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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 09:37

La N-VA cartonne toujours en Flandres, mais les autres partis commencent à sortir de leur torpeur pour oser critiquer les nationalistes...

nva-ta-gueule.jpgLe dernier Baromètre de la Libre Belgique, au début du mois, montrait que le parti nationaliste flamand continuait de drainer vers lui les foules. Près 40% d'intentions de vote dans la partie néerlandophone du pays, c'est tout simplement énorme. Mais, les choses commencent à bouger dirait-on. Avec la formation du nouveau gouvernement, les autres partis politiques flamands semblent se rappeler qu'ils ont aussi le droit de tailler un costard à Bart de Wever et à ses amis. En effet, depuis juin 2010, lorsque De Wever triomphait en Flandres aux législatives, il y avait une réelle timidité des politiciens des autres partis flamands. Bart De Wever se présentait en incontournable alors qu'il avait axé sa campagne sur des promesses irréalistes et irréalisables. Fort de cette position que les électeurs lui avait confiée, De Wever s'est enfermé dans le rôle d'un interlocuteur arrogant, restant sur ses positions et défendant ses promesses intenables. Il a bloqué les négociations pendant des semaines en refusant toute forme de compromis afin de ne pas devoir avouer à ses électeurs qu'il était incapable de réaliser ses promesses populistes de campagne. Mais, pendant tout ce temps, les autres partis flamands, CD&V en tête, se sont contentés de dire amen, de regarder les négociations s'enliser sans oser remettre en question la N-VA et son leader. Mais - combien de fois l'ai-je dit ?- faire 17,90% des voix et être le premier parti du pays ne justifie en aucune manière le fait d'être incontournable. Pour l'être, il faut disposer d'une majorité; la Belgique politique repose sur un système à la poportionnelle, pour gouverner il faut dégager une majorité sur base des sièges récoltés. Jamais 17,90% n'ont fait une majorité, loin s'en faut. Bart De Wever n'a jamais été incontournable comme on l'a laissé croire aux Flamands pendant trop longtemps ! En se cachant la tête dans le sable, on n'osant pas contredire l'Ogre De Wever, les autres partis flamands l'ont adoubé dans son rôle de "Roi des Flandres" au risque de renforcer le discours ultra-nationaliste de la N-VA. Finalement, si depuis juin 2010 Bart De Wever n'a cessé de grimper dans les sondages, c'est aussi parce qu'il n'y a eu aucun politicien flamand pour le contredire et que le peuple flamand à cru, faute de contradiction, qu'il avait raison...

Le changement est venu de la presse, de Het Laatste Nieuws plus précisément. Au soir de la Fête de la Communauté flamande, le 11 juillet dernier, Luc Van Der Kelen, un des éditorialiste du premier quotidien belge en termes de tirage, était effrayé de l'image renvoyée par Bart De Wever lors des commémorations de la Bataille des Eperons d'Or(1). Celui-ci était adulé par la foule qui lui courrait après pour avoir un autographe ou pour poser avec lui sur une photo... Une vraie star ! Dans une interview donnée au journal Le Soir(2), Van Der Kelen dénonçait l'idolâtrie autour de Bart De Wever, établissant même un parallèle avec la dictature : "Nous sommes inquiets de voir tous ces gens courrir derrière un seul homme. Le temps des dictatures, où cela arrivait aussi, n'est pas révolu depuis si longtemps", disait-il alors. Cette réaction de Luc Van Der kelen a-telle boosté un tant soit peu les politiciens flamands ? Difficile à dire mais on ne peut que remarquer que quelques jours plus tard, le 22 juillet, le CD&V acceptait enfin de se désaliéner de la N-VA pour entamer des négociations. Cette nouvelle phase allaient déboucher sur les différents accords, certes pas toujours simples à obtenir, que l'on sait et, en définitive, sur la formation d'un Gouvernement, début décembre, après 540 jours de galère...

Par contre, depuis que le gouvernement est formé, on constate une forte dissonance avec le discours tenu pendant les négociations dans les propos des politiciens flamands. Alors que pendant des mois ils ont été timorés voire soumis à De Wever, les voici maintenant qui osent, enfin, remettre le parti nationaliste flamands devant ses contradictions et face à ses actes. Ainsi, Wouter Beke (CD&V) - qui a quand même été le béni-oui-oui de Bart De Wever pendant des mois - a pris la N-VA et son leader à contrepied. Il y a quelques temps, Beke déclarait encore "Si la N-VA n'y va pas, ce n'est pas la peine"(3), le voici qui déclare désormais "Nihil valt absentia" ("L'absence n'apporte rien"), en latin dans le texte comme pour mieux se moquer d'un De Wever qui aime à user de locutions latines dans ses interventions, entendant par là que la N-VA a manqué le train de la réforme de l'Etat, restant sur le quai parce qu'elle n'a rien voulu céder lors des négociations. A ne rien vouloir céder, on finit par ne rien pouvoir espérer pour ses électeurs... la N-VA vient de s'en rendre compte. De son côté, Patrick Dewael (Open VLD) déclarait récemment "Si vous ne pouvez pas faire de compromis, restez chez vous !"(5), laissant aussi clairement entendre que la N-VA était hors course parce qu'elle n'avait pas été à même de faire des compromis. Mais il n'y a pas que dans les médias que les partis flamands fustigent désormais la N-VA. Le 8 décembre dernier, alors qu'il s'exprimaint à la tribune de la Chambre, le Député N-VA Jan Jambon a été interrompu par différents représentants flamands qui ont taxé ses propos de populistes, d'hypocrites voire de mensongers. Patrick Dewael, décidément très remonté, a même rappelé que la N-VA revenait sur ses propos et qu'il y avait "des limites à la décence politique"(6)... Les partis flamands ont mis le temps mais ils s'aperçoivent que, contrairement aux fameux éperons, la parole de la N-VA n'est pas d'or ! Trop longtemps, les partis flamands ont eu peur de se mettre le mastodonte électoral N-VA à dos, c'était sans comprendre que leur mutisme engraissait cette N-VA. Au plus ils se taisaient, au plus la N-VA grimpait dans les sondages faute de contradicteurs. Il était largement de sortir de cette espèce de soumission mais le travail de sape pour éloigner les électeurs flamands qui ont été séduit par les sirènes de la N-VA risque d'être de longue haleine avant les élections communales d'octobre 2012...

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(1) Cette bataille qui eu lieu le 11 juillet 1302 permis aux milices flamandes de chasser les troupes française du roi Philippe IV afin de reprendre la région Flamande... Certains oublient parfois que cette victoire flamande fut acquise avec le renfort de milices armées venant de Namur ! Désormais, le 11 juillet est donc Fête de la Communauté flamande.
(2) "L'idole De Wever nous inquiète", par Olivier Mouton, in Le Soir, 13 juillet 2011
(3) Le CD&V suit la N-VA par crainte du FDF, on RTLinfo, 7 juillet 2011
(4) Le CD&V vote l'accord gouvernemental à la quasi unanimité, in La Libre Belgique, 4 décembre 2011
(5) Le "J'accuse" de Dewael à la N-VA, in Le Soir, 8 décembre 2011
(6) Rififi entre la N-VA et les partis flamands, on levif.be, 8 décembre 2011

EC2012

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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