Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 08:57

A voir jusqu'au 21 mai prochain, à la Galerie Catherine Houard, dans le sixième arrondissement de Paris, Le cinéma dans la Peinture, la Peinture dans le Cinéma...

tavou.jpgQuel monument hollywoodien peut se targuer d'avoir participer à des chefs d'oeuvre du cinéma américain tels que Bonnie & Clyde (Arthur Penn, 1967), Zabriskie point (Michelangelo Antonioni, 1970), Little Big Man (arthur Mann, 1970), les trois opus du Parrain (Francis Ford Coppola, 1972, 1974 et 1979), Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979), Coup de Coeur (Francis Ford Coppola, 1982), Outsiders et Rusty James (Francis Ford Coppola, 1983), Sang Chaud pour meurtres de sang froid (Phil Joanou, 1992), La neuvième porte (Roman Polanski, 1999) ou encore No country for old men (Joel et Ethan Cohen, 2008) ? Ne cherchez pas, il ne s'agit pas d'un acteur mais bien d'un rouage essentiel de l'art cinématographique, un décorateur... LE décorateur : Dean Tavoularis ! Car s'il est un décorateur qui a atteint le sommet de son art c'est, incontestablement, Dean Tavoularis. Et si je vous parle de lui aujourd'hui c'est parce qu'une superbe exposition lui est consacrée, en ce moment, à Paris. Le Cinéma dans la Peinture, la Peinture dans le Cinéma revient sur les quarante années de carrière du Directeur Artistique préféré de Francis Ford Coppola. Sans Tavoularis, les films majeurs de Coppola auraient manqués d'un petit quelque chose, ce petit quelque chose qui fait la différence, qui fait d'un bon film un film grandiose... Car sans décors il ne peut y avoir d'ambiance et sans ambiance il ne peut y avoir de bon film !

Dean Tavoularis est le fils d'un vendeur de café qui fournissait, notamment, les studios de la 20th Century Fox, à Hollywood. C'est en accompagnant son père en livraison qu'il a donc fait connaissance avec l'industrie du cinéma et qu'il s'est baladé dans des décors en carton-pâte. Après des études en architecture, Tavoularis se passionne pour la peinture, il est même plutôt doué dans cet art. Il se souvient des décors en carton-pâte de son enfance et pense qu'il pourrait tenter sa chance dans le secteur; en 1967 il se fait engager par Arthur Penn sur le tournage de Bonnie & Clyde, avec Warren Beatty et Faye Dunaway. Nous sommes à l'aube d'une période de mutation du cinéma américain, une période que l'on appellera Le Nouvel Hollywood, une autre façon de faire des films dans la Mecque du Cinéma. L'idée-force de ce mouvement était d'évoquer des sujets que l'industrie cinématographique n'aurait pas abordé quelques temps auparavant, de les aborder d'une façon crue et directe, sans tabou, le tout avec une narration plus lyrique... Bref, il s'agissait de faire un cinéma anti-establishment. Le Nouvel Hollywood, même s'il ne dura pas très longtemps, est un mouvement capital du cinéma américain. Avec des références comme Le Lauréat, Easy Rider, M*A*S*H, Harold et Maude, La Horde Sauvage, Pat Garrett et Billy The Kid, Rosemary's baby, Soleil vert, American Graffiti ou Taxi Driver, le Nouvel Hollywood a lancé une génération exceptionnelle de réalisateurs (Scorsese, Coppola, Polanski, Altmann, Bogdanovitch, Allen, De Palma, Cassavettes, Hopper, Lucas...) et d'acteurs (De Niro, Duvall, Sutherland, Nicholson, Hoffman, Pacino, Hopper, Dunaway, Keaton, Gould,...). Mais ce Nouvel Hollywood, qui insistait fortement sur l'esthétisme, permit aussi à quelques décorateurs de sortir du lot, ce fut le cas de Dean Tavoularis. Bonnie & Clyde cartonne tant près de la profession (dix nominations aux Oscars) que du public et la carrière de Tavoularis d'écolle. Elle s'envole rapidement grâce à la rencontre avec Francis Ford Coppola qui cherche un Directeur Artistique pour Le Parrain. Ce film ne suscite pas les passions à Hollywood, des désaccords surviennent entre les producteurs et le réalisatreur. On ne croit pas trop à ce film de gangsters et il est tournée au rabais, avec un budget minimal de six millions de dollars sur une durée de 62 jours... Ce budget étriqué oblige Tavoularis à se décarcasser pour créer des décors; il y parvient par delà les espérances de Coppola. Le Parrain est un succès monstrueux, un film parfait probablement toujours le plus abouti de tous les temps.

Coppola et Tavoularis se sont trouvés, ils travaillent encore ensemble sur les Parrain 2 et 3 ainsi que sur Apocalypse Now puis, en 1982, Coppola fait un cadeau merveilleux à Tavoularis, il se propose de réaliser un film qui reposerait essentiellement sur les décors : One from the heart. Il s'agit de reconstituer une rue de las Vegas en studio afin de permettre à Coppola de jouer sur les éclairages et la profondeur de champs pour conférer un esthétisme unique au film. Une fois encore, Tavoularis fait un travail extraordinaire. Malgré d'indéniables qualités artistiques, un jeu d'acteur remarquable et une ambiance sublime, One from the heart ne rencontre pas le succès qu'il aurait du connaitre et reste un peu en deça dans la filmographie exceptionnelle de FFC. Ce fim gagne pourtant à être vu ou revu...

Depuis la fin des années nonante, Tavoularis se fait rare au cinéma, seuls trois films à son actifs dans les années 2000, et encore deux ont été tournés en 2001... C'est que l'évolution de l'industrie du cinéma ne lui convient guère, elle repose trop sur les effets spéciaux, jamais un fond vert ou bleu ne remplacera un vrai décor avec son âme, et puis le cinéma est devenu un business plus qu'un art alors Tavoularis s'en est éloigné pour se consacrer à la peinture.  Il semble pourtant qu'il soit, à nouveau, sur un projet avec Roman Polanski. L'exposition présentée jusqu'à la fin mai à la Galerie Catherine Houard est un juste mélange de toiles de Tavoularis, peintes en dehors du contexte cinématographique, et d'illustrations - des story-boards notamment - relatives à ses créations pour le cinéma.

Le Cinéma dans la Peinture, la Peinture dans le Cinéma
Dean Tavoularis
du 18 mars au 21 mai
Exposition de peintures, de stroy-boards et d'artworks
Galerie Catherine Houard
Rue Saint-Benoît, 15
75006 Paris

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans A découvrir
commenter cet article

commentaires