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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 19:04

Auteur de l'Attrape-Coeur, un roman exceptionnel, JD Salinger était un Géant de la littérature; il a notamment inventé le concept de l'anti-héros

jdsalinger.jpgC’était un personnage à part dans la littérature américaine contemporaine, il avait choisi de vivre en reclus par peur de la célébrité et de ses méandres. Depuis 1963 jusqu’à son décès en janvier 2010, il n’est pas apparu en public, n’a pas donné une seule interview ni même publié un seul roman… Et pourtant Salinger restait une icône de la littérature tant ses écrits ont marqué le 20è siècle. Jerome David Salinger était né à New York, le jour de l’an 1919 dans une famille relativement aisée. Son éducation est plutôt stricte et il doit intégrer, à l’âge de 15 ans, l’académie militaire de Valley Forge, en Pennsylvanie. Les relations avec son père se détériorent rapidement et JD trouve un exutoire à sa vie dans l’écriture. A Valley Forge, il découvre les romans de Francis Scott Fitzgerald et d’Ernest Hemingway qui le passionnent. C’est à ce moment qu’il prend conscience de sa vocation d’écrivain. Les quelques nouvelles qu’il a déjà rédigées et faites lire à un cercle restreint de connaissances l’encourage dans cette voie. C’est aussi à cette époque qu’il développe une certaine misanthropie, celle-ci sera renforcée par la méchanceté gratuite d’un professeur du Collège Ursinus, que Salinger a rejoint après avoir quitté Valley Forge, qui dira de lui qu’il est le pire élève que le collège n’ait jamais eu… En 1939, Salinger est inscrit à l’Université de Columbia, à Manhattan, où grâce à Whit Burnett, professeur d’Anglais et éditeur du magasine Story, il peut publier The young folks sa première nouvelle. Mais en Europe le conflit fait rage et l’Allemagne nazie étend sa domination. Après l’attaque de Pearl Harbour, en décembre 1941, les Etats-Unis entrent de plain-pied dans la guerre et, de 1942 à 1945, JD Salinger est incorporé à la 4è Division d’Infanterie US qui va combattre sur les fronts européens. La seconde guerre mondiale étançonne encore un peu plus la misanthropie du jeune homme, il y découvre l’absurdité humaine dans son horreur poussée au paroxysme notamment en participant au débarquement de Normandie où il voit tomber à ses côtés des centaines d’hommes… Rentré au pays après le conflit, Salinger doit être hospitalisé pour un stress post-traumatique lié à la guerre. Une fois encore, l’écriture est son exutoire. Il rédige quantité de nouvelles dont certaines sont marquées au fer rouge de son expérience militaire.

L’Attrape-Cœur, le début de la gloire… le début de l’isolement

Le quotidien The New Yorker publie, en 1948, plusieurs nouvelles de Salinger dont A perfect day for bananafish qui est encensée par la critique et par le public. Salinger s’attache, fort de ce succès appréciable même si limité aux environs de New York, à l’écriture de son premier roman. Il entend le construire autour d’un personnage – Holden Caulfield – qui était déjà apparu dans une nouvelle précédente et qui méritait bien, selon l’auteur, un roman. L’Attrape-Cœurs (The Catcher in the Rye, en version originale), publié en 1951, est ce roman. Il aborde, sans détour et dans un langage en décalage total avec les bonnes mœurs de l’époque, l’obsession de la sexualité, le décrochage scolaire et la prostitution. En grande partie autobiographique, notamment au niveau de la personnalité de Caulfield qui a du mal à communiquer avec les autres, L’Attrape-Cœurs est un succès public immédiat malgré une critique mitigée. Les adolescents voient dans ce roman le reflet exact de leur désarroi et de leur colère, cette colère qu’ils ne parviennent pas à exprimer et que Salinger a si bien perçu et restitué… Avec L’Attrape-Cœurs, JD Salinger invente une notion jusqu’alors inimaginable mais qui sera ensuite maintes fois reprises au cinéma et dans la littérature, celle de l’antihéros, ce personnage principal qui ne correspond à aucun critère de valeurs morales, de bravoure ou de patriotisme. Cela dérange fortement l’Amérique puritaine de l’immédiate après-guerre mais le roman s’arrache pourtant sous le manteau, d’autant plus qu’il est classifié ‘’interdit au moins de 16 ans’’ afin de ne pas heurter l’esprit des adolescents… afin, surtout, de ne pas permettre à ces ados de trouver le moyen d’exprimer leur révolte qui est déjà bien exacerbée avec le rock’n roll.

Salinger est pris entre plusieurs feux, celui du succès, celui de la reconnaissance, celui de la critique aussi… La célébrité est là, elle le guette, aussi pour la fuir il quitte New York pour s’installer à Cornish, dans le New Hampshire. Il y limite déjà fortement ses contacts sociaux. Seuls les étudiants du lycée local trouvent grâce à ses yeux, il se sent proches d’eux. Mais une de ses conversations avec un groupe de lycéens est reproduite, à son insu, dans le journal du collège local. Salinger se sent alors trahi par les seules personnes en qui il avait réellement confiance. Ainsi donc, les adolescents ne seraient pas plus fiables que les adultes ? Forcément, puisqu’ils ne sont jamais que des adultes en devenir… Ce n’est pas l’adulte qui n’est pas fiable, c’est l’Homme dans son ensemble, quel que soit son âge ! Salinger s’isole dans sa maison, n’en sort quasiment plus et ne garde de contacts qu’avec deux ou trois personnes dont son unique ami, le juge Learned Hand, farouche partisan de la liberté d’expression aux Etats-Unis.

L’Attrape-Cœur trouve la notoriété mondiale, les ventes cartonnent. En parallèle, dans sa retraite du New Hampshire, Salinger écrit. Il publie, en 1953, un recueil de neuf nouvelles écrites depuis 1948, parmi lesquelles sa première vraie réussite, A perfect day for bananafish, sous le titre de Nine Stories (ou For Esme, with love and Squalor dans les autres pays anglo-saxons). Il faudra patienter huit années pour voir un nouveau Salinger en librairie. L’homme est de plus en plus reclus, développe davantage sa misanthropie que sa littérature. On dresse de lui un portrait peu flatteur, de père sévère, de mari peu attentionné (ndlr, Salinger a été marié deux fois et a eu un enfant de chaque union) mais il est surtout un homme paranoïaque et effrayé par ses semblables. Franny and Zooey, son second roman, sort en 1961 et fait la part belle au désenchantement et à l’égocentrisme de la société. Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers (1963) suivra et sera le dernier ouvrage publié par Salinger, tout juste éditera-t-il encore la nouvelle Hapworth 16, 1924, dans le New Yorker du 19 juin 1965. Depuis lors, black out total sur la vie de Salinger. Il vit reclus dans sa propriété de Cornish même si d’aucuns lui prêtèrent, dans les années ’70, l’envie de publier un nouveau roman, rien n’en sera. Probablement est-ce du au fameux procès qui l’opposa à Ian Hamilton, un biographe qui s’attaque à la vie de Salinger. Ce dernier voulut faire empêcher la biographie car elle contenait la reproduction de lettres écrites par Salinger. Le procès tourna à l’avantage de Salinger qui parvint à faire retirer le texte original des lettres de la biographie écrite par Hamilton sur le prononcé d’un jugement qui stipule que quel que soit le possesseur d’une lettre, le contenu appartient toujours à son auteur. Mais, ce procès aura un contrecoup effroyable pour Salinger, de nombreux détails de sa vie privée sont révélés en public…

Personnage excentrique mais bien ancré dans la littérature américaine, Salinger fut sollicité à plusieurs reprises pour que ses œuvres, et notamment L’Attrape-Cœur, soient adapté au cinéma. Il refusera de façon systématique, arguant du fait que la seule fois qu’il autorisa une adaptation - My foolish heart, de Mark Robson, en 1949, tiré de la nouvelle Uncle Wiggily in Connecticut - il fut amèrement déçu du résultat ! Souci du détail, maniaquerie de la description pointue, vision littéraire complexe, ironie et ambiances déprimantes sont les caractéristiques majeures de l’œuvre de Salinger. Aujourd’hui encore, près de soixante ans après sa parution, L’Attrape-Cœur reste une référence en matière de littérature américaine et est un des romans les plus enseignés dans les écoles américaines. Il s’en vend, à l’heure actuelle, toujours quelque 250.000 exemplaire chaque année pour un total cumulé qui franchit la barre des soixante millions de livres vendus, ce qui en fait l’un des romans les plus populaires au monde ! Parfois incompris, peu apprécié de ses collègues auteurs américains, Steinbeck notamment qui le décrivait comme un romancier sans maturité, Jerome David Salinger s’est surtout attaché à dépeindre un monde d’adultes artificiel et indifférent.

Après 47 années de mutisme et d’isolement, JD Salinger est mort le 27 janvier 2010. Il avait 91 ans et était l’un des derniers Géants de la littérature mondiale.

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