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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 03:10

Pendant 28 ans, il a symbolisé la Guerre Froide et la séparation entre le bloc de l'Est et le bloc occidental...

mur02.jpgIl y a cinquante ans, la RDA (République Démocratique Allemande ou Allemagne de l'Est) faisait ériger ce que ses dirigeants nommait alors Mur de Protection Antifasciste et qui est rapidement devenu Mur de la Honte. Le Mur de Berlin fait partie de l'Histoire du 20è siècle, sa construction a débuté dans la nuit du 12 au 13 août 1961 par la pose de fils de fer barbelés et se terminera quelques semaines plus tard par un véritable dispositif militaire composé de deux murs haut de trois mètres cinquante jonchés de 302 miradors, d'un chemin de ronde gardé en permanence, sur toute sa longueur, soit 155 kilomètres, par 14.000 soldats et 600 chiens. Cette barrière quasiment infranchissable qui séparait physiquement la partie orientale et la partie occidentale de Berlin perdura jusqu'en novembre 1989...

Comment en est-on arrivé là ?

Après sa capitulation, en mai 1945, l'Allemagne est divisée, par les Accords de Yalta, en quatre zones d'administrations réparties entre la France, les Etats-Unis, l'Angleterre et l'URSS. Berlin, plus grande ville d'Allemagne et ancienne capitale du régime nazi, après avoir été laissée sous contrôle soviétique, est également divisée en quatre zones. C'est que les Etats-Unis se méfient de plus en plus de l'URSS... Celle-ci accepte (stratégiquement ?) de diviser Berlin en quatre zones à condition de pouvoir conserver tout le secteur est de la ville (soit 45% du territoire); le reste, soit la partie ouest, est divisé en un secteur français (nord-ouest), un secteur britannique (centre-ouest) et un secteur américain (sud-ouest). Berlin devient une zone démilitarisée, administrée par les quatre nations et totalement indépendante des deux Allemagnes, celle de l'ouest et celle de l'est. Cette répartition permet cependant à l'Union Soviétique d'encercler dans sa zone d'occupation de l'Allemagne les trois secteurs de Berlin qui ne lui appartiennent pas. En effet, aussi bizarre que cela puisse paraître, la France, l'Angleterre et les Etats-Unis ont accepté des territoires berlinois totalement enclavés dans la partie soviétique de l'Allemagne. La coopération entre les quatre nations pour le contrôle de Berlin prend fin en mars 1948, au début de la Guerre Froide, lorsque l'URSS se retire du Conseil de Contrôle des Alliés et du Commandement Interallié. A partir de ce moment, les Russes vont tenter de perturber les communications entre les pays occidentaux et leur enclave de Berlin-Ouest. Le but est, évidemment, de forcer les Alliés à abandonner Berlin. La perturbation des voies de communication, y compris fluviales et terrestres, débouchent sur un véritable blocus et engendre une première crise diplomatique grave entre les blocs est et ouest. Il faut un pont aérien orchestré par les Etats-Unis pour contourner le blocus soviétique... Pour marquer l'opposition entre ces deux blocs, sont créées officiellement en 1949, la République Fédérale d'Allemagne (RFA), dans la zone administrée par les USA, la France et le Royaume-Uni, et la République Démocratique Allemande (RDA) qui prend place dans la zone gérée par l'URSS. Plus que jamais, Berlin est devenue zone tampon entre l'Est et l'Ouest, d'ailleurs une frontière est installée, elle sépare officiellement la RFA et la RDA mais, plus symboliquement, elle est marque surtout la séparation entre les pays occidentaux et les pays de l'Est; entre le capitalisme et le communisme.

Malgré sa neutralité qui a été fixée à la fin du conflit mondial, Berlin est faite capitale de la RDA par les dirigeants communistes. En novembre 1958, Nikita Khrouchtchev, alors n° 1 du communisme, tente de revoir le statut de Berlin mais sa proposition est rejetée par les trois autres nations qui y voient un rapprochement clair entre Berlin et la RDA, c'est à dire le bloc de l'est... Et pourtant, depuis une dizaine d'années, la RDA voit ses ressortissants fuir le pays et passer à l'ouest par Berlin. Malgré l'instauration de la frontière, les zones de passages sont nombreuses et, dès lors, les etats-membres du Pacte de Varsovie commencent à réfléchir à un moyen de freiner cet exode massif. Entre 1949, date de création de la RDA, et 1961 ce sont quelque trois millions d'Est-Allemands qui ont fuit leur pays. ce sont surtout des jeunes gens de moins de 25 ans et cela fragilise le pays économiquement. La réaction doit être rapide et efficace ! Mais Moscou subit un nouveau revers au mois de décembre 1958; des élections municipales sont prévues le 7 décembre et l'URSS envisage une victoire du Parti Communiste. Si le communisme l'emporte, cela signifiera que Berlin est une ville communiste et qu'il n'y aura plus aucune raison de conserver  le statut fractionné de la ville. Mais Willy Brant, le Maire sortant de Berlin-Ouest, et Konrad Adenauer, le Chancelier ouest-allemand, font une campagne anti-communiste de grande ampleur et Brandt est reconduit. Forts de cette victoire de Willy Brandt, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et la RFA déclarent de concert que Berlin conservera le statut qui lui a été conféré par les Accords de Yalta.

Khrouchtchev rumine sa vengeance pendant plusieurs mois et, le 12 août 1961, le gouvernement de la RDA annonce un renforcement des contrôles à la frontière de Berlin. L'exode se poursuit d'autant plus que beaucoup de travailleurs sont transfrontaliers et de plus en plus profitent de ce statut pour ne pas rentrer à Berlin-Est. Lorsqu'ils se réveillent le 13 août au matin, les Berlinois de l'est et de l'ouest découvrent la réalité du renforcement annoncé la veille par la RDA. Des grillages et des barbelés ont été posés tout autour de de Berlin-Ouest qui est isolée, au propre comme au figuré, dans les territoires de l'Est. Toutes les rues et les voies ferrées menant de l'est à l'ouest de Berlin sont bloquées et gardées par des militaires (14.500 soldats, y compris des russes, sont déployés autour de la frontière. En quelques semaines, un mur parsemé de miradors est contruit à la place des grillages et isole physiquement Berlin-Ouest du reste de monde occidental.
mur01.jpg

De façon surprenant, seul Willy Brandt émet une protestation vive contre l'emmurement de Berlin-Ouest. Avec l'aide des autorités politiques de la RFA, Brandt met en place un centre de documentation dont l'objet est de recensé toutes les formes de violation de Droits de l'Homme commises par la RDA. La réaction officielle des Etats-Unis, de la France et de l'Angleterre ne vient que le 15 août, soit deux jours après l'encerclement. Toutes les protestations occidentales resteront plutôt molles, seule une altercation vive entre militaires soviétiques et militaires américains a lieu, fin octobre 1961, au fameux Checkpoint Charlie, le point de passage de la frontière pour le personnel diplomatique et lieu d'échange de prisonniers de la Guerre Froide. A la fin de l'année 1961, le Mur de Berlin n'est plus franchissable qu'en sept points, tous scrupuleusement surveillés par l'armée est-allemande. Devenu le symbole malheureux de la Guerre Froide, le Mur de Berlin a aussi des conséquences économiques catastrophiques pour des milliers de Berlinois de l'est. En effet, 63.000 d'entre-eux travaillaient à l'ouest et perdent leur emploi. Le mur donne aussi aux yeux du monde entier l'image négative du communisme, de sa vision économique et politique. Après la visite de John Fitzgerald Kennedy, en juin 1963, les premiers accords d'assouplissement voient le jour. Le nombre de points de passages est porté à dix et les Berlinois de l'ouest qui ont de la famille de l'autre côté du Mur reçoivent des laissers-passer de visite. A noter que ceux de l'est n'en reçoivent pas, par crainte qu'ils ne reviennent pas après leur visite familiale à l'ouest...

A la fin des années quatre-vingt, la situation géopolitique internationale évolue. Mikhail Gorbatchov a lancé, en 1985, sa fameuse Perestroïka, réforme économique et sociale de l'Union Soviétique. Au printemps 1989, la Hongrie est le premier pays à briser le Rideau de Fer du Communisme, la Pologne suit le mouvement et l'on perçoit un premier vent de changement aussi en Allemagne de l'Est. Les frontières s'ouvrent plus facilement et les Est-allemands peuvent voyager dans d'autres pays du bloc communiste qui se sont ouvert (la Hongrie surtout). Plusieurs milliers d'entre-eux profitent de cette assouplissement pour fuir à l'ouest mais à Berlin-est, le changement pointe à l'horizon. Les Berlinois sont dans la rue pour réclamer plus de liberté et lors de sa venue à Berlin-est, le 3 octobre 1989, pour la commémoration du 40è anniversaire de l'Etat, Gorbatchov annonce clairement qu'il n'y aura pas de répression contre les manifestants... Le 9 novembre 1989, le Gouvernement de la RDA annonce officiellement que la liberté de voyager est entrée en vigueur et donc, par conséquent, que le Mur est ouvert. De nombreux Berlinois se pressent à divers endroits pour franchir le Mur et les militaires, qui n'ont pas encore été prévenus de la liberté de voyager instaurée par le Gouvernement, doivent faire face à une marée humaine. Dépassés, ils laissent les Allemands de l'Est démonter certaines parties de mur pour pratiquer des ouvertures vers l'ouest... Le Mur de Berlin est tombé ! Il aura tenu debout, véritable rempart entre l'est et l'ouest, pendant 28 ans symbolisant parfaitement les relations est-ouest. Sa chute aura pour conséquence la fin du communisme et, dans les années qui suivent, l'accession de plusieurs pays de l'ancien bloc de l'est à l'Union Européenne. Aujourd'hui, divers mémoriaux ont été construits en souvenir du Mur et de son histoire; au sol, une double rangée de pavés et de plaque en en fonte marque le tracé du Mur et, s'il est presque totalement détruit, il laisse des cicatrices indélébiles dans le paysage du Berlin actuel...

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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