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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 10:36

Le 100è Tour de France s'élance samedi de Corse, 3479 kilomètres en 21 étapes pour relier la Corse à Paris.

tdf2013.jpgAvec le mois de juillet revient la Grande Boucle, un peu plus tôt même cette année puisque le Tour de France prendra son envol, ce samedi 29 juin, de Porto-Vecchio, en Corse. L'Île de Beauté sera un départ inédit, le peloton y restera trois jours durant, le temps de découvrir en profondeur la Corse et d'affronter les premières difficultés du parcours. Il n'y aura pas de prologue pour cette centième édition, en effet, les organisateurs ont voulu mettre en évidence les magnifiques paysages corses à travers trois étapes en ligne. Si la première, qui longera toute la côte-est, est sans réelle difficulté, les deux autres étapes seront réservées à des puncheurs. Peter Sagan (Canondale Procycling) a pointé ces étapes mais des coureurs comme Philippe Gilbert (BMC Racing Team), qui voudra certainement montrer son arc-en-ciel alors qu'il n'a toujours pas remporté de course avec son maillot irrisé sur les épaules, Alejandro Valverde (Movistar Team) ou Thomas Voeckler (team Europcar) pourraient tirer leur épingle du jeu. Le rendez-vous corse, avec déjà des cols de deuxième catégorie, devrait donner lieu à de belles empoignades sur fond de paysages magnifiques. Une excellente initiative que d'avoir lancé cette centième Grande Boucle en Corse... D'autres nouveautés jalonneront le parcours de cette édition; certaines intéressantes comme la double ascension de l'Alpe d'Huez, lieu mythique s'il en est, lors de la 18è étape, d'autres nettement moins comme l'ultime étape en nocturne sur les Champs-Elysées qui répond assurément davantage à une logique commerciale que sportive. Le parcours général de ce Tour est plutôt équilibré, même si, en définitive, il fait plus la part belle aux grimpeurs qu'aux rouleurs. Trois chronos courts (33 kms maximum) dont un par équipes, à Nice, permettront aux machines à rouler de s'exprimer sans toutefois tuer le suspense en renvoyant les grimpeurs dans les tréfonds du classement. Les trois rendez-vous alpestres - l'Alpe d'Huez, le Grand-Bornand et Annecy-Semnoz - placés juste avant le traditionnel critérium de clôture sur les Champs-Elysées seront, probablement, le juge de paix de cette édition.

Les favoris

En l'absence du vainqeur sortant, Bradley Wiggins qui a renoncé suite à une inflammation au genou (ndlr ou par manque de motivation !!!), un nom se détache : celui de son dauphin et seul vrai rival de 2012, Chris Froome (Sky Procycling). Avec la charge de leader unique de l'équipe Sky Procycling, Froomey aura les coudées franches. A 28 ans, il est en pleine maturité sportive, présente la plus grosse VO2 et la puissance la plus importante (il peut atteindre 470 watts) du peloton. Il vient, en outre, de dominer le Dauphiné-Libéré et dispose en Richie Porte d'un équipier de premier plan pour l'aider jusqu'au dernier moment des étapes les plus dures. Cependant, il s'agit de ne pas exclure Alberto Contador (Team Saxo-Tinkoff) de la lutte pour la victoire. El Pistolero cherche un troisième succès sur la Grande Boucle depuis son déclassement de 2010 suite à l'affaire du steak au Clenbutérol. L'Espagnol reste sur trois expériences négatives, son déclassement en 2010, sa défaite cuisante de 2011 et la suspension qui l'empêcha de prendre le départ en 2012. Sa victoire de haute lutte sur la Vuelta 2012, pour son retour à la compétition témoigne de sa capacité à jouer encore un rôle sur les courses de trois semaines. Contador sort du Dauphiné-Libéré sans être au top de sa forme, il a été surclassé dans le contre-la-montre mais a été présent en montagne. Il doit encore monter en puissance pour atteindre son pic de forme aux alentours du 15 juillet et être ainsi au mieux pour disputer le fameux triptyque alpestre. Le Madrilène sera bien entouré, son équipe sera même probablement la plus forte du Tour. En plus de sa traditionnelle garde rapprochée (Noval, Paulhino et Hernandez), Contador pourra compter sur Michael Rogers (qui disputera son neuvième Tour de France), Roman Kreuziger (dans le top10 en 2009 et 2010) et Nicolas Roche (12è l'an passé mais qui progresse d'année en année). Alberto Contador est, par ailleurs, celui qui peut répondre le mieux aux accélérations de Froome, qui peut même peut-être dynamiter une course trop attentiste et la faire basculer. En 2012, alors que Wiggins avait tôt fait main basse sur la course (en fin de première semaine, à la Planche-des-Belles-Filles) et que Sky avait tout cadenassé, bridant même Froome qui était le seul à pouvoir lâcher Wiggins, Alberto Contador avait cruellement manqué au spectacle. Le Tour 2012 fut loin d'être passionnant à cause de l'attentisme ou du renoncement prématuré des rivaux potentiels de Wiggins qui ont préféré assurer un podium, une quatrième ou une sixième place plutôt que d'attaquer au risque d'exploser. Contador aurait attaqué jusqu'au bout de ses possibilités quitte à passer par la fenêtre...

Derrière ces deux grands favoris, on retiendra encore l'Espagnol Joaquin Rodriguez (Katusha Team), toujours placé mais jamais gagnant sur les grands tours. Purito a remporté des étapes sur la Grande Boucle, le Giro et la Vuelta, s'est posé sur le podium final en Espagne (2010 et 2012) et en Italie (2012) mais n'a jamais pu s'imposer sur des épreuves de longue durée. Cette année, cependant, Rodriguez a axé toute sa saison sur le Tour de France. Avec Trofimov, Losada et, surtout, Daniel Moreno pour l'épauler, le Catalan devrait être en mesure de se battre pour la victoire. Reste à savoir si, à 34 ans, il a encore les jambes pour mater Froome et Contador... Alejandro Valverde (Movistar Team) est dans une situation assez similaire. A 33 ans, il a surtout brillé sur la Vuelta (une victoire et cinq top5 ces dix dernières années), son meilleur résultat reste une sixième place sur le Tour, en 2007, avant d'être rattrapé par le dopage. L'Australien Cadel Evans (BMC Racing Team) tentera la passe de deux après sa victoire de 2011 mais, à mon sens, son équipe est trop juste. Certes, il dispose en la personne de Tejay Van Garderen d'un équipier de luxe, le coureur de la banlieue de Seattle à l'étoffe d'un futur vainqueur du Tour, mais le reste de la BMC m'apparait comme trop limité pour être d'une aide précieuse à Evans en haute montagne. Je pense que l'Australien se retrouvera vite accompagné du seul Van Garderen... A 24 ans, ce dernier pourrait même revoir ses ambitions à la hausse et prendre le leadership de la BMC dans le cas, pas si improbable que cela, où Evans (36 ans) ne parviendrait pas à répondre aux autres favoris. L'an passé déjà, Evans s'était effacé devant Van Garderen, peut-être BMC commet-elle une erreur en misant sur le "Vieux" plutôt que sur le "jeune" ?

L'énigme Andy Schleck

RadioShack-Léopard arrive sur ce 100è Tour de France privé de Frank Schelck qui purge toujours sa suspension pour dopage. Plus que jamais, Andy Schleck semble orphelin. Le cadet de la fratrie est-il capable de jouer un rôle sur cette Grande Boucle ? Vainqueur par procuration en 2010, suite au déclassement à posteriori de Contador, Andy Schleck ne semble pas vraiment s'être remis de sa fracture du bassin encourue sur le Dauphiné-Libéré 2012. Abandons au Tour Down Under, au Tour Méditerranéen, au Tour du Pays Basque, à l'Amstel Gold Race et à la Flèche Wallonne. Son meilleur résultat de l'année est une 25è place au Tour de Californie... Depuis sa deuxième place sur le Tour 2011, Andy Schleck n'a aucun résultat significatif à faire valoir ! Deux ans de disette pour celui qui fut trop souvent dépendant de son frère ainé; qu'en sera-t-il en l'absence forcée de Frank ? L'équipe RadioShack présentera trois vétérans de l'épreuve au départ, Haimar Zubeldia (36 ans), Andreas Kloden (36 ans) et Jens Voigt (41 ans). Markel Irizar (33 ans) ne semble pas être l'atout le plus pointu de Schleck, c'est peut-être finalement notre compatriote Maxime Monfort (16è final l'an passé) qui sera le meilleur allié du Luxembourgeois... Encore que l'abandon, dimanche dernier, de Monfort lors du Championnat de Belgique qui se déroulait sur ses terre n'ait rien de vraiment rassurant !

Et les Belges ?

Ils seront onze au départ : Jurgen Vandenbroeck, Jurgen Roelandts, Frédérick Willems et Bart De Clercq (Lotto-Belisol), Thomas De Gendt et Kris Boeckmans (Vacansoleil-DCM), Jan Bakelants et Maxime Monfort (RadioShack-Léopard), Maarten Wijnants et Sepp Vanmarcke (Blanco Procycling Team) ainsi que Geert Stegmans (Omega Pharma-Quick Step). Monfort, s'il est en forme, devrait nous valoir un top20 grâce à sa régularité. Mais la Belgique devrait pouvoir compter aussi sur Thomas De gendt (Vacansoleil) et, bien entendu, Jurgen Vandenbroeck (Lotto-Belisol) pour briller sur ce 100è Tour de France. De Gendt (3è du Giro 2012) a les qualités pour entre dans les dix premiers du classement final, mais il sera très vite isolé sur les pentes les plus ardues. Pour réussir son Tour, Thomas De Gendt devrait plutôt tout miser sur une victoire d'étape, c'est totalement dans ses cordes. Quant à Jurgen Vandenbroeck, il est quasiment dans l'obligation monter sur le podium. Ses quatrièmes places de 2010 et de l'an passé appellent à mieux, donc à un podium ! VDB en a les capacités et pourtant, bizarrement, Lotto-Belisol a construit son équipe autour du sprinter allemand André Greipel... Seul Bart De Clercq sera au service de Vandenbroeck, le reste de l'équipe aura pour mission de rouler pour Greipel dans l'optique de gagner des étapes et de se mêler à la lutte pour le maillot vert. Avec tout le respect que l'on peut devoir à De Clercq, ce n'est pas blessant de dire qu'il sera trop juste pour aider Jurgen Vandenbroeck à rivaliser avec les cadors. Vandenbroeck sera donc tout seul aux moments cruciaux, une décision assez incompréhensible voire imbécile dans le chef des dirigeants de Lotto-Belisol ! En effet, il y a autant si pas plus de chance de briller avec VDB qu'avec Greipel.

Sagan pour un second maillot vert

Si André Greipel est armé pour bien figurer, la concurrence pour les victoires d'étapes au sprint sera rude avec Goss (Orica-Greenedge), Daniele Benatti (Team Saxo-Tinkoff), les deux véloces allemands - John Degenkolb et Marcel Kittel - du Team Argos-Shimano qui axe toute sa course sur les victoires d'étapes sans autre ambitions, Nacer Bouhanni (FDJ.fr), Peter Sagan (Canondal Procycling) et Mak Cavendish (Omega Pharma-Quick Step), bien entendu, mais aussi, pourquoi pas, Edvald Boasson-Hagen (Sky Procycling), José-Joaquin Rojas (Team Movistar) ou Tyler Farrar (Garmin-Sharp)... Si une douzaine de noms se détachent pour briguer une victoire au sprint, le classement du maillot vert devrait se limiter à une joute entre quatre hommes : Sagan, Greipel, Degenkolb et Cavendish. Le Cav' reste le plus véloce, ses cinq succès d'étapes sur le dernier Giro en attestent mais Sagan et Greipel passent mieux la montagne. Peter Sagan est même tout-terrain, il devrait pouvoir briller sur certaines étapes vallonnées (en Corse notamment) tout comme sur des arrivées planes. Il sera le principal favori à sa succession !

Deux ou trois français pour un top10

Enfin, nos voisins français qui attendent un successeur à Bernard Hinault depuis 28 ans auront probablement quelques raisons d'exulter cet été sur les routes du centième Tour de France. Comme chaque année, des baroudeurs tricolores se lanceront à  la conquête d'étapes dans de longues échappées. Pierrick Fedrigo (FDJ.fr), Thomas Voeckler (Team Europcar), Brice Feuillu (Sojasun), Christophe Le Mevel (Cofidis), Samuel Dumoulin (AG2R La Mondiale) ou Jérôme Coppel (Cofidis) devraient, cette année encore, tenter leur chance. L'un ou l'autre devrait parvenir à ses fin, surtout en deuxième semaines, lors des étapes entre les Pyrénées et les Alpes ou des écarts se seront déja creusés et où les favoris aspireront à un peu de repos avant le triptyque alpestre. Tours, Saint-Amand-Montrond et Lyon devraient être des terrains propices aux baroudeurs français. Mais pour le classement les Français pourront compter sur deux hommes, peut-être trois. Pierre Rolland (Team Europcar), qui est entré dans le top10 les deux années précédentes et Thibaut Pinot (FDJ.fr), surprenant dixième l'an passé, ont des ambitions et les moyens de les assouvir. Thomas Voeckler, vainqueur de quatre étapes et porteur du maillot jaune pendant 20 jours (10 en 2004 et 10 en 2011), voudra encore se montrer, il a prouvé en 2011 qu'il pouvait faire un top5... même s'il ne bénéficiera probablement pas d'autant de largesse qu'à l'époque. Il est capable d'un top10 mais devrait plutôt privilégier le gain d'une nouvelle étape.

A quelques heures du départ de cette centième édition du Tour de France, toutes les interprétations sont possibles, toutes les extrapolations également mais ce sont les coureurs qui feront la course. Soit ils la rendront aussi passionnante à suivre que ne l'avait été le Tour du Centenaire, en 2003, avec un fabuleux duel entre Armstrong et Ullrich, de nombreux rebondissements et des étapes âprement disputées; soit ils en feront un copié/collé de l'édition 2012, un Tour amputé de tout enthousiasme, une longue procession cadenassée par les dirigeants de l'équipe Sky.

Rendez-vous samedi à Porto-Vecchio !

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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