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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 07:01

Quelques heures funestes pour la culture française…


piafcocteau.jpgIl y a 50 ans aujourd'hui s'éteignait une des plus grandes voix de la chanson francophone. Edith Piaf mourrait, fatiguée par ses abus d'alcool et de morphine. Bien que décédée sur la Côted'Azur, son corps fut ramené, par des amis, à Paris, où elle avait souhaité s'éteindre et où son décès sera officiellement constaté. Fille d'un artiste de rue normand et d'une chanteuse lyrique kabyle, Edith Gassion est rapidement confiée à ses deux grands-mères aux origines et aux cultures radicalement différentes. A la fin de  la Grande Guerre, abandonnée par sa mère, Edith accompagne, du haut de ses trois ans, son père dans la rue. Elle tient le chapeau dans lequel les passants jettent une pièce pendant que le paternel fait son numéro… Rapidement, elle prend conscience du pouvoir de sa voix et, à 15 ans, elle quitte son père pour voler de ses propres ailes. Edith chante, à son tour, dans les rues de Belleville et de Pigalle. Elle est repérée par le Directeur du Gerny's, un cabaret élégant de Paris. Son physique fait penser à celui d'un moineau frêle, c'est pourquoi il la surnomme la Môme Piaf (ndlr "petit oiseau", en argot). Rapidement, elle séduit le public et enregistre, en 1936, son premier 78 tours "Les mômes de la Cloche". La carrière de Piaf est alors prise en main par Raymond Asso, un ancien légionnaire - sentait-il le sable chaud ? - qui comprend les multiples facettes de sa protégée et développe ce côté tragédienne que Piaf présentera, désormais, sur scène lors de ses tours de chant. Bien que fille de rue, elle s'amourache de l'immense acteur Paul Meurisse qui est aussi distingué qu'elle est vulgaire. Meurisse tente de lui apprendre quelques manières mais, leurs personnalités sont ainsi faites qu'elles n'évolueront pas durant leur liaison. Mais, cette unité des contraires séduit Jean Cocteau qui écrit pour eux "Le bel indifférent", une pièce de théâtre qui sera le succès de la saison parisienne de 1940.

Après la guerre, Piaf rencontre un jeune artiste dont elle prend la carrière en main et dont elle ne tarde pas à tomber amoureuse; Yves Montand. A cette époque, elle écrit les paroles d'une des chansons les plus populaires du répertoire francophone, "La vie en rose". Elle se produit, désormais, avec un groupe de chanteurs appelé Les Compagnons de la Chanson et entame sa conquête des Etats-Unis. A New York, elle rencontre son plus grand amour, le champion du monde de boxe Marcel Cerdan, pour qui elle écrira le fabuleux "Hymne à l'amour"… Malheureusement, cette histoire d'amour féerique ne durera que deux ans et se brisera net quand Cerdan disparaîtra dans un accident d'avion, en octobre 1949. Piaf, déjà très croyante, se réfugie alors dans le mysticisme. Elle travaille aussi de plus en plus et engage comme homme à tout faire, un jeune compositeur du non d'Aznavour… A l'aube des années '50, suite à deux accidents de voiture, elle découvre la morphine, comme médicament d'abord, comme refuge ensuite ! L'alcool devient aussi son compagnon quotidien… Ces abus, une décennie durant, la conduiront à une lente destruction qui s'achèvera le 10 octobre 1963.

Quelques heures après la Môme, c'est un immense artiste - poète, écrivain, cinéaste, acteur,… - qui rejoignait la scène éternelle. Jean Cocteau s'en allait, à son tour, non sans avoir eu le temps de saluer la mémoire de Piaf par un "Elle s'est éteinte, consommée par un feu qui lui a valu sa gloire !". Cocteau c'était avant tout un esthète, un génie du beau et de la chimère. Marqué par le suicide de son père, la mort et le sang transparaîtront dans son œuvre entière. Issu d’une famille bourgeoise et rentière, il a été initié très tôt au monde des arts par son grand-père. Après la disparition de son père, Cocteau trouve refuge dans l'écriture de poèmes et de quelques petits spectacles qu'il joue ensuite pour lui-même, dans l'inimité de sa chambrette. A 19 ans, il décide d'organiser, par l'entremise du tragédien Edouard de Max, avec qui il s'est lié d'amitié, une lecture de ses poèmes, au théâtre Fémina, sur les Champs Elysées. Dandy cultivé et raffiné, Cocteau va ensuite rencontrer le Directeur d’une troupe de théâtre russe, Serge de Diaghilev. Cette rencontre, en 1910, est un tournant dans la vie du jeune homme. Il ne veut plus fréquenter que l'élite culturelle et artistique de Paris, rejetant la médiocrité et l'inculture. Radiguet, Apollinaire et Nijinski sont ses amis… Il se laisse imprégner par leur talent et y puise sa propre vision de l'art. Ses écrits, parallèlement, connaissent de plus en plus de succès.

Sa poésie, Cocteau décide alors de l'adapter au cinématographe… "Le sang d'un poète" (1931) sera son premier film… Il attendra quinze années avant de réaliser le second, le mythique "La Belle et la Bête" (1946). Entre-temps, il se contentera de faire l'acteur et d'écrire… Suivent "Les parents terribles" (1948), "Orphée" (1949) et "Le testament d'Orphée" (1960), monté grâce à l'appui financier du jeune François Truffaut. Cocteau, comme finalement bien des grands Maîtres de l'art, ne sera pas réellement considéré de son vivant. Son succès grandira à titre posthume.

Piaf et Cocteau n'avaient pas grand chose en commun si ce n'est un talent affirmé ! Lui était élitiste, raffiné et utopiste; elle était populaire, commune et réaliste. Cocteau ne s'affichait qu'avec des artistes au talent confirmé, Piaf préférait faire éclore des talents inconnus… Ils ont, malgré leurs différences, marqué l'Histoire culturelle de France d'une empreinte indélébile !

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