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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 13:10

Il existe, selon le linguiste Noam Chomsky, dix stratégies de manipulation des masses. Lorsque l'on observe la société actuelle dans sons quotidien on est en droit de se dire que Chomsky n'a pas tort !

 

chomsky.jpgNoam Chomsky est est un linguiste et philosophe américain devenu Professeur émérite du Massachussetts Institute of Technology où il enseigna toute sa carrière durant. Une carrière qu'il consacra aussi à étudier les comportements, les codes linguistiques et la communication verbale. Il a joué un rôle important dans ce qu'il est désormais convenu de nommer la Révolution Cognitive qui, à la fin des années cinquante, structura la compréhension des mécanismes de la pensée humaine. Volontiers anarchiste, à 81 ans Noam Chomsky, qui imagina la grammaire générative et transformationelle reste une référence en matière de comportement humain.

 

Fin septembre, Chomsky a édité une liste qui regroupe les dix stratégies de manipulations des masses car il ne fait aucun doute, selon lui, que les masses sont manipulées par ceux qui dirigent le monde, que ce soient les financiers, les politiciens ou les médias. L'agence de presse internationale Pressenza, connue pour ses prises de positions pacifiques, vient de rendre publique la Liste de Chomsky(1). Pour établir cette liste, Noam Chomsky se base sur le fossé qui s'est creusé entre les connaissances publiques et les connaissances de ce qu'il appelle "l'élite dirigeante", un fossé qui permet désormais à cette élite de mieux connaitre l'individu lambda que celui-ci ne se connait lui-même... Cette forme de métaconnaissance facilite, toujours selon Chomsky, le contrôle des individus...

 

Je vous propose de passer en revue ces dix stratégies de manipulation des masse et de les commenter. Le texte en dix points est la traduction du texte de Noam Chomsky, le texte en italique sera celui de mon commentaire ou de mon analyse.

 

Les dix stratégies de manipulation des masses selon Noam Chomsky

 

La stratégie de la distraction : élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. «Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux.» Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»

 

Depuis l'époque romaine et son fameux Panum, vinem et circenses, la distraction permet de contenir les velléités des masses. Donner du pain et des jeux au peuple pour calmer la population est une stratégie éprouvée. Nous sommes, plus que jamais, dans une ère de distractions; les loisirs n'ont jamais été aussi présents. Lier loisirs et contention des masses est d'autant plus tentant que l'Histoire nous a enseigné que c'est vrai depuis plusieurs millénaires... Aujourd'hui, le loisir est un des éléments moteurs de nos comportements. Le temps passé devant la télé - loisir de masse s'il en est ! - a encore augmenté en 2009. La population mondiale passe, en moyenne, 3h12 par jour devant son poste de télé(2). Le temps passé par les ados et les jeunes adultes devant une console de jeu est encore plus important. Ces temps cumulés peuvent atteindre et même dépasser le tiers d'une journée... Pendant que l'on se distrait, que l'on joue ou que l'on regarde la télé on ne se plaint pas, on ne se révolte pas !

 

Créer des problèmes, puis offrir des solutions : cette méthode est aussi appelée «problème-réaction-solution». On crée d’abord un problème, une «situation» prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

 

N'est-ce pas ce que l'on a fait avec la grippe A/H1N1 l'an passé ? On nous à fait croire à une pandémie dramatique puis on nous a proposé un vaccin miracle... C'est une forme de maintien de l'ordre en place par la peur. Les médias qui relayent les informations conventionnelles jouent un très grand rôle dans cette stratégie. Et de plus en plus on est obligé de constater que les médias nous livrent telle qu'elle une "info clé sur porte" tirée immédiatement de communiqué de presse. Dans les médias les plus lus ou vus, il n'y a plus guère d'esprit d'analyse et de critique mais bien une info formatée.

 

La stratégie de la dégradation : pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en «dégradé», sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

 

Le raisonnement précédent vaut aussi pour cette stratégie... La peur inspirée au public s'installe lentement, sournoisement presque naturellement !

 

La stratégie du différé : une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme «douloureuse mais nécessaire», en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que «tout ira mieux demain» et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

 

Voici une stratégie très souvent adoptée par les milieux politiques, notamment lorsqu'ils nous annoncent des mesures d'économie draconiennes. Mais c'est aussi une tactique utilisée par les grandes entreprises qui nous fournissent des matières essentielles à la vie quotidienne... Les augmentations du prix de l'énergie sont toujours prévues à l'avance !

 

S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge : la plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? «Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans». Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»

 

Adopter un ton débilisant pour s'adresser aux masses... voila une technique éprouvée. Il s'agit de rendre les gens suggestibles à souhait. Plus ils sont prêts à se laisser suggérer des comportements, des choix et des directions à prendre plus ils se font manipuler ! La publicité est la technique de suggestibilité la plus répandue, le marché publicitaire à la télévision a bondi de 257% entre 1986 et 2010(3), le temps de pub par heure de télévision est, désormais, de 6 minutes; il était de moins de trente secondes à l'aube des années septante... Rappelons-nous cette merveilleuse phrase de patrick Le Lay lorsqu'il présidait aux destinées de TF1 et qui disait que "son métier consistait à vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola"...

 

Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion : faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

 

C'est ce que l'on appelle le pathos qui est l'un des trois moyens de persuasion de tout discours depuis Aristote (± 300 avant JC). Lorsque l'on réagit avec le coeur on ne réagit pas avec le cerveau...

 

Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise : faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. «La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures». Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»

 

Alors là, je pourrais m'éterniser sur le sujet des heures durant ! Il suffit de se balader enr ue pour constater que la l'ignorance est partout présente. J'ai l'impression que, aujourd'hui, se cultiver, lire, apprendre sont autant de tares pour les masses. L'enseignement n'est pas étranger à cette situation mais l'éducation parentale est le principal artisan de l'inculture qui s'installe de plus en plus dans les masses. La culture demande un effort que beaucoup ne sont plus prêts à fournir. On se réfugie devant la télévision pour se nourrir d'une sous-culture faite de télé-réalité et de shows de bas niveau, facile à appréhender intellectuellement. La télévision est le fast-food de la culture ai-je coutume de dire, plus que jamais je trouve cette assertion vérifiée. Et pourtant, la culture est un moyen de s'ouvrir l'esprit et de lutter contre la manipulation. Sans culture l'homme est manipulable à souhait écrivé-je récemment ! Je vous invite à relire, plutôt que de m'étendre davantage ici, deux articles sur le sujet : La culture ça change la vie ! et Montesquieu et Baba o'Riley ...

 

Encourager le public à se complaire dans la médiocrité : encourager le public à trouver «cool» le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

 

Là encore il suffit de voir dans les rues la médiocrité qui s'installe de plus en plus. A l'inculture s'ajoute dans le chef de plus en plus de monde, la vulgarité des comportements et des tenues vestimentaires. L'influence de la télévision n'est pas étrangère à ces comportements. Le ridicule ne tue plus, au contraire il s'élève au niveau d'une sorte de classe dominante. Le nombre d'ados qui se baladent en survêtement blanc et sâle avec une casquette étroite posée tel un étron sur la tête est affligeant. Ils ont l'air con et se trouvent classes... Le vocabulaire est digne de celui de cul-de-basse-fosse et l'élégance est un concept qui est totalement étranger au commun des mortels. Passer une heure à un arrêt d'autobus ou dans le hall d'un lieu public est révélateur de ces comportements médiocres, c'est une véritable étude sociologique en vase clos...

 

Remplacer la révolte par la culpabilité : faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !

 

Il y a 20 à 25 ans, nous militions contre l'Apartheid avec le badge Touche pas à mon Pote à la boutonnière, aujourd'hui rares sont ceux, dans la population lambda, qui s'investtisent encore autant dans des projets humains. On incite l'individu à se replier sur lui-même, sur sa vie et on le culpabilise s'il tente d'en sortir. Les techniques de management qui incitent les travailleurs a s'auto-évaluer et à prendre conscience de ses points faibles (pour les améliorer nous dit-on) déteignent sur les comportements privés. Il s'agit aussi de faire croire aux masses qu'elles n'ont pas le niveau pour comprendre les mécanismes mondiaux. D'un côté on favorise l'inculture des masses et de l'autre on leur reproche de ne pas être intelligentes... Il y a comme un hiatus qui débouche souvent chez le commun des mortels sur toute forme d'inhibition de l'action, donc de la révolte...

 

10° Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

 
Cette dernière stratégie découle naturellement, à mon sens, des neuf précédentes !

 
Force est de constater que ces dix stratégies sont un instantanés de la société actuelle, des comportements de masse de la société actuelle plus exactement...
 

 -------

(1) Les dix stratégies de manipulations des masses, par Noam Chomsky, in Pressenza, 21 septembre 2010

(2) Le temps passé devant la télé à augmenté en 2009, par Frédéric Bianchi, on lsa.fr, 18 mars 2010

(3) La pub en chiffres, on L'Internaute, novembre 2005

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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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commentaires

Hello 22/10/2015 22:25

Pourriez vous me communiquer le lien avec l'article source de Noam chomsky il semble c'est un hoaxbuster

anne 17/01/2015 18:37

Panem vinum et circenses

Heal 10/02/2014 10:00

La mise à mort du girafon dans un zoo danois est un "bel" exemple d'utilisation du pathos et de stratégie de diversion. Le public oublie un peu, du coup, la crise politique majeure déclenchée au
Danemark par Goldman Sachs ces dernières semaines, en prenant le contrôle du fournisseur d'énergie national (Dong Energy).

Christine Labat 25/10/2010 10:38


Il existe un tas de gens qui ont commencé à penser différemment depuis maintenant si longtemps que leur "altervision" du monde n'appartient plus au domaine de l'utopie, mais est tout à fait
réalisable (sauf que l'info n'arrive pas jusqu'au commun des mortels, bien sûr). Je pense qu'un premier travail serait de partager ces travaux. Voici une référence intéressante : Décroissance et
gratuité, de Paul Ariès.


Olivier Moch 26/10/2010 14:51



Décroissance et gratuité, moins de biens plus de liens
aux éditions Golias, paru en avril 2010


Merci pour cette référence



Christine Labat 12/10/2010 18:28


Bonjour,
Ce qui aiderait peut-être les personnes serait, outre cette analyse, de savoir comment lutter. Mais avec des trucs très simples (ex contre la stratégie 10, ne plus payer ses courses qu'en espèces,
ou refuser les cartes de fidélité, ne plus laisser de traces de ses goûts et préférences). Je crois qu'on est tous si "hypnotisés" que seuls des actes simples et courts pourraient nous permettre
d'entamer un déconditionnement, qui pourrait ensuite être plus réfléchi. Et aussi comprendre que l'on ne peut pas savoir si on a gardé notre libre arbitre lorsqu'on ne l'a plus. Désintox par
palliers, quoi ! Sans juger ceux qui ne savent pas trouver la solution tout seuls... Quel psy lecteur de ce blog pourrait s'y coller ?


Olivier Moch 13/10/2010 14:25



Je crois aussi qu'il faut que chacun entame un travail sur soi pour mettre en place ce processus de déconditionnement. Nous avons toutes et tous un cerveau (enfin je crois !) et sommes capables
de nous en servir. Plus que jamais je crois que Le Meilleur des Mondes imaginé par Aldous Huxley est la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Huxley était, sans le savoir, un
visionnaire... Son roman-phare est plus que jamais d'actualité, on devrait l'enseigner dans les écoles. Ce qui est horrible c'est que ce qui était de la science-fiction pessimiste dans les années
30 est devenu une réalité quotidienne aujourd'hui...