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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 10:59

A propos du chef d’œuvre de John Irving…

 

Garp.jpgParfois la télévision nous réserve encore quelques belles surprises. Ce fut le cas, pour moi, voici quelques jours. Devant le vide sidéral qui emplit usuellement cette lucarne qui a perdu la plus grande part de sa magie, j'ai attrapé ma zapette et j'ai commencé à chercher, sans grand espoir il est vrai, un programme qui pourrait meubler ma soirée. Je n'avais pas envie de lire, pas la tête à ça… Et le hasard m’a mis, sur Arté – Diable que je suis content que cette chaine existe ! - en présence d’un excellent film que je n’avais pas vu depuis une bonne paires de lustres, au moins ; Le monde selon Garp ! J’avais adoré le roman éponyme de John Irving qui m’avait été offert par un prof de français dans le secondaire. Bien que je n’aie jamais été amateur de «brique» littéraire, j’ai dévoré les six ou sept centaines de pages du Monde selon Garp. Dans ce roman parfois un peu autobiographique, Irving rapporte le destin parallèle d’une infirmière féministe et de son fils qui vit dans l’ombre de la gloire maternelle. En effet, après avoir fait un enfant toute seule (en profitant de l’état d’érection permanent d’un pauvre soldat végétatif blessé à la guerre), l’infirmière Jenny va profiter de l’envie d’écrire de son fils pour se lancer, elle aussi, dans l’aventure de l’écriture. Si le pauvre Garp est bourré de talent, c’est surtout le seul et unique ouvrage féministe de sa mère, dans lequel elle s’insurge de la condition des femmes qui ne peuvent être que l’épouse ou la putain d’un homme, qui va devenir un best-seller… Garp va vivre de sa plume mais sans être réellement reconnu à sa juste valeur jusqu’à ce qu’il publie un roman dans lequel il s’attaque aux Ellen-Jamesiennes, des féministes qui pour soutenir une adolescente violée et mutilée se sont volontairement tranché la langue. Avec cet ouvrage, Garp sort de l’ombre de sa mère mais le destin attend chacun d’entre nous au tournant… Si Jenny est devenue l’icône des féministes et l’ambassadrice des femmes meurtries par la vie, elle s’est attiré les foudres des ennemis de cette corporation ; si Garp a enfin pu se faire une place au soleil, il s’est créé une sérieuse inimitié chez les féministes. A quelques temps d’intervalle, Jenny et Garp seront abattus froidement pour avoir assumé pleinement leurs idées…

Irving, à qui l’on doit aussi les remarquables L’Hôtel New Hampshire et L’œuvre de Dieu, la Part du Diable, est passé du statut de romancier obscur à celui de best-seller. Comme Garp, John Irving était enseignant et membre de l’équipe de lutte de son université avant de connaître le succès avec sa vision d’un monde imparfait rempli de périls inutiles, de tromperies et de mensonges. On peut dire sans risque de se fourvoyer que si Irving a créé Garp, Garp a aussi fait Irving qui part la suite deviendra un des romanciers américains les plus convaincants !

Garp est un personnage attachant, effrayé par le monde qui l’entoure et par le comportement des gens autour de lui. Ainsi il ne peut pas comprendre et moins encore accepter que des femmes – des féministes convaincues – puissent s’automutiler pour témoigner de leur soutien à une jeune fille qui a été violée et qui a eu la langue coupée. Selon Garp, ce n’est pas en s’infligeant ses sévices corporels irréversibles que l’on peut le mieux témoigner de son soutien à une victime. Lors d’une cérémonie d’hommage à sa mère assassinée, Garp rencontre d’ailleurs cette fameuse Ellen James qui vit désormais incognito pour échapper à ces groupies féministes qu’elle ne cautionne pas. Par une simple accolade, Ellen fait comprendre à Garp qu’elle partage sa vision sur la folie des féministes qui se mutilent…

Malgré ce monde sans pitié et malgré ses efforts pour protéger sa progéniture des périls de la vie – le moins que l’on puisse dire est qu’il n’y parviendra pas car il perdra son fils cadet au cours un accident stupide dans lequel son aîné restera borgne – Garp est un éternel optimiste. Un passage du récit en témoigne à souhait. Alors qu’il visite une maison pour installer son bonheur naissant de jeune marié, un avion s’écrase dans la façade. Cet incident décide Garp à acheter la maison car la probabilité qu’un autre avion ne vienne percuter la maison est infinitésimale… C’est aussi ça la vision du monde selon Garp !

Il y a quelques jours, c’est avec un plaisir immense que j’ai revu l’adaptation cinématographique de George Roy Hill. Robin Williams est excellent dans le rôle de Garp tout comme John Lithgow qui trouve avec l’interprétation de Robert/Roberta le meilleur rôle de sa carrière au cinéma. Oui, parfois, la télévision nous réserve encore quelque belles surprises !

«Le Monde selon Garp» à lire et à voir avec autant de bonheur aussi vite que possible !

 

Le Monde selon Garp

John Irving

Points – ISBN 978-2020363761

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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