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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 12:01

Dans leur quête d’un idéal, il est des hommes qui peuvent devenir des assassins… François Ravachol était de ceux-là !

ravachol.jpgDeuxième moitié du XIXè siècle, jeune ouvrier teinturier de la région de Saint-Etienne, François Ravachol était de condition plus que modeste. Sur son maigre salaire, il faisait (sur)vivre une famille de cinq personne. Son père, un Hollandais du nom de Koëningstein est absent ; l’histoire ne nous dit pas pourquoi… Mais on peut imaginer qu’il abandonna les siens car très tôt François adaptera le patronyme maternel de Ravachol. Ainsi donc, sur sa paie d’ouvrier vivent François, sa mère, sa sœur, son frère et un neveu… Alors pour mettre une lichette de beurre dans les quelques épinards qu’ils peuvent s’offrir, François joue de l’accordéon dans les bals de quartier dès qu’il le peut. A la recherche de moyens de subsistance dès l’âge de huit ans, il erre dans les bas-quartiers stéphanois où il commet quelques larcins avant d’entrer à l’usine à 14 ans. Très tôt, il adopte la pensée anarchiste qui se revendique d’une conception politique qui a pour but de développer une société sans domination, où les individus coopèrent librement. Mais, sa rémunération ouvrière et les quelques sous qu’il gagne grâce à la musique ne suffisent toujours pas à entretenir la famille. Les fins de mois sont dures… Surtout les 30 derniers jours comme dira Coluche quelques décennies plus tard ! Alors, Ravachol intensifie ses larcins ; un jour il tente de fracturer la tombe d’une comtesse dont il espère récupérer les bijoux avec lesquels elle avait été ensevelie… Mais il est surpris et condamné à une légère peine de prison. Là, il rencontre des marauds, des pauvres hères que la vie a transformés en fripouilles, en voleurs et en meurtriers…

Quelques temps plus tard, Ravachol va sombrer à son tour dans la grande criminalité. En effet, ces larcins ne rapportent que des miettes, il doit en commettre plusieurs pour amasser une somme utile… et pour les commettre il doit y consacrer de plus en plus de temps, au détriment de son travail de teinturier. Il a mis le pied sur une voie sans retour ! Face à un vieil homme qui exhibe ses liasses, François Ravachol perd le sens des réalités et commet l’irréparable, il l’étrangle et s’empare de l’argent. Désormais, Ravachol est un assassin ! Le 1er mai 1891, deux événements vont précipiter le destin de Ravachol… Des ouvriers manifestent à Fourmies pour obtenir la journée de travail de huit heures. Alors que les manifestants scandent des slogans contre le gouvernement, la police ouvre le feu sur le cortège. Neuf manifestants, dont deux femmes et un enfant, meurent sous les balles de la police. Le même jour, à Clichy, la police arrête trois anarchistes et les emprisonnent après interrogatoires violents… Cette triple arrestation, connue sous le nom de l’Affaire de Clichy débouchera sur un procès inique qui se soldera par la condamnation à mort de deux des trois anarchistes. Ecœuré par une société où le capital prime sur l’homme, Ravachol s’enfonce dans ses convictions anarchistes et, pour imposer l’anarchisme, il opte pour une méthode expéditive : puisque la société est mauvaise et qu’il faut la changer, employons les grands moyens ! Recherché par la police pour meurtre, il n’a plus rien à perdre ; la guillotine l’attend au bout du chemin, il le sait…

Alors, Ravachol impose la terreur aux notables en place. Il commence par poser une bombe, le 11 mars 1892, dans l’immeuble du Juge Benoît qui présidait les assises lors du procès de l’Affaire de Clichy, celui-ci échappe à la mort. Deux jours plus tard c’est au tout du Procureur général Bulot, en charge du Ministère de la Justice - Ministère de l’Injustice selon Ravachol – d’être la cible d’un attentat à la dynamite ! François Ravachol est pourtant rapidement dénoncé par un employé de restaurant en qui il avait mal placé sa confiance. Arrêté le 30 mars 1892, Ravachol est, à nouveau, emprisonné. Son procès débute le 26 avril alors que, la veille, une bombe avait détruit le restaurant où travaillait l’homme qui l’a vendu à la maréchaussée. François Ravachol est reconnu coupable de terrorisme et de meurtres ; il est condamné à mort et sera exécuté le 11 juillet 1892… Pour sa défense, Ravachol avança, au tribunal, que son action, et celle de tout anarchiste, n’a pour but que d’éliminer la source des inégalités car l’inégalité est la mère de tous les crimes ! En éliminant la richesse et le pouvoir, Ravachol entendait éliminer le crime… Il soignait le mal par le mal, sommes toutes ! «C’est la société qui fait les criminels, et vous jurés, au lieu de les frapper, vous devriez employer votre intelligence et vos forces à transformer la société. Du coup, vous supprimeriez tous les crimes ; et votre œuvre, en s'attaquant aux causes, serait plus grande et plus féconde que n'est votre justice qui s'amoindrit à punir les effets» déclara-t-il… Et dans sa diatribe finale, devant le juge et les jurés François Ravachol s’en ira d’une tirade réaliste à l’encontre de la société du Capital : «J'ai travaillé pour vivre et faire vivre les miens; tant que ni moi ni les miens n'avons trop souffert, je suis resté ce que vous appelez honnête. Puis le travail a manqué, et avec le chômage est venue la faim. C'est alors que cette grande loi de la nature, cette voix impérieuse qui n'admet pas de réplique : l'instinct de la conservation, me poussa à commettre certains des crimes et délits que vous me reprochez et dont je reconnais être l'auteur. J'aurais pu mendier : c'est dégradant et lâche et même puni par vos lois qui font un délit de la misère. Si tous les nécessiteux, au lieu d'attendre, prenaient où il y a et par n'importe quel moyen, les satisfaits comprendraient peut-être plus vite qu'il y a danger à vouloir consacrer l'état social actuel, où l'inquiétude est permanente et la vie menacée à chaque instant. Jugez-moi, messieurs les jurés, mais si vous m'avez compris, en me jugeant jugez tous les malheureux dont la misère, alliée à la fierté naturelle, a fait des criminels, et dont la richesse, dont l'aisance même aurait fait des honnêtes gens !»… Dès le lendemain de son éxécution François Ravachol se transforma en mythe pour tous les anarchistes du monde ! Le 9 décembre 1893, Auguste Vaillant, un jeune anarchiste activiste, jette une bombe à la Chambre des Députés pour venger Ravachol…

Pour assumer ses convictions et son envie d’une société plus juste, plus équitable, François Ravachol devint donc un assassin… Oh, il ne s’agissait pas de frapper par simple vengeance contre la bourgeoisie mais bien de viser les premiers responsables des inégalités sociales !

En 1974, Renaud consacrera une chanson éponyme à Ravachol ; les Beruriers Noirs l’évoquent aussi dans un de leurs textes (Salut à Toi, 1985) mais les premiers à faire allusion au martyr anarchiste furent, à la fin du XIXè siècle, l’anarchiste Sébastien Faure qui écrit la chanson La Ravachole, sur l’air de La Carmagnole, et l’écrivain Paul Adam dans son texte L’éloge de Ravachol… Dans les années ’70, une partie de la tête de François Ravachol, qui était conservée dans du formol à l’école de médecine de Paris, a été volée pour être déposée à l’entrée du Panthéon… cet endroit où l’on enterre les Grands Hommes de France !

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commentaires

JO 25/09/2011 21:14


bonjour,

La tête de Ravachol est à ce jour conservée dans un hôpital parisien.


Olivier Moch 03/10/2011 11:24



Merci pour cette précision mais c'était dit en fin d'article... une demi-tête plus exactement !