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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 08:52

Il y a huit ans, la littérature contemporaine américaine perdait l'un de ses plus grands représentants…

Miller.jpgArthur Miller s’est éteint, le 10 février 2005, à l’âge respectable de 89 ans, des suites d’une pneumonie, alors qu’il souffrait également depuis plusieurs années de problèmes cardiaques et d’un cancer… Dramaturge immense, il avait débuté sa carrière littéraire en 1936, à l’âge de 21 ans et avait été couronné de plusieurs prix dont un Pulitzer, en 1953. Et pourtant, reflet d’une société où le people l’emporte sur la culture, c’est surtout pour avoir été le mari de Marilyn Monroe que beaucoup le gardent en mémoire… Issu d’une famille juive de New York, Arthur Miller voit le jour en octobre 1915. Artisan tailleur, son père est ruiné lors de la grande dépression qui touche les Etats-Unis en octobre 1929. Miller est alors à peine âgé de 14 ans. Passionné de littérature, il s’essaye à maints petits boulots afin de financer ses études. Il est plutôt brillant et c’est nanti d’une bourse qu’il entre à l’Université du Michigan où il est inscrit dans une troupe théâtrale. Le jeu d’acteur ne l’attire guère, c’est davantage l’écriture qui est son crédo. Alors, il rédige le scénario de plusieurs pièces de théâtre ; en 1936 «Honors at dawn» est produit et monté par l’Université du Michigan dont les autorités, qu’elles soient professorales ou académiques, ne peuvent que reconnaître le talent littéraire déjà bien présent du jeune Miller. Sorti des études en 1938, il travaille dans une usine new yorkaise mais sa plume lui permet également d’assurer un train de vie confortable. En effet, il vend des scénarios de feuilletons à la radio, à CBS et NBC notamment.


La guerre qui approche servira de détonateur à la carrière de dramaturge d’Arthur Miller. Une blessure sérieuse encourue en jouant au football lors de ses études l’exempte et de service militaire et du second conflit mondial. Miller passe alors ses heures de liberté à écrire une nouvelle pièce de théâtre qu’il rêve de monter à Broadway. En temps de guerre, les distractions sont rares ; ainsi la ligue de base-ball est suspendue car une majorité des joueurs a été incorporée et envoyée sur le front. Une ligue féminine est bien créée mais ce succédané ne remporte pas l’assentiment du public. Le théâtre est une éclaircie dans la grisaille pour la population dont un ou l’autre proche est au conflit. Dès lors, Miller n’éprouve pas de difficultés à adapter sa pièce. «L’homme qui avait toutes ses chances» se retrouve donc à l’affiche, à Broadway en 1944… Le succès est au rendez-vous ce qui permet à Miller de produire une nouvelle œuvre, «Tous mes fils» qui trouve, trois ans plus tard, également grâce auprès du public mais aussi des critiques. Miller reçoit, pour cette pièce, le Prix du Cercle des Critiques Dramatiques.

Parallèlement au théâtre, Miller rédige quelques nouvelles comme «L’histoire du G.I. Joe» (1944), qui rapporte la vie d’un militaire américain sur fond de guerre mondiale, ou «Focus» (1945) dans laquelle il évoque l’antisémitisme… Miller est marqué par la deuxième guerre mondiale. Il n’y a pas participé mais la déportation des juifs le touche forcément. Mais déjà il s’est attablé pour écrire un nouvel opus, «Death of a Salesman» («Mort d’un commis voyageur») qui est publié et adapté au théâtre en 1949. L’histoire est celle d’un représentant de commerce déclinant, usé par la vie que son patron va licencier pour cause d’un manque de chiffre… Adaptée deux fois au cinéma (en 1951 par Laszlo Benedek avec Frederich March et en 1985 par Volker Schlondorff avec Dustin Hoffman), la vision d’une vie monotone et vide de sens dictée par le travail et le pouvoir de l’argent telle que vue par Miller reste plus que jamais d’actualité même si la pièce est plus que cinquantenaire. Le trépas de ce voyageur de commerce apporte la reconnaissance internationale à Arthur Miller. Il reçoit le Prix Pulitzer et un second prix du Cercle des Critiques Dramatiques. Mais il faut croire que le talent et le succès gênent ! En effet, alors que pointent les années ’50, Miller va être taxé de communiste et victime du Maccarthysme… Il faut dire que ses écrits se veulent pourfendeurs de toutes formes d’oppression et qu’il prît part à quatre meetings littéraires organisés par des mouvements d’extrême gauche... D’aucuns ont interprété cela comme de l’antiaméricanisme primaire !

Miller réagit avec sa plume comme se doit de le faire un écrivain ! «Les Sorcières de Salem» (1953) dans lequel il évoque le procès de femmes jugées comme sorcières, en 1692, près de Boston est sa réponse. Cette œuvre est, inévitablement, une métaphore de la société américaine baignant dans la poursuite des communistes. La sorcière c’est Miller et le tribunal de Salem est forcément le maccarthysme… Après tout, cette doctrine n’était-elle pas aussi appelée «chasse aux sorcières» ? En 1956, Miller épouse la sublime Marilyn Monroe pour laquelle il écrit le scénario de «The Misfits Les Désaxés»), porté à l’écran, en 1960, par John Huston. Clark Gable y donne la réplique à Marilyn ; ce sera le dernier rôle de celui qui fut l’inoubliable Rhett Buttler !

Le couple Miller/Monroe ne résistera pas longtemps… Cinq ans à peine ! Devenu Président de l’organisation international PEN (ndlr La Plume) dont la vocation est de promouvoir la culture, la lecture et de défendre la liberté d’expression, Miller livre encore quelques morceaux d’anthologie de la littérature théâtrale américaine ; «Vu du Pont» (1955) dans lequel il évoque l’inceste, la jalousie et la trahison, «Après la chute» (1964) qui s’inspire largement de sa vie ou encore «Le dernier Yankee» (1990). Fait Docteur Honoraire en Lettre des Université d’Oxford et d’Harvard, Arthur Miller a défendu tout au long de sa vie un théâtre accessible à tous. Avocat littéraire de toutes les libertés il est un géant du théâtre contemporain; le regard qu’il posa sur la société du 20è siècle est celui que posèrent Molière et Voltaire sur leur époque !

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