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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 09:12

Quelques lignes à propos d’un papa bien trop tôt parti…

 

coeur.jpgVieux Père, c’est le surnom affectueux que je donnais à mon paternel ! Encore que, paradoxalement, il ne fit pas de vieux os, le pauvre Vieux… S’est envolé un triste jour de la fin de l’hiver 2001 alors qu’il était à quelques heures de fêter son 64è printemps ! Il n’y a plus de saison, ma bonne dame ! 64 ans, c’est tôt, très tôt… trop tôt ! C’était il y a onze ans aujourd’hui et il se passe rarement un jour sans que je ne pense à lui, à ce qu’il m’aurait dit dans certaines situations de la vie quotidienne, aux conseils qu’il m’aurait prodigué et que je n’aurais probablement pas suivis, adolescent attardé que je puis être… Je me demande aussi souvent quel regard il aurait jeté sur cette décennie écoulée, sur ces choses qui se sont passées sans lui, sur la façon dont la vie et la famille ont évolué. Cela se serait-il passé ainsi s’il avait été là ?  Aujourd'hui, je donnerais volontiers un an de ma vie pour avoir une conversation d'une heure avec le Vieux !

 

Même s’il est parti avec pas mal d’avance sur l’espérance de vie moyenne de nos contrées, le fait qu’il ait eu une vie bien remplie me met quelque peu de baume au cœur. Car après tout, il a toujours été davantage partisan d’une vie fertile que d’une existence longue et ennuyeuse. Il aura eu la chance – car c’en fut une ! – d’avoir été, grâce à la situation économique de la région, libéré de ses entraves professionnelles à 51 ans et de pouvoir ainsi profiter de la vie treize années durant, au terme d’un labeur acharné et pas toujours reconnu à sa juste valeur. Car pour que mes frères, ma mère et moi ne manquions de rien, il a toujours bossé d’arrache-pied le Vieux. Puis, en mars 1988, on lui a dit «t’as assez bossé bonhomme ! La crise est là, il nous faut trouver des solutions pour sauver l’entreprise… Alors, reste chez toi et occupes-toi !» ; la prépension que ça s’appelle. N’empêche que sans elle, il serait mort avant même d’avoir quitté son atelier !

 

Je me souviens de discussions passionnées et passionnantes avec mon Vieux Père. Nous parlions de politique, même si nous n’étions pas toujours d’accord, ou des choses qui font la vie. Pourfendeurs des religions, quelles qu’elles fussent, et athée convaincu il connaissait pourtant la bible sur le bout des doigts ce qui donna lieu, là encore ma mémoire en a gardé des traces, à des débats captivants avec le curé du village autour de la table de la cuisine… Si ses convictions étaient fondées et solidement ancrées en lui, il savait pourtant écouter les autres. Enfin pas toujours car ce qu’il me reste comme image première de cet homme, ce sont ses colères homériques ! C’est qu’il était soupe au lait le Vieux… Il éclatait, la colère montait mais retombait aussitôt les choses dites. Car avant tout, il avait du cœur !

 

Peintre et aquarelliste autodidacte, il avait laissé de côté ses pinceaux et sa palette pour se consacrer un peu plus à sa passion de la langue wallonne. N’avait-il pas traduit, lui qui n’a jamais été un littéraire averti, le superbe texte de Federico Garcia Lorca «Llanto por Ignacio SanchezMejias» (déjà traduit en Français par «Chant funèbre pour la mort d’un torero» en Wallon liégeois ? Si bien sûr puisque ce texte fusionnait deux de ses passions premières, le dialecte de Liège et la tauromachie. D’ailleurs, il reste l’auteur d’un recueil de textes en Wallon qui fut publié, certes de manière confinée, mais qui a au moins le mérite d’exister.

 

Je garde en mémoire une foultitude de souvenirs avec mon père et notamment un qui remonte à mon enfance, dans les caves du Château de Gevrey-Chambertin mais s’il y a un auquel je suis particulièrement attaché c’en est un qui remonte à l’époque de mes douze ans. Je devais bûcher le cours de sciences pour mon examen final de sixième année primaire. Ca a toujours été son truc, au Vieux, les sciences alors que pour moi la biologie s’apparentait à un calvaire, mais un calvaire doux à côté de ce que pouvaient être la physique et, surtout la chimie… Donc, papa avait décidé de m’aider à travailler mes sciences pour réussir ce maudit examen. Et plus il insistait et moins cela rentrait dans mon petit crâne d’adolescent à peine pubère ! Aussi un moment me levé-je de table et balancé-je mon cours rageusement vers le sol. Soupe au lait qu’il était, vous ai-je dit, mon père se leva à son tour de la colère plein les yeux. Il s’approcha de moi et un réflexe me poussa à m’enfuir… Idiot que je fus car jamais papa ne leva la main sur moi ! Lorsqu’il était mécontent ou qu’il fallait vers la raison me ramener, jamais le paternel ne frappa, ni même ne gronda ; son regard était suffisant pour me calmer ou me soumettre à son autorité. Alors que je m’éloignais, il me suivit et nous commencions à tourner autour de la table ronde du living, lui essayant de me balancer son pied au derrière. Situation grotesque, s’il en est, qui devint même totalement burlesque lorsque ma mère, par le bruit alertée, apparut dans l’encadrement de la porte du salon et nous regarda, hébétée, dans notre folle sarabande. Nous avons pleinement réalisé le comique de la situation et je suis sûr, aujourd’hui encore, que mon Vieux Père dut se forcer pour ne pas rire. Quoiqu’il en soit, cette accalmie lui permit, une fois ne fut pas coutume d’atteindre sa cible. J’ai reçu, ce jour là, le seul et unique coup de pied au cul de ma vie !!! Mes fesses s’en souviennent encore mais je sais qu’il a eu aussi mal que moi d’avoir fait ce geste. Après une pause imposée par maman, qui savait garder la tête sur les épaules dans ce genre de situation, nous nous remîmes à table pour reprendre les révisions de sciences là où nous les avions abandonnées… Le lendemain, je réussissais mon examen !

 

C’était mon père ça, un homme nerveux, irascible, bourré de convictions mais toujours là pour écouter et aider. Avec un cœur grand comme çà… Il est une autre image de lui qui reste gravée dans mon esprit : alors qu’il sortait d’un long séjour hospitalier et qu’on lui avait ôté un rein et découvert du diabète, il reprenait lentement goût à la vie. Il avait compris que même cette maladie ne l’empêcherait pas de vivre comme il le voulait. Il y aurait bien des contraintes mais plus que jamais, au sortir de cette clinique qui l’hébergea un mois durant, il avait fait sienne la pensée Carpe Diem. Nous revenions du sud-ouest de la France avec ma tendre moitié, des Landes plus précisément, et lui avions ramené un énorme bocal de cassoulet au confit de canard et une bouteille d’un très sympathique Saint-Estèphe. Son regard lorsque nous les lui avons offert valait tout les ors du monde ! Il y avait de la malice, du bonheur et de l’appétit dans ces prunelles là… L’appétit d’un homme simple et généreux qui savait apprécier toute les bonnes choses de la vie !

 

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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commentaires

Lucas Duplan Clinkle 22/09/2014 11:41

It was my father that, an apprehensive touchy man, brimming with feelings, yet dependably there to listen and help. With a huge heart like this ... There is an alternate picture of him that sticks in my brain as he cleared out a long stay healing center and that he had uprooted a kidney and diabetes found, he gradually recaptured taste to life. He comprehended that even this condition would not forestall him to live as he needed.

powered pbx 17/06/2014 13:47

This article clearly makes us understands as how to develop a good relationship between a son and father. It says that a father is the first hero of a son and first lover of a girl. When girls grow up, they usually are connected to fathers rather than mothers.