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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 09:17

Le charbonnage de Cheratte est livré au temps, aux squatteurs et aux pilleurs… C’est là que mon grand-père trouva son eldorado comme beaucoup d’autres immigrés.

hasard.jpgEn feuilletant la presse j’ai appris, ce matin, une nouvelle qui m’attriste profondément, l’état d’abandon de plus en plus prononcé du charbonnage de Cheratte. Fermé depuis octobre 1977, le charbonnage du Hasard dresse encore ses imposants bâtiments sur la grand’route de Cheratte-bas mais, selon l’intervention d’un Conseiller communal ECOLO, il s’apparente de plus en plus à un chancre, squatté et livré au pillage de matériaux. Le problème est que les lieux appartiennent désormais à un privé et que l’on ne semble pas pouvoir y intervenir aisément. Cela me rend triste de voir le Hasard s’étioler dans les faits et dans les mémoires. Non pas que je tienne à tout prix à garder debout les ruines de ce complexe abandonné dans mon village depuis plus de trente ans mais surtout parce que ce charbonnage représente cet eldorado que mon grand-père était venu trouver, dans les années ’20, de sa Pologne natale. J’ai grandi à Cheratte et bien que je n’y habite plus depuis deux ans, ce village garde une place à part dans mon cœur. Plus tellement le Cheratte d’aujourd’hui que je trouve déserté de son âme mais bien le village où j’ai joué dans les rues ou sur le terrain de foot perdu dans la campagne, le village dans lequel je me baladais, des heures durant, avec mon grand-père tout en l’écoutant me raconter les péripéties de l’Occupation cherattoise pendant la guerre (ndlr il était déserteur de l’armée allemande car, né Polonais dans un land allemand, il avait refusé de répondre à l’ordre d’incorporation quand la seconde guerre mondiale éclata) ou encore sa vie au charbonnage du Hasard.

C’est à pied que mon aïeul quitta donc son Allemagne natale en 1928. Né Polonais, en 1912, à Grosszossen, dans le Royaume de Saxe, non loin de ce qui était encore la Tchécoslovaquie alors, il migra rapidement vers Dantzig (arrachée à l’Allemagne en 1919 par le Traité de Versailles pour devenir la Ville Libre de Dantzig avant de retourner dans le giron polonais, sous le nom de Gdansk après la seconde guerre mondiale) pour trouver du travail dans cette ville nouvelle que la Grande Guerre venait de placer sous l’égide de la Société des nations. Mais il n’entrevoyait aucune perspective d’avenir autre que celle de devenir garçon de ferme, c’est pourquoi il décida rapidement d’émigrer vers d’autres cieux plus cléments. Il avait entendu dire que les charbonnages de Belgique cherchaient de la main d’œuvre, il prit donc, avec quelques camarades de route, le chemin vers l’ouest traversant, à la marche, l’Allemagne pour entrer en Belgique via Aix-la-Chapelle et La Calamine. Plusieurs semaines de voyage pour aboutir finalement dans une région liégeoise alors de cocagne où il pu trouver du travail et fonder une famille. A cette époque, le bassin minier liégeois était encore prolifique, exploité depuis le Moyen-âge, il ne commença à péricliter que dans les années ’50. Depuis l’aube de 1930 jusqu’à fin de sa carrière, Waclaw Moch travailla donc à la mine, au charbonnage du Hasard, à Cheratte…

Le Hasard cessa définitivement ses activités le 31 octobre 1977 et depuis tous les bâtiments ce cet imposant complexe minier sont à l’abandon. Racheté voici quelques lustres par un homme d’affaire flamand ou hollandais qui projeta d’y faire 1001 choses différentes, ses ambitions furent longtemps contrecarrées car deux bâtiments de l’ensemble sont classés. En juin 2008, l’homme d’affaires avait introduit une nouvelle demande de permis d’urbanisme à la Ville de Visé, six mois plus tard au début de l’année 2009, la presse évoquait la démolition des parties non-classées… Il était question alors d’y développer du logement social et des PME. Deux ans plus tard, tout est toujours en l’état et l’abandon se renforce sur le terrain et dans les esprits. Je ne veux nullement jouer au rétrograde nostalgique qui souhaite le maintien à tout prix du charbonnage de Cheratte ; non les souvenirs que j’ai d’avec mon grand-père sont dans ma tête et dans mon cœur, pas dans les murs du Hasard. Mais je ne peux m’empêcher de penser que, s’il avait encore été vivant, mon vieux mineur d’aïeul n’aurait pas pu retenir une larme de voir ainsi solitaires et abandonnées les ruines de son eldorado… Après tout, avec un peu de bonne volonté, on aurait pu le restaurer et le recycler plutôt que de le laisser partir à vau-l’eau ce précieux symbole de l’activité minière de Cheratte. Mais les symboles parfois cela coute cher et ce n’est pas souvent la priorité des décideurs.

Il m’arrive aussi de penser que le destin cela tient à peu de chose… Si, en 1928, à Aix-la-Chapelle mon grand-père avait pris vers le nord, vers la région de Heerlen, aux Pays-Bas, elle aussi riche d’un charbonnage florissant plutôt que de poursuivre vers le sud-ouest vers La Calamine et la Basse-Meuse et bien probablement serais-je né Hollandais et aurais-je eu une vie totalement différente. Je n’aurais jamais rencontré ma compagne, celle qui partage ma vie depuis 20 ans, dont le père quitta lui aussi son Italie natale pour venir travailler dans les mines belges quelques années plus tard… Ca tient à peu de chose la vie, finalement !

Le charbonnage de Cheratte sur Forbidden Places

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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