Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 13:07

Série de l'été - 1978, l'adaptation pop/rock d'un roman de Camus...

 

serieete03---the-cure.jpgIl est des titres de chansons qui ne passeraient plus aujourd’hui à notre époque policée et trop politiquement correcte. Le premier single du groupe anglais The Cure fait assurément partie de ceux-là !

1976, le mouvement punk bat son plein à Londres tandis qu’un groupe de légende, Dire Straits, sort son premier album. The Police, Joy Division, Siouxie & the Banshees et The Stranglers posent les bases de ce qui va devenir la new wave. Easy Cure, fondé à Crawley par Robert Smith (chant et guitare), Michael Dempsey (basse) et Lol Tolhurst (batterie) s’engouffre dans cette brèche. Après avoir tourné dans les bars du Sussex où il a vu le jour, le trio monte à Londres et se rebaptise The Cure. Dans la capitale anglaise, le groupe est rapidement remarqué par Chris Parry qui est Directeur artistique chez Polydor mais qui ne rêve que de fonder son propre label. Les deux parties peuvent y trouver leur compte et c’est donc avec The Cure que Parry fonde Fiction Records qui va se spécialiser dans la production de groupes new wave.

Le tout premier single mis en boite dans les studios de Fiction est donc cette fameuse chanson Killing an Arab (littéralement Tuer un Arabe) qui est donc aussi le premier disque et le premier succès de Cure. La chanson est enregistrée en décembre 1978 et le 45 tours sort en février 1979 (avec 10 :15 Saturday night en face B). Afin de prévenir toute forme de censure car les paroles évoquent l’assassinat d’un Arabe sur une plage baignée de soleil, Robert Smith qui l’a écrite prévient lors d’une conférence de presse que cette chanson est une licence poétique qui résume les moments clés du roman L’Etranger d’Albert Camus. Par mesure de sécurité, le disque est adressé à tous les médias anglais avec un exemplaire de l’œuvre de Camus.

A l’aube des années ’80, la chanson passe bien et est diffusée sans souci sur les radios londonienne d’abord, de toute l’Angleterre ensuite et d’Europe enfin. The Cure se positionne sur la scène new wave et l’album Three imaginary boys (rebaptisé Boys don’t cry lors de sa réédition pour le marché américain) qui sort en mai 1979 est bien accueilli. Un critique écrira même : «The eighties starts here»… «Les années ’80 commençent ici !» pour signifier qu’avec cet album de Cure, on tournait une page musicale et on entrait de plain pied dans la décennie suivante. Jusqu’en 1996, the Cure va faire partie du paysage rock et pop anglais. Souvent classé dans la catégorie rock gothique, The Cure est plutôt un groupe sans étiquette précise qui a balayé, tout au long de sa carrière, divers courant du rock. Post-punk, pop-rock, new wave, rock psychédélique et même cold wave, le tout mâtiné de jazz, de rythm’n blues et de résonnances hispaniques, autant de courants explorés par la bande à Robert Smith.

Durant toute sa carrière, The Cure jouera ses titres phares comme Boys don’t cry, Close to me, In between days… et, bien entendu, Killing an Arab. En 1994, des tensions naissent et Lol Tolhurst attaque meme les autres members du groupe en justice pour une sombre histoire de royalties. Le ressort est cassé et, après l’album Wild moods swings, sorti en mai 1996, le groupe s’offre un break de plusieurs années. Il se retrouve à l’aube du 21è siècle, sort un nouvel album et repart en tournée. Chris Cooper à remplacé Tolhurst et The Cure entend bien surfer sur ses classiques… Mais un changement fondamental a eu lieu, l’heure est au politiquement correct ! La chanson Killing an Arab heurte désormais la bienséance… A un point tel que lors d’une tournée, en 2005, Smith est obligé de rebaptiser sa chanson Kissing an Arab !!! Ensuite, elle fut réorchestrée sous le titre plus «correct» Killing Another. Et comme souvent lorsque l’on pense faire mieux on fait pire, l’attention donnée, dans les années 2000, au titre de cette chanson qui, pendant 16 ans n’avait pourtant gêné personne, a donné l’idée à un parti d’extrême droite anglais d’en faire son hymne. En réaction, Robert Smith a répété plusieurs fois que le titre et les paroles de Killing an Arab seraient modifiés…


Killing an Arab

Standing on the beach
With a gun in my hand
Staring at the sea
Staring at the sand
Staring down the barrel
At the arab on the ground
I can see his open mouth
But I hear no sound

I'm alive
I'm dead
I'm the stranger
Killing an arab

I can turn
And walk away
Or I can fire the gun
Staring at the sky
Staring at the sun
Whichever I chose
It amounts to the same
Absolutely nothing

I'm alive
I'm dead
I'm the stranger
Killing an arab

I feel the steel butt jump
Smooth in my hand
Staring at the sea
Staring at the sand
Staring at myself
Reflected in the eyes
Of the dead man on the beach
The dead man on the beach

I'm alive
I'm dead
I'm the stranger
Killing an arab

Oh Meursault

Traduction :

Debout sur la plage
Un pistolet à la main
Je fixe la mer
Je fixe le sable
Je fixe le canon
Sur l'Arabe à terre
Je vois sa bouche ouverte
Mais je n'entends aucun son

Je suis en vie
Je suis mort
Je suis l'étranger
Qui a tué un arabe

Je peux me retourner
Et m'en aller
Ou je peux tirer avec le pistolet
Je fixe le ciel
Je fixe le soleil
Quoi que je choisisse
Cela revient au même
Absolument rien

Je suis en vie
Je suis mort
Je suis l'étranger
Qui a tué un arabe

Je sens le sursaut de la crosse d'acier
Lisse dans ma main
Je fixe la mer
Je fixe le sable
Je me regarde fixement
Dans le reflet des yeux
De l'homme mort sur la plage
L'homme mort sur la plage

Je suis en vie
Je suis mort
Je suis l'étranger
Qui a tué un arabe

Oh, Meursault(1)

-----
(1) Meursault est le nom du personnage principal du roman L’Etranger, d’Albert Camus

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans A découvrir
commenter cet article

commentaires