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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 12:26

Quand Berlusconi ironise sur ses vingt maisons au mépris de la pauvreté croissante dans le pays qu'il dirige... cela sent quand même un peu la fin de règne.

 

berlu.jpgOn le sait, Silvio Berlusconi est tout le contraire d'un diplomate, la plupart de ses sorties verbales frisent le mauvais goût, les autres suintent de vulgarité, de méchanceté voire de connerie... Les Berlusconeries ont devrait y être habitué mais c'est un peu comme les embouteillages sur le ring de Bruxelles ou le périph' de Paris, on sait qu'il y en aura chaque jour mais on est toujours énervé quand on y est confronté. Berlusconi est le roi du dérapage verbal (ndlr qu'il qualifie d'humour) et lorsqu'on le lui fait remarqué, il répond par... un dérapage verbal ! L'homme se complait dans la provocation de mauvais, ce fut encore une fois le cas lors de la clôture de la fête annuelle du Popolo della Libertà, son parti, au début de ce mois d'octobre. Petit retour sur les faits...

 

Le 2 octobre dernier, Silvio Berlusconi se fendait de deux blagues, l'une sur les juifs l'autre sur le Dieu catholique. Ces blagues, probablement très drôles, n'avaient d'autre mérite que de faire rire son public. On peut rire de tout, vous le savez j'adhère à cette idée, mais voila, le Vatican et la communauté juive d'Italie ne semblent pas de cet avis. Ces blagues ont fait bondir juifs et catholiques transalpins et l'opposition s'est servi de ce tollé pour réclamer, une nouvelle fois la démission du Chef du Gouvernement italien... Et c'est en réagissant à cette intervention de l'opposition que, pour moi, Silvio Berlusconi a dérapé encore une fois. "La gauche ne cesse de me dire que je dois rentré à la maison mais elle me met dans l'embarras parce que, moi, j'ai une vingtaine de maison et je ne saurais laquelle choisir"(1) a ironisé Il Cavaliere lors de la cloture de la fête de son parti. C'est du dernier des mauvais goûts lorsque l'on sait que 3,5 millions d'Italiens vivent sous le seuil de la pauvreté alimentaire !

 

Selon une enquête(2) menée, l'an passé, de façon conjointe par la Fondation Banque Alimentaire Onlus et la Fondation de Subsidiation, deux ONG italiennes qui viennent en aide aux plus démunis de la Botte, 4,4% des Italiens ont des difficultés importantes à se nourrir ou à nourrir leur famille tous les jours. 80% de ces Italiens qui ne mangent pas tous les jours sont des ouvriers et des personnes sans emplois. Les deux ONG dressent même le profil-type de l'Italien pauvre, il s'agit d'une personne - homme ou femme -, entre 25 et 50 ans, habitant le sud du pays, ayant un diplôme mais étant sans emplois et issu d'une famille nombreuse. En 2009, ce sont quelque 2,5 millions d'Italiens qui ont du avoir recours à une aide alimentaire quelconque (banques alimentaires ou dons de sociétés privées)... La précarité alimentaire est importante au pays de Berlusconi puiqu'elle touche 4,4% de la population. Mais, par delà cette précarité alimentaire, il y a une autre précarité, celle des gens qui, s'ils peuvent manger tous les jours, n'ont pas les moyens d'autres choses et certainement pas d'accéder à la propriété... 27% des ménages italiens ne sont pas propriétaires(3), certains pas choix personnel, d'autres - la grande majorité - parce qu'ils n'en n'ont pas les moyens. Plus d'un quart des Italiens, soit quelque 15 à 16 millions de personnes à la louche, n'a pas accès à la propriété, en grande partie parce qu'ils ne peuvent pas se le permettre et le Chef de l'Etat italien ironise sur ses vingt maisons et la difficulté qu'il aurait de choisir celle dans laquelle il "devrait rentrer chez lui"... Ca c'est indécent ! Ca c'est typiquement berlusconien !

 

Ambiance de fin de règne ?

 

On ne peut pas dire que ce nouveau dérapage verbal soit du à la situation politique tendue que vit Silvio Berlusconi. Non, l'homme nous a trop habitué à ces indécences en tous temps, même quand le vent est davantage en poupe qu'il ne l'est actuellement. Car, effectivemment, le vent est plutôt de face pour le bateau Italie gouverné par le Capitaine Silvio... Après des mois de dissensions avec son partenaire de l'Alleanza Nazionale, le clash a eu lieu, fin juillet, entre Berlusconi et Gianfranco Fini. Les points de vue qui avaient permis aus deux partis de s'allier pour diriger l'Italie sont, désormais, devenus incompatibles. Berlusconi réclamant même la démission de Fini de la Présidence de la Chambre; une démission dont Fini a rejeté l'idée. Fini trouvait que La Liga del Nord, le parti populiste de'Umberto Bossi, dispose de plus en plus de poids au sein de la majorité dès lors, Alleanza Nazionale s'est officiellement détachée, avec ses 35 représentants, du Popolo della Liberta, avec le conséquence d'une perte de majorité pour Berlusconi. En effet, lors des dernières élections, Il Popolo Della Liberta (Forza Italia de berlusconi + Alleanza Nazionale de Fini + quelques petits partis très à droite) avait remporté 276 siège. Pour obtenir la majorité et diriger le pays, Berlusconi avait alors emmené avec lui La Liga Del Nord (Bossi, extrême droite) et le MPA (une petite formation régionaliste). Cet ensemble regroupait 344 sièges du Parlement, soit une majorité confortable puisque la majorité est à 316 sièges... Mais voila, sans les 35 Députés de l'Alleanza Nazionale qui ont fait sécession, il ne reste que 309 sièges et c'en est Fini (si j'ose écrire !) de la majorité de Berlusconi. Sur les points de convergences, les sécéssionnistes de Fini continuent à voter avec Berlusconi mais sur les points de divergence (la justice, l'immigration ou la laïcité notamment) Il Cavaliere se retrouve sans majorité. Dès lors, la situation politique peut exploser à tout moment en Italie. Le 29 septembre dernier, le Gouvernement Berlusconi IV a obtenu, tout juste, une motion de confiance du Parlement. Il peut donc poursuivre sa route mais une échéance importante pointe à l'horizon. Le 14 décembre prochain, la Cour Constitutionnelle italienne doit rendre un arrêt sur la loi qui met à l'abri de tous procès le Président du Conseil (donc Silvio Berlusconi). Cette loi, dite du Légitime Empêchement, devra être validée par le Parlement or on sait que, depuis des mois, Fini refuse de placer le Président du Conseil au-dessus des lois. Si jamais la loi du Légitime Empêchement est recalée alors Berlusconi devra faire face à la justice dans trois procès différents... Aujourd'hui, clairement, Silvio Berlusconi est soumis au bon vouloir de son ancien allié Gianfranco Fini. Mais cela, apparemment, n'a pas ôter au Chef de l'Etat italien son humour douteux; sa dernière sortie avec ses vingt maisons en témoigne...

 

Comme le disait Desproges, on peut rire de tout mais pas avec tout le monde !

 

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(1) "On veut me renvoyer à la maison, mais où ? J'en ai vingt", on lepoint.fr, 4 octobre 2010
(2) Italie : 3,5 millions de personnes sous le seuil de pauvreté alimentaire, on Le Quotidien Du Peuple En Ligne, 9 octobre 2009
(3) Accession à la propriété : avoir des parents propriétaires devient déterminant, in Le Monde, 29 juin 2010

 

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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