par le biais des smartphones. Clairement, les niveaux social et d'instruction restent des facteurs importants de la fracture numérique. Si les autorités ont lutté avec succès pour la démocratisation de l'accès au net, il convient aussi qu'elles militent désormais pour une éducation au net et à ses multiples possibilités. Mais il faut mettre cette situation en perspective et la comparer avec d'autres comme l'analphabétisation croissante ou le fait que plus d'une personne sur trois vit avec moins de deux dollars par jour à travers le monde entends-je certains dire. Assurément, il y a des conditions plus graves que la fracture numérique mais il convient aussi de garder à l'esprit que la fracture numérique ne fera qu'amplifier d'autres réalités dramatiques comme la pauvreté et l'analphabétisme... bientôt celui-ci pourrait regrouper les gens qui ne savent ni lire ni écrire ni utiliser le net de façon productive ! La Génération Y s'installe de plus en plus dans la société, elle l'a fait tourner... Pour les Yers, le net et les technologies informatiques sont tout aussi naturels que le fait de respirer; ceux qui ne savent pas respirer finissent toujours par s'étouffer, c'est ce qui arrivera rapidement à ceux qui ne voient dans le net qu'un espace ludique en plus. Avant d'être une console de jeux, internet doit être un outil de travail... ceux qui ne perçoivent pas cette réalité seront, tôt ou tard, des laissés pour compte de la Génération Y.

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(1) Digitale kloof is verschoven, on demorgen.be, 2 mai 2011

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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