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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 13:04

Il y a 30 ans, françois Mitterrand faisait basculer la Vè République à gauche.

mitterrand81.jpgLe 10 mai 1981 reste, à ce jour, la date la plus significative de la gauche française moderne, c’est le jour ou François Mitterrand remporta la présidentielle ; pour la première fois de l’histoire de la Vè République, la France avait le cœur à gauche. Et pourtant, le scénario n’était pas forcément rose – si j’ose écrire ! – pour le PS. D’abord parce qu’une majorité de Français semble convaincue de la politique du Président sortant, Valéry Giscard d’Estaing. Ensuite parce qu’à un an de l’élection, la cote de popularité de VGE est au plus haut et des sondages lui prédisent, dans le pire des cas, une victoire avec 57% des suffrages. En outre, la gauche est loin d’être unie derrière un seul candidat et les tensions surgissent au point tel que le fameux Programme Commun, signé par le PS, le PC et les Radicaux de Gauche en 1972, vole en éclats… Finalement, ce sont cinq candidats de gauche qui annoncent leur candidature : François Mitterrand (PS), Georges Marchais (PC), Michel Crepeau (Radicaux de Gauche), Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière) et Huguette Bouchardeau (PSU). A droite, Giscard d’Estaing n’aura de rival que Jacques Chirac (RPR) car Michel Debré et Marie-France Garaud, tous deux de Divers Droit Gaulliste, savent qu’ils sont loin de faire le poids. VGE est tellement sûr de lui qu’il est le dernier à officialiser sa candidature, c’était le 3 mars 1981 soit à 54 jours du premier tour.

La campagne est loin d’être un fleuve tranquille. Elle est d’abord secouée par la présence d’un candidat plutôt inattendu, Coluche, qui est le tout premier à annoncer, en octobre 1980, sa candidature. Au début, le Gros à Rayures n’est pas pris au sérieux mais au fil du temps qui passe les intentions de vote en sa faveur montent à 16%. Le soutient ouvert de plusieurs intellectuels français à Coluche fait prendre conscience du danger à Giscard et à Mitterrand qui tentent de dissuader le Bouffon de la République de prendre part au scrutin. Il faudra un événement trouble, l’assassinat de son régisseur René Gorlin, pour que Coluche renonce, le 16 mars 1981, finalement à se présenter. Il semble que ce meurtre ne soit pas lié à la candidature de Coluche mais ce dernier a pris peur et préfère renoncer plutôt que de voir un autre de ses proches menacé…

Si l’on s’attendait à une gauche déchirée, la droite le fut nettement plus que ce que ne l’escomptait Giscard d’Estaing. Celui-ci est fragilisé par l’affaire des Diamants de Bokassa (ndlr en 1973, VGE alors Ministre des Finances aurait reçu une plaquette de diamants de 30 carats en guise de cadeau de la part du dictateur centrafricain Jean-Bedel Bokassa) qui a éclaté dans le canard enchainé quelques mois plus tôt et qui est encore fraiche dans toutes les mémoires. Le décès tout aussi mystérieux (s’est-il réellement suicidé ?), en octobre 1979, de Robert Boulin, que d’aucun pressentaient comme futur Premier Ministre, affaiblit également Valéry Giscard d’Estaing qui est de plus en plus menacé par l’ambitieux Jacques Chirac. C’est dans un contexte détestable – autant à gauche qu’à droite - que se profile le premier tour de l’élection, le 26 avril 1981. Giscard arrive premier avec 28,32% des voix mais avec quatre points de moins que prévu, il devance François Mitterrand (25,85%), Jacques Chirac (18%) et Georges Marchais (15,35%). Malgré ce succès, Giscard d’Estaing est inquiet car il a fait le calcul, si les voix de Chirac, de Debré et de Garaud se reportent sur lui, il n’atteindrait que 49,31% des voix… Avec davantage de candidats de gauche, le report des voix devraient être favorable à Mitterrand qui a réussi un meilleur score que ce qu’on lui prédisait. Pour VGE, l’espoir est que Mitterrand est à sa troisième quête présidentielle et qu’il n’a jamais pu aller au bout ; en 1974 il fut déjà battu par Giscard et une certaine forme d’habitude à la défaite pourrait l’habiter. Enfin, l’Union de la Gauche n’existant plus, certaines rancœurs pourraient inciter des leaders de gauche à ne pas faire voter leur électorat pour Mitterrand.

Mais François Mitterrand va faire de ces points faibles des atouts. Après deux échecs, il entend transformer sa candidature en victoire. Il fait appel au publicitaire Jacques Séguéla qui lui organise une vraie campagne de marketing autour d’un slogan resté célèbre, La ForceTranquille.Par ailleurs, Jacques Chirac se positionne de façon ambiguë n’appelant pas clairement à voter pour Giscard d’Estaing ; en effet Chirac sait que si VGE est défait, il deviendrait probablement le n° 1 de l’opposition. Clairement, Chirac envisage une stratégie à long terme, une stratégie qui consiste à le positionner pour les présidentielles de 1988… Tous les candidats de gauche éliminés au premier tour, y compris Georges Marchais, appellent à voter Mitterrand. Entre la campagne marketing de Séguéla, le comportement ambigu de Chirac, le report des voix de toute la gauche et un débat télévisé où il se montre brillant, François Mitterrand devient rapidement le favori du second tour. Le Canard Enchainé achève Valéry Giscard d’Estaing avec la révélation dans un article au vitriol du passé collaborationniste de Maurice Papon, Ministre du Budget de Giscard… Sous le Régime de Vichy, Papon fut responsable de la déportation de nombreux juifs ; un véritable coup de massue sur la tête de VGE ! Au soir du second tour, le 10 mai 1981, François Mitterrand l’emporte avec 51,76% des voix, il devient le premier Président socialiste de la Vè République et le premier Président de gauche depuis Vincent Auriol, en 1947.

Le 21 mai 1981, François Mitterrand est intronisé, il nomme Pierre Mauroy comme Premier Ministre de son Gouvernement. Les élections législatives de juin lui assurent une large majorité au Parlement… La Franceentre dans une ère de socialisme et adopte une impressionnante série de mesures sociales (maîtrise de l’inflation, augmentation du SMIC, semaine de 39 heures, 5è semaine de congés payés, abolition de la peine de mort, amnistie du délit dits homosexuel, création des zones d’éducation prioritaire…) et d’innovations culturelles (libération de la bande FM, création de la Fêtede la Musique…). Cette ère de haut socialisme cessera en 1986 avec la victoire du RPR aux Législatives et la première Cohabitation avec Jacques Chirac.

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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