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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 10:06

Un an après s'être imposé dans la gestion du pays, les LibDems de Nick Clegg semblent montrer leurs limites !

clegg.jpgSouvenez-vous, c'était il y a tout juste un an, l'Angleterre se réveillait dans la situation politique plutôt rare, Outre-Manche, d'un hung-parliament, c'est à dire que le scrutin législatif n'avait permis de dégager aucune majorité. Cela ne s'était produit que trois fois auparavant dans l'Histoire politique anglaise (1924, 1929 et 1974). La population avait clairement exprimé son mécontentement et cela avait permis aux Conservateurs de revenir aux affaires en mettant en place une coalition avec les Libéraux Démocrates qui accédaient aux pouvoir pour la première fois... Tout était à liesse dans le chef du leader de LibDems, Nick Clegg, qui fustige depuis des années la politique britannique. Cinq jours après le scrutin (ndlr comme quoi il est possible ce mettre un gouvernement en place très rapidement !), Clegg était intronisé Vice-premier Ministre et quatre autres LibDems faisaient leur entrée dans le Gouvernement Cameron. C'était, ma foi, un événement important de la politique récente en Angleterre... Mais voila, un an plus tard, les LibDems doivent déchanter ! Les élections locales qui avaient lieu en fin de semaine passée se sont soldées non pas par un échec mais bien par une déroute pour Clegg. Les sondages pré-électoraux laissaient entrevoir un résultat déplorable, ce n'était qu'un euphémisme tant le revers est important. En Angleterre, les LibDems ont perdu 800 Conseillers municipaux tandis qu' Ecosse ce sont trois quarts des effectifs municipaux qui ont été décimés. Mais l'échec le plus important pour Nick Clegg est, sans conteste, celui du référendum sur la réforme du système de scrutin législatif. Depuis son accession au pouvoir, le chef des Libéraux Démocrates anglais ne rêve que de modifier le système électoral législatif pour le ramener à un seul tour. Il était parvenu à amener son projet devant la population sur base d'un référendum et était plutôt optimiste quant au succès de sa vision d'un système simplifié... Bilan : 68% des Anglais ont dit No ! Près de sept Anglais sur dix ont donc refusé la proposition la plus concrète de Nick Clegg; c'est un réel revers personnel !

Un an après avoir tenté l'expérience libérale-démocrate, les Britanniques semblent donc vouloir revenir à leur vision traditionnelle de la politique c'est à dire une dualité gauche/droite, Labour/Torries, Socialistes/Conservateurs. Certes, les niveaux d'élections sont différents, le local n'est pas le législatif, mais le camouflet est si important pour les LibDems que plusieurs observateurs politiques posent aujourd'hui clairement la question de savoir si la coalition au pouvoir ira au terme de son mandat de cinq ans... Les tensions au sein du couple sont évidentes, elles se sont marquées très fort sur le référendum car les Conservateurs étaient, évidemment, favorables au maintien du système électoral législatif à deux tours. Le choix de la population risque fort d'attiser ces tensions. D'autant plus que les déclarations de Paddy Ashdown, ancien leader des LibDems, n'ont rien fait pour tempérer les choses. "Le temps de relations de copains avec les Torries dans la coalition est fini !"(1) a-t-il dit en évoquant l'idée qu'il est grand temps pour les LibDems de s'affranchir de leur partenaire de coalition. Pour le Labour, qui s'en est bien tiré lors de ce scrutin local, la situation est claire : le rejet de la modification du système électoral (ndlr modification que les Travaillistes soutenait pourtant) est un vote de sanction pur et dur à l'encontre des LibDems et de leur politique menée dans l'ombre des Conservateurs depuis un an. La population ne veut plus des Libéraux-Démocrates !

Les Conservateurs sortent grandis de cette élection locale, malgré le plus fort plan d'austérité imposé à la Grande-Bretagne depuis la seconde guerre mondiale. Certes, ils perdent des Conseillers municipaux dans beaucoup de grandes villes mais ces pertes sont modérées. En outre, sur le référendum, David Cameron est le grand vainqueur puisque son parti était le seul à soutenir le maintien en place du système actuel. Cameron s'était d'ailleurs fortement impliqué dans la campagne de ce référendum au grand mécontentement des Ministres libéraux-démocrates de son gouvernement...

Aller jusqu'au bout...

Pour les LibDems, le week-end a été dur : déroute électorale, revers sur le projet de changement du système électoral et renforcement des tensions avec le partenaire gouvernemental. Les printemps se suivent mais ne se ressemblent pas pour Nick Clegg. Le voila, désormais, en position de faiblesse notoire au sein du Gouvernement Cameron. Déja que les LibDems n'ont que cinq Ministres sur les vingt-neuf que compte le Gouvernement mais voila qu'en plus ces cinq-là sont déforcés par le revers énorme que leur parti vient de subir. Alors que va faire Nick Clegg ? On est, finalement, qu'au début de la legislature, 20% du chemin jusqu'au prochaines élections législative ont été faits. Dès lors, deux alternatives s'offrent à Clegg : soit il va jusqu'au bout avec les tensions actuelles, en essayant peut-être de les appaiser ou en vivant plus que jamais dans l'ombre des Conservateurs, soit il quitte la coalition et fait tomber le Gouvernement. La première alternative est, clairement, la meilleure me semble-t-il car David Cameron ne peut pas prendre le risque de retourner aux urnes un an après avoir remporté les élections, ce serait perçu comme un revers par les électeurs. Donc, il devrait mettre un peu d'eau dans son sherry afin de détendre l'atmosphère au sein de son gouvernement. Et puis, si chute de ce gouvernement il y avait, les Libéraux-Démocrates risqueraient fort de se retrouver dans le trente-sixième dessous tant ils sont devenus impopulaires comme l'ont montré les urnes un peu partout dans le pays... Il y a fort à parier qu'ils ne seraient plus en ordre utile pour rester au pouvoir. Pour limiter la casse, Nick Clegg doit poursuivre la route avec les Conservateurs, faire bonne figure et tenter de regagner un peu de crédibilité dans les quatre années qui viennent afin de pouvoir aller aux élections, en temps normal, avec un minimum de chances d'être "compétitif".

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(1) Désavoué par les électeurs, Clegg ne s'avoue pas battu, par Cyrille Vanlerberghe, Le Figaro, 8 mai 2011

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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