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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 10:28

Où quand prendre le bus s’apparente, à certaines heures, à une aventure digne de la mythique série de Rod Sterling.

bus.jpgDepuis que je vis au centre ville, j’essaie de me déplacer au plus souvent possible en bus ou à pied. En fait, j'ai même vendu ma voiture car elle dormait, la plupart du temps dans son onéreux parking et je ne la sortais que très rarement lorsqu’il m’était totalement impossible de faire autrement, pour le boulot la plupart du temps. J'ai modifié mes habitudes de déplacement tant par souci environnemental que par envie de dépenser mon argent dans des choses plus agréable qu'un parking à voiture, des assurances, des entretiens et quelques litres d'essence. J’avoue qu’au début je pensais être rapidement dégouté de me déplacer avec les transports en commun mais, en y adaptant un peu ma façon de les appréhender, cela se passe plutôt bien. Le tout est d’éviter autant que possible les heures de pointe. Depuis plusieurs mois donc je suis devenu un adepte des transports en commun, le train, que j'ai toujours adoré parce qu'il reste dans mon esprit comme le symbole de nos départs en vacances d'enfant, et le bus qui reste le moyen le plus efficace pour les déplacement urbains et péri-urbain soit tant qu’il s’agit toujours de déplacements simples, j’entends par là sans correspondance et sur des distances relativement courtes. Voici quelques semaines, c'était en juin, je devais retrouver ma compagne à Herstal. Etant désormais rodé, je me suis dit que j’allais tenter le coup en bus malgré la correspondance. Je partais des hauteurs de Liège, de la Citadelle, et devais donc rejoindre Herstal; un changement s’imposait tout près de la Cathédrale de Liège. "Ca va aller !" ai-je osé penser le coeur remplit d'un optimisme béat. Quelle erreur ! Hormis la très longue attente entre les deux bus et le fait que le second était plein comme un œuf à cette heure de pointe, je dois dire qu’il y a mille et une raisons qui font que je ne renouvellerais jamais cette expérience. Je me contenterais de n’en évoquer que quelques-unes, ce sera largement suffisant. La première étant simplement olfactive ; je jouais de malchance, peut-être, du fait que cette troisième semaine de juin était plutôt chaude mais l’odeur de transpiration qui flottait dans cet espace clos, dont pourtant des lucarnes étaient ouvertes sur l’extérieur, justifient à elle seule l’envie d’un abandon total des transports en commun. Bon sang, combien sont-ils à négliger leur hygiène corporelle pour que cela sente, à ce point, le poney dans le bus ? Savon et déo, ces sagouins ne connaissent vraisemblablement pas ! Je plains franchement le chauffeur qui doit survivre dans cet environnement pendant huit heures. J’ai connu des écuries qui exhalaient de meilleurs parfums, c’est tout dire. Il convient aussi d’ajouter, ça et là, à cette odeur aigre quelques effluves de mauvais tabac froid qui relèvent encore un peu plus cette puanteur ambiante.

Si la première raison qui me motive à ne plus renouveler cette expérience de long trajet est olfactive, la seconde raison est sonore. A gauche, à droite, devant, derrière, à côté… il fait plein de lecteurs MP3 ou 4 poussés à fond. Malgré les espèces de casques inutiles que ces accros aux bruits ont enfoncé dans leurs oreilles, les nuisances sonores – car s’en sont assurément – jaillissent de partout. Si j’étais au faîte des merdes actuelles qu’écoutent les jeunes à casquettes j’aurais pu les reconnaitre tant le son était élevé. Mais le pire est qu’ils écoutent tous, et pas seulement les jeunes, un truc différent ce qui donne une espèce de cacophonie répugnante contre laquelle tout amateur de vraie musique serait disposé à intenter une action en justice. Et puis, en troisième raison et non des moindres, comment ne pas évoquer la médiocrité ambiante qui régnait dans ce bus. Debout dans l’allée centrale en équilibre souvent précaire, j’avais à côté de moi un duo d’adolescents libidineux, 18 ou 19 ans maximum, qui vantaient leurs «exploits» sexuels… Enfin si l’on peut taxer de sexe la vision du rapport charnel qu’ils ont. Le premier, bien qu’il se targuât d’avoir une copine, avança qu’il s’était tapé «une salope du Thier-à-Liège» et qu’elle était «bonne comme une Russe» [sic]. Quel point de comparaison ! A-t-il, ce libidineux boutonneux, fait l’amour à mille femmes russes que pour oser cette comparaison aussi affirmative ou bien juge-t-il simplement sur base des films pornographiques venus de l’est, vision déformée du sexe réel, qu’il a du voir en nombre sur le net ? L’autre ado débile ajouta, probablement pour soutenir la comparaison avec les pseudo-prouesses de son pote, qu’il était avec une fille qui lui avait tout fait dès la première semaine et qu’il l’avait «quettée dans tous les sens !» [sic]. Mon dieu, quelle élégance dans le chef de ces deux petits cons… J’en ai presque regretté qu’ils aient coupé leur MP3 pour tenir cette conversation écœurante.

Un peu plus loin, à l’arrière du bus, il y avait un troupeau d’autres mioches, un peu plus jeunes que les deux casanovas de pacotille, qui gloussaient comme des pintades, se vannaient sans finesse et dont certains semblaient fiers de la retenue qu’ils avaient gagné en insultant leur
prof de méca (-nique je suppose) tandis que d’autres affirmaient clairement que le redoublement de leur année était acquis et qu’ils s’en foutaient comme de leur première dent de lait. Une conversation menée, bien entendu, dans un dialogue grossier, sans saveur et avec un accent caricatural exacerbé à son paroxysme. A gauche dans l’allée, il y avait un type complètement défraichi dont, à mon sens, sa contribution à la puanteur de l’air par la transpiration devait être conséquente, l’air hagard et probablement imbibé de bière à bon marché. En tous cas, une canette fermée dépassait de sa poche, nul doute qu’il l’ouvrirait dès sa descente du bus… Mamies acariâtres, landaus en enfilade dans l’allée centrale qui ressemblait ainsi à la grille de départ d’un grand prix de formule 1, demoiselles à peine pubères au décolleté provoquant (dont certaines finiront probablement dans les récits des deux casanovas de pacotille), employés blasés des administrations publiques, petits vélos pliants abandonnés où faire se peut et que l’on prend dans les jambes au moindre coup de frein (et Diable sait qu’ils sont très nombreux !)… Et au milieu de cet enchevêtrement de gens, de sacs et de cabas, quelques âmes seules qui, comme moi, semblent se demander ce qu’elles font là au milieu de cet environnement hostile. Peut-être n’ont-elles pas d’autre choix que celui de se déplacer en bus à cette heure particulièrement désagréable. Le lendemain, je demandais à un collègue qui se déplace en bus depuis bien plus longtemps que moi et sur des distances bien plus longues que les miennes si cette atmosphère est coutumière. Oui, m-a-t-il répondu d’une façon aussi laconique que désespérée ! D’autres récits que j’avais entendus auparavant vont dans le même sens…

En fait, le bus est tout à fait viable avant 7h30 et après 17h30. Mais dans cet intervalle de dix heure, l’on dirait que prendre le bus c’est entrer dans la quatrième dimension. Ce n’est plus du tout le même univers. Il s’apparente alors au royaume de la médiocrité voire de la groseillerie la plus triste qui soit, un milieu suintant le bruit et les odeurs nauséeuses. Ce n’est plus, j’en suis convaincu, un univers humain mais bien un microcosme parallèle à la vie normale…

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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