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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 10:12

Tommie Smith vend sa médaille d'or des J.O. de Mexico...

tommiesmith.jpgAvec le temps, les idéaux de la jeunesse des années soixante se sont transformés en réalités conformistes et matérialistes. Mai '68 en est un bel exemple ! Que sont devenus la grande majorités des soixante-huitard ? Médecins, dentistes, avocats, politiciens aux poches pleines... dans le "pire" des cas employés avec un plan de retraite pour unique horizon. C'est la vie ma bonne dame, que voulez-vous c'est ainsi; la fougue de la révolte des jeunes années laisse souvent la place au conservatisme lorsque l'on s'installe dans la vie.

Dans son édition de mardi dernier, le quotidien californien San José Mercury rapporte, dans un entrefilet, une info qui m'a peinée : Tommie Smith vend sa médaille en or des Jeux Olympiques de Mexico ! Pourquoi s'attrister me direz-vous ? Parce que, par delà sa valeur sportive, la médaille de Smith a une valeur symbolique, celle de la position des athlètes noirs-américains contre les injustices dont est victime la population noire des Etats-Unis à l'époque.

 

Petit rappel historique du jour où le Black Power s'est invité aux Jeux Olympiques

 

Les Jeux Olympiques de Mexico se sont déroulés, du 12 au 27 octobre 1968, dans un contexte politique international assez tendu. L’année 1968 est ardente aux quatre coins du monde : l’Europe est secouée par le Printemps de Prague et par Mai ‘68 tandis que le Vietnam s’enfonce de plus en plus dans l’horreur et le Sinaï voit s’affronter l’Egypte et Israël dans une guerre d’usure… Un coup d’état installe le parti Baas au pouvoir en Irak, ce sont là les prémisses ce la montée d’un certain Saddam Hussein. En Afrique, suite à un coup d’état au Nigéria, le Biafra connaît un véritable génocide… Les Etats-Unis ne sont pas épargnés par les tumultes de cette année calamiteuse. Non content de s’embourber au Vietnam, l’Oncle Sam voit deux de ses enfants les plus influents se faire assassiner ; Martin Luther King, le 4 avril, et Bob Kennedy, le 5 juin. Par ailleurs, trois étudiants noirs sont assassinés lors d’une manifestation pour les droits civiques, en février, en Caroline du Sud et 39 autres mourront lors d’émeutes liées à l’assassinat de MLK. Si la loi sur les Droits Civiques est votée, le 11 avril 1968 (une semaine après la mort de King), par Lyndon Johnson, le tribut payé par les noirs est lourd… Le 12 octobre, les Jeux Olympiques s’ouvrent donc dans un climat lourd qui est encore renforcé par le Massacre de Tlatelolco, dix jours auparavant, dans lequel plusieurs dizaines d’étudiants mexicains ont été abattus par la police lors d’un rassemblement protestataire. Les J.O. sont sous haute surveillance.

Le 16 octobre 1968, a lieu la finale du 200 mètres. Tommie Smith qui survole la discipline depuis trois ans est le grand favori. Spécialiste de la discipline, il a été chronométré à 37,139 km/h sur le double hectomètre. Un autre concurrent américain est à suivre ; John Wesley Carlos qui s’entraîne avec Smith à l’université de San José et qui l’a même battu en sélection pour les Jeux Olympiques. Carlos ne cache pas ses sympathies pour le Black Panther Party ; Smith pour sa part est davantage concentré sur le sport. Avant les jeux, John Carlos avait d’ailleurs tenté l’organisation du boycott par athlètes noirs américains, sans succès. Mais le Comité Olympique s’inquiète de l’éventuelle politisation de leur événement. A la veille de la compétition mexicaine, Carlos déclare : «Les athlètes noirs d'Amérique ne boycotteront ni ne saboteront pas les jeux mais ils réaffirmeront leur position contre l'injustice envers les noirs».

Malgré une blessure aux adducteurs encourue lors de la demi-finale, Tommie Smith écrase la finale du 200 mètres en 19’’83’’’… Il bat le record du monde tout en perdant quelques dixièmes de secondes car il a coupé son effort bien avant la ligne pour savourer plus encore son succès éclatant. L’Australien Peter Norman termine deuxième et John Carlos complète le podium d’une très belle course.

Lors de la remise des médailles, Tommie Smith et John Carlos montent sur le podium en chaussettes noires et le poing ganté de cuir noir. Alors que retentit l’hymne national américain, les deux athlètes brandissent leur poing ganté vers le ciel… Il s’agit là d’un geste significatif des Black Panthers par lequel Smith et Carlos entendent protester contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis et contre la pauvreté des noirs américains. Tommie Smith porte, en outre, un foulard au cou et John Carlos un collier en référence aux lynchages des Noirs dont les Noirs du Sud ont été très longtemps victimes… En signe de solidarité, Peter Norman porte un badge de l’Olympic Project for Human Rights (OPHR), l’organisme qui avait été créé, par John Carlos entre autres, pour le boycott des Jeux. Le public conspue ce podium tandis qu’Avery Bundage, le Président du CIO, affirme que qu'une protestation concernant la politique intérieure d'un pays n'a pas sa place au sein d'un évènement apolitique tels que le sont les jeux olympiques… Le CIO dépose plainte auprès de la Fédération américaine d’athlétisme et réclame la suspension des deux athlètes. Smith et Carlos sont exclus à vie des Jeux Olympiques par le CIO. Norman n’est pas inquiété pour le port du badge OPHR. Quelques jours plus tard, Lee Evans, Larry James et Ronald Freeman qui réussissent le triplé américain sur le 400 mètres montent sur le podium coiffé d’un béret noir en guise de protestation contre la ségrégation raciale dans leur pays.

Smith et Carlos ont été les symboles sportifs de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis. La médaille d'or remportée par Tommie Smith est teintée de ce symbolisme. Aujourd'hui, 44 ans après cette finale de légende, Smith vend sa médaille aux enchères, il en a fixé la mise à prix à 250.000 dollars ! L'argent prend une fois encore le pas sur les idéaux...


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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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