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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 10:35

Je ne résiste pas à l’envie de vous livrer ce texte, totalement différent de mon accoutumée, que j’avais écris en 1996… Je l’ai à peine retouché afin de le publier pour la première fois.

Loupiot était un charmant bambin de neuf ans. Par un bel après-midi, un de ces après-dîners baignés de soleil où la campagne embaume des effluves odorantes de fleurs et de foin fraichement coupé, sa mère envoya Loupiot quérir du lait à la ferme verte voisine ainsi que du coton, au village, pour confectionner un gilet au cadet de la famille. Elle lui demanda, en chemin, de passer par la prairie du père afin de couvrir les blés juste récoltés pour le cas où la pluie viendrait à tomber. Un beau seau pour mettre le lait à la main, P’tit Loupiot avait pris le chemin du village et de la ferme verte. Il folâtrait, profitant de la douceur de cet été. Sur la route, il saluait la voisine, parlait aux chats et s’imaginait tel le chevalier blanc nanti d’une mission dont la route se barre de mille obstacles dressés pour l’empêcher d’atteindre son graal. Ah que la vie était agréable ! Arrivé au village, Loupiot entra chez la mercière à qui il demanda deux boules de blanc coton. Il ne s’attardait pas car il savait que, pour le goûter, maman lui avait préparé de la tarte aux pommes et, pour un empire, il n’aurait manqué ce délice. Vite, à la ferme verte pour aller chercher le lait. Il reprenait la route et, tout en marchant, laissa ses pensées extravaguer. Il pensait que, quelque fois, une ferme ferme. Et si la ferme était fermée, que ferait-il ? De toute façon, il verrait bien en arrivant. Si la barrière de la ferme est fermée c’est que la ferme est fermée. Et si la barrière est ou verte ou bleue c’est que la ferme est ouverte. Mais bien sur, pensa-t-il encore que la ferme verte est verte, c’est la couleur qui lui donna, par le passé, son patronyme. Il y arriva et, heureusement, la ferme verte n’était pas fermée, elle était verte et ouverte ; Loupiot eut donc son précieux lait. Avec le coton et le lait, Loupiot pouvait rentrer. Il lui semblait que le chemin du retour exhalait déjà la tarte aux pommes… Il ne lui restait qu’à bâcher le blé du père pour le protéger de l’ondée. Une mission capitale car il lui semblait, sans blé, que l’on ne tiendrait pas l’hiver. A la prairie, il enjamba la petite clôture prenant maintes précautions pour ne pas renverser une seule goutte du lait. A peine avait-il posé le pied sur le vert tapis du pré qu’un veau tout près s’approchait. Le veau avait vu le seau, un joli veau qui vaut bien plus qu’un seau, fut-il rempli de lait. Loupiot faisait de grands gestes pour éloigner le veau du seau. Trop tard, le beau veau voulait le beau seau. Le bambin avançait, le veau l’imitait et plus le veau l’imitait plus l’espace se limitait pour Loupiot. Il tentait de forcer le passage adroitement par la droite mais le veau qui voulait le seau lui en refuse le droit. Trop gauche que pour passer à droite, il tenta de passer par la gauche mais il butta sur un caillou et trébucha lâchant ainsi le beau seau que convoitait le beau veau. Le lait, c’est laid, se répandit au sol, Loupiot s’en repentit tandis que le veau vite du seau vide se départit ! De grosses larmes glissaient sur les joues roses de Loupiot. Triste, il se relevait et partait en courant. Le veau, d’humeur assez ludique, poursuivait le gamin. Il lui attrapa la courte culotte et la déchira en lambeaux. Que vaut un lambeau pour un veau ? Le saura-t-on jamais ? Loupiot, par peur et par éducation, cacha de ses petites mains ses fesses ainsi à l’air. A veau ludique, marmot pudique ! Pour ce faire, il lâcha le sachet avec les deux boules de blanc coton. Celles-ci roulèrent tout au long d’une légère pente de la prairie, attirant l’attention du veau qui délaisse alors Loupiot ? Voici donc notre enfant sans lait et sans coton, même sa culotte pérît dans l’aventure… Il ne lui restait plus qu’à bâcher quand même le blé avant d’aller narrer sa mésaventure amère à sa mère. Près des blés se trouvait une vache, Loupiot n’en n’avait pas peur. Il savait que la bâche effraierait la vache. Dans l’étable, sur la table, il prit la bâche qui devait faire peur à la vache et, pour se venger du beau veau qui avait causé la perte du beau seau, il bâchait sa mère – au veau -, il était certain que cela ferait rire sa mère – à Loupiot – de savoir qu’il avait mis la bâche sur la vache. Près des blés, dans un large mouvement, il étendit la bâche. Effectivement la vache eut peur de la bâche et s’enfuît. Mais, le vent prît la bâche et surprît Loupiot. Devant la vache s’envola la bâche pour se poser dans un arbre. Loupiot était vraiment trop petit que pour attraper la bâche, celle qui effraya la vache. Alors il partit courant, râlant, rageant, rangeant ses maternelles missions au rayon des échecs. Comme aux échecs, il était mat alors que pourtant ses joues luisaient des larmes qu’il avait versées quand le seau s’était renversé. Lorsqu’il poussa la porte de la chaumière que le père avait passé à la chaux hier, deux coulées de larmes descendaient au long de ses joues. Il expliquait à sa mère comment il avait perdu le beau seau à cause du beau veau ainsi que le coton d’ailleurs. A la volée, il expliquait l’envolée de la bâche qui apeura la vache. Les coulées grossissaient de plus belles mais sa mère lui expliqua que ce n’était pas si grave, qu’il fallait en rigoler et elle donna une belle part, à son petit homme, de tartes aux pommes. Il s’en régala au point d’oublier ses malheurs !

Moralité, puisqu’il en faut une à cette petite histoire n’en déplaise à La Fontaine : pour une part de tarte aux pommes, adieu seau, bâche, coton et coulée…

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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