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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 12:33

Selon un étude norvégienne, le LSD aurait des effets pouvant lutter contre la dépendance à l'alcool...

dls.jpgL'acide lysergique diéthylamide (en allemand Lyserg Säure Diethylamid ou LSD) est un hallucinogène puissant qui a été synthétisé, en 1938, par deux chimistes suisses, Albert Hofmann et Arthur Stoll, qui travaillent alors sur les applications thérapeutiques possible de l'ergot de seigle. L'objectif de leurs recherches est d'obtenir une molécule analeptique, c'est à dire qui a des fonctions stimulantes sur un organisme vivant. Le Lyserg Säure Diethylamid est le 25è dérivé de l'ergot de seigle d'où son nom de code LSD-25 qui sera, plus tard, réduit simplement à LSD. Les recherches de Stoll et Hofmann ne sont pas couronnées de succès et sont rapidement abandonnées. Cependant, les deux chercheurs y reviennent, en 1943, car ils sont persuadés de leur pertinence. Après plusieurs semaines de travail, Albert Hofmann décide d'auto-expérimenter le LSD-25; il ingère, par voie orale, une dose de 0,250 µg soit une dose massive. Hofmann décrit, suite à l'absorption de LSD-25, des épisodes d'angoisse, une sensation de décorporation et une forme d'ivresse planante... Par contre, le médecin qui encadre l'expérience ausculte Hofmann et ne diagnostique qu'une simple dilatation des pupilles. Pendant quatre ans, la molécule LSD-25 est expérimentée sur des patients présentant des troubles mentaux; plusieurs études sont menées et elle s'avère prometteuse dans le traitement de cas psychiatriques et notamment dans le cadre d'une approche psychothérapeutique. Le 23 mars 1948, Stoll et Hofmann déposent le brevet international(1) du Lyserg Säure Diethylamid. Dans les années cinquante, le LSD suscite de plus en plus d'intérêt dans le milieu médical mais aussi hors du milieu médical. Aldous Huxley, qui l'a découvert par le biais d'un ancien agent secret américain qui s'est recyclé dans le traitement de la toxicomanie, décrit des "trips planants" liés à l'injection de LSD(2). Huxley décrit encore un sentiment de plénitude totale liée à une introspection profonde et au dépassement des préjugés et des valeurs morales, une sensation de liberté morale expurgée des contraintes liées à la société et à l'éducation. Dès lors l'autoexpérimentation de LSD devient banale dans l'Amérique du milieu des années '50... Les écrivains de la Beat Generation - Burroughs, Ginsberg et Kerouac en tête - l'adoptent et le LSD symbolise la contre-culture américaine. Ken Kesey, auteur notamment de Viol au dessus d'un nid de coucou, et surtout le neuropsychologue Timothy Leary vantent les qualités du LSD, disent qu'il permet d'explorer des voies nouvelles. Lors de la décennie suivante, le mouvement hippie récupère cette drogue pour ses vertus psychédéliques tandis que les leaders culturels (musique, littérature, cinéma, théâtre, peinture...) en consomment afin de favoriser leur créativité. Il faut attendre 1971 pour que les autorités américaines ne classent, suite à une Convention de l'ONU, le LSD dans les "substances ayant un potentiel d'abus et présentant un risque grave pour la santé publique tout en n'ayant qu'une faible valeur thérapeutique". Si l'on remet en cause ses vertus thérapeutique, le LSD n'est pas pas, pour autant, prohibé ! Quoi qu'il en soit, le LSD eut une influence considérable sur la culture des années cinquante et soixante...

Interdiction et résurrection

Le LSD est donc un psychotrope perturbateur puissant qui agit sur les connexions entre les neurones en induisant des troubles de l'humeur, de la pensée et de la perception pouvant aller jusqu'à l'hallucination; l'état hallucinatoire apparaisant avec des doses de 100 microgrammes(3). Si la Convention sur les Substances Psychotropes de l'ONU, en 1971 à Vienne, considère faibles les vertus thérapeutiques du LSD, la molécule a pourtant été utilisée avec succès dans le traitement de l'héroïnomanie, celui de la douleur, celui de l'anxiété ou d'autres psychoses mais aussi comme anti-migraineux ou encore dans le traitement des patients cancéreux en fin de vie. En 1952, Alfred Hubbard a recours au LSD dans le traitement de l'alcoolisme mais le classement, dans les années septante, du LSD comme psychotrope dangereux met un terme à beaucoup d'études sur le LSD thérapeutique. Certains travaux ont repris dans les années '80 notamment via la Suisse qui autorise à nouveau l'utilisation du LSD dans le traitement des états dépressifs. En 1991, le Food and Drug Administration (FDA) autorise à son tour le LSD médical dans un cadre très strict, notamment dans le traitement des addictions.

Pendant plusieurs mois, des chercheurs de la Norwegian University of Science and Technology, à Trondheim, ont mené une étude sur la diminution de la dépendance à l'alcool par l'absorption de petites doses de LSD. Les résultats de ce travail viennent d'être publiés dans Le Journal de Psychopharmocologie avec la conclusion que le "LSD a un effet bénéfique significatif sur les dépendants à l'alcool"(4). 536 patients dépendants à l'alcool ont été testés pendant six mois; deux tiers d'entre eux ont reçu une faible quantité quotidienne de LSD tandis que le dernier tiers recevait un placebo. Il ressort de cette étude que 59% des patients sous LSD ont vu leur consommation d'alcool diminuer fortement, certains étant même en situation d'abstinence au terme de l'étude. Selon les chercheurs de l'Université de Trondheim, "des petites doses de LSD répétées pourraient prolonger l'abstinence alcoolique"(4).

Alors qu'une majorité de pays européens continuent de prohiber le LSD médical, cette étude norvégienne pourrait servir de point de départ à l'assouplissement de certaines règles et à la mise en place de cadres médicaux stricts afin de règlementer l'usage du LSD à vocation thérapeutique. C'est en tout cas la volonté de certains scientifiques...

Pour l'anecdote, Albert Hofmann, le premier bêta-testeur humain de LSD, il est mort en 2008, à l'âge de 102 ans.


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(1) un brevet avait déjà été dépose en Suisse en avril 1943.
(2) Huxley était tellement attiré par le LSD qu'au matin de sa mort, les derniers mots à l'attention de son épouse, qu'il consigna par écrit car il ne pouvait plus parler, furent : "LSD 100 µg I.M." ("LSD, 100 microgrammes, par voie intramusculaire")
(3) Les drogues de synthèse, par Michel Hautefeuille et Dan Véléa, collection "Que Sais-je ?", Presse Universitaires de France, 2002
(4) Sobered up sing LSD, on www.ntnu.edu site de l'Université Norvégienne des Sciences et des Technologies, à Trondheim, 9 mars 2012

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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