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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 00:00

Cela fait longtemps que j'ai déserté les ruelles d'Outremeuse à la mi-août...

 

kinzou.jpgCe matin, une connaissance me demandait si j’allais fêter le 15 Août en Outremeuse. Cette fête populaire est l’une des plus grande de l’Euregio, elle réunit plus de 100.000 personnes dans les rues de ce quartier de Liège que ses habitants ont baptisé Dju d’là (par delà) car il est situé de l’autre côté de la Meuse par rapport au centre-ville… Outremeuse fête donc, du 14 au 16 août, Marie dans un mélange de procession religieuse, de folklore local et de libations exacerbées le tout réunit sous le label Fête du 15 Août, souvent abrégé en 15 Août et prononcé Kinzou.

Lorsque j’étais adolescent et jeune adulte, j’avouais un faible pour ces trois jours de fête et leur ambiance de kermesse où s’entrecroisaient odeurs de friteries, de beignets, de barbes à papa au son des aubades ou des musiques sud-américaines. On pouvait aussi découvrir, à l’occasion du Kinzou, quelques boissons exotiques que l’on ne trouvait guère alors à d’autres moments comme la cachaça ou le ratafia et que l’on dégustait avec plaisir et modération. On y croisait une faune variée faite de gens du coin, de Liégeois qui venaient de tous les quartiers pour faire la fête mais aussi d’étrangers qui avaient eu vent de l’ambiance et n’hésitaient pas à faire quelques centaines de bornes pour s’y plonger.

Le Kinzou en Outremeuse, c’était aussi l’occasion de s’adonner aux plaisirs gustatifs de la gastronomie liégeoise ; bouquette, fricassée, sirop, bière et Peket évidemment. Malheureusement, au fil des années, il s’en est trouvé de plus en plus pour abuser de ces deux dernières spécialités. Alors, chaque année un peu plus, le spectacle du Kinzou est devenu navrant. Dans les rues d’Outremeuse, comme souvent ailleurs, désormais on dirait que l’on ne sait plus s’amuser que lorsque le taux d’alcool excède largement le raisonnable. Oui, il est devenu, depuis quelques années, impossible de se balader en Outremeuse, entre le 14 et le 16 août, sans constater la nouvelle décoration urbaines de ces pourtant si jolies ruelles ; des corps, amas sans vraies formes que seul un souffle de vie entretient encore un peu, imbibés d’alcool et recouvert d’une substance dont la vue n’a de pire ennemi que la seule odeur putride qui s’en dégage. C’est pitoyable ! Il est pourtant possible de s’amuser, de goûter aux breuvages alcoolisés, sans sombrer dans le noir éthylique. Et bien, pour une grande frange de gens qui font le Kinzou, il semble que non… Boire, boire, et boire encore semble être le leitmotiv de cette lie outre-mosane en ces jours de fête.

Mais leurs libations les plus sombres ne sont pas uniquement conclues dans le grand noir, non il reste des buveurs qui conservent une once de lucidité, si mince soit-elle, afin de tenir debout voire de reprendre leur voiture au mépris du danger qu'ils représentent. C’est à un autre souci que ceux-là doivent faire face. Tout cet alcool, il faut bien l’évacuer. Alors, en plus de suceurs de macadam imbibés, on peut croiser au Kinzou, des pisseurs fous qui développent une technique différente pour libérer leur vessie du trop-plein de gnole qui la compresse.

Il y d’abord le classique, celui qui cherche un petit coin discret, sombre et suffisamment éloigné du regard des passants soit par respect soit par timidité. Ne nous attardons pas sur lui, laissons-le uriner en paix.

Mais il y a aussi le sans-gêne, celui qui sort son engin au vu de tous sans se soucier de la présence éventuelle de personne que cela pourrait offusquer. Cela fait rire les potes de beuverie, parfois rêver les filles si elles ne sont pas trop regardante à l’hygiène mais, dans l’ensemble, cela reste un attentat à la pudeur. Jamais je n’ai vu autant de queues que dans les rues d’Outremeuse lors du Kinzou… Mais que fait la police ? Rien, elle regarde en riant ou elle s’en va pisser dans un autre coin.

Il y a celui qui, contre un mur, écarte les jambes au maximum. Il est à deux doigts du grand-écart, on dirait Jean-Claude Van Damme qui essaie de ne pas souiller ses pompes avec les dernières gouttes d’un pipi trop acide fait de moult litres de bières.

On peut aussi rencontrer parmi ces dignes représentants de la race humaine celui qui tente de battre le record du monde du pipi le plus haut ou celui qui pisse dans les endroits les plus inappropriés comme les boites aux lettres, les poubelles ou sur les voitures.

Enfin, comment ne pas faire allusion à celui qui se retient au fil des Jupiler et qui, finalement, ne peut plus éviter l’ouverture des vannes urinaires. Parfois, il peut encore la retarder un moment, le temps de dire à ses potes : «Attendez-moi, j’en ai pour deux minutes» et il s’en va pisser pendant un quart d’heure ; parfois il ne peut même plus retarder cette fameuse ouverture… avec les dégâts que je vous laisse imaginer.

Et pourtant ce ne sont pas les cabines de toilettes publiques qui manquent en Outremeuse, mais il faut croire que seule la gent féminine a compris l’utilité de cette facilité sanitaire. Le mâle, le vrai, lui préfère pisser dans la nature. Que voulez-vous, un vieux reste du règne animal, il marque son territoire !

Voila donc ce qu’est devenu le Kinzou ces dernières années. Oh, il ne s’agit pas d’un cas isolé, c’est l’apanage de biens des fêtes populaires ou la population, justement, confond amusement et libations excessives. Pour répondre à la question à l'origine de cette chronique, je n’irai pas au Kinzou, comme je n’y vais plus depuis une dizaine d’années, car j’aurais la chance d’être, à ce moment là, en France dans une petite ville sur la façade atlantique, à visiter un musée ou à savourer, sur une terrasse baignée de soleil, un Bourgueil sympathique ou un Muscadet bien frais…


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Published by Olivier Moch - dans Le monde est fou !
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commentaires

Jojoba 08/08/2010 08:23


C'est vrai que le 15 aout est devenu une beuverie géante avec des gamins de plus en plus jeunes qui ne savent pas s'amuser sans se bourrer la gueule.