Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 10:29

Renaud a été le témoin d’une époque décevante, il est aussi celui de mes sentiments…

 

renaud.jpgL’on me demandait, il y a peu, qui était le plus grands de tous les artistes de la chanson française. Bien sûr mon esprit vagabonda sur plusieurs noms : Brel, Gainsbourg, la môme Piaf, Barbara… voire encore Brassens ou Lavilliers. Mais le tout premier nom qui m’est venu en mémoire lorsqu’il s’est agi d’associer la chanson française et son plus grand représentant est celui de Renaud ! Je le concède volontiers j’ai grandi avec Renaud du HLM à la Pèche à la Ligne, toute mon adolescence a été bercée des paroles de ses chansons ; Manu, Angelo, Slimane et Gérard Lambert comptaient parmi mes potes les plus fidèles. Renaud plus qu’un simple chanteur est, avant tout, un témoin de son époque. Du courant de révolte de mai ’68 à la détention arbitraire d’Ingrid Betancourt, il évoque au fil de ses textes l’actualité d’une société en pleine décadence qui survit à la limite de ses ressources et que ce putain d’Homme chaque jour assassine… A travers les yeux d’un ados immigré de la deuxième génération qui vit à la Courneuve, Renaud évoque, déjà en 1983, le problème des banlieues tout comme il aborde la sale guerre du golfe, développe son antimilitarisme avoué, rapporte un braquage qui se termine dans le sang, narre le désabusement de la jeunesse, constate la médiocrité humaine ou se désespère de la politique d’une gauche qu’il soutient pourtant toujours… avec des mots percutants mais souvent empreints d’une poésie indéniable. Car poète, le Titi Parisien l’est assurément ! Ces chansons intimistes, qui touchent tantôt ses proches tantôt des personnalités qu’il apprécie, sont autant de morceaux de poèmes puisés au fond de ses tripes, mots qu’ils couchent sur le papier écrits à l’encre de ses veines…

Oui, sans hésiter, pour ce subtil mélange de révolte, de tendresse et d’engagement ; pour cette histoire personnelle qui est la sienne, qui lui assure un vécu qu’il peut traduire dans ses textes et que les chanteurs préfabriqués des émissions de variétés de la télé-réalimerde ne pourront jamais avoir ; pour cette émotion qui l’envahit et que l’on peut ressentir dès qu’il prend un micro face à une caméra… oui, pour toutes ses raison, à mes yeux Renaud est le plus grand chanteur qu’ait enfanté la chanson française !

Pourquoi, dès que j’ai pu appréhender la portée de ses textes, ai-je été séduit par Renaud ? Probablement parce que je me retrouve assez dans plusieurs des positions qu’il a défendues au fil de ses albums. Peut-être aussi parce que, à son image, je suis déçu d’avoir été… déçu par certains de mes idéaux ! Je ne dirais pas que j'ai plus d'amour, plus d' plaisir, plus de haine, plus d' désirs, plus rien… ce serait aller trop loin mais assurément je suis fatigué d'espérer et fatigué de croire à ces idées brandies comme des étendards et pour lesquelles tant d'hommes ont connu l'abattoir. Alors en limitant mon entourage, je m’isole de toute contrainte qui me déplait. Pour vivre heureux, je vis caché au fond de mon bistrot peinard, dans la lumière tamisée, loin de ce monde de bavards.

Au plus les grains s’écoulent dans le sablier de ma vie au plus l’humanité me désole. Quelques vieux malades, imbéciles et grabataires se partagent l'univers tandis que nous petites gens du peuple n’avons que le droit de nous taire et d’accepter… Accepter un monde où, quoi qu’on en dise, la religion la plus puissante est celle du Dieu Pognon. Un monde de nantis où le fric autorise à se croire à l’abri et de la cour d’assise et de notre mépris. Car heureusement il me reste un vieux fond de haine anarchiste remontée à la surface, réminiscence de cette adolescence baignée des écrits de Bakounine, de Francisco Ferrer, de Ravachol, de Quico Sabate, de Léo Ferré et de Renaud… Oui, je suis content de l’avoir retrouvé ce vieux fond de haine ! Mais quand ces grabataires imbéciles feront péter la planète moi, j'aurais l'air malin avec ma bicyclette, mon pantalon trop court, mes bouquins de Desproges, mon amour, mes chats et mon t-shirt du Che. Hasta la victoria siempre ! Même à ça je ne crois plus, mon vieil Ernesto… Fini de croire en un monde plus juste, c’est impossible il est définitivement inique et cynique. Trop de grabataires nantis ont intérêt à ce qu’il perdure ainsi ! Fini de croire que les plus p'tits pouvaient s' débattre sans être les plus morts. Longtemps j’ai eu envie de hurler Tuez vos dieux à tout jamais car, quelle qu’elle soit, sous aucune croix l'amour ne se plaît. Cette envie s’était mise en veilleuse mais, attisée par le vent de ma révolte, je la sens lentement se raviver… Tuez vous idoles, plus que jamais !

Faut plus compter sur moi pour m’entourer de gens que je n’apprécie pas ! Plus question de faire l’effort de supporter des gens qui m’indisposent, dont le discours est emplit de haine déguisée et de paroles vaniteuses. Je suis fatigué du mensonge et de la vérité que je croyais si belle, que je voulais aimer et qui est si cruelle que je m'y suis brûlé. Dans la bouche de ceux qui nous dirigent – pas seulement les politiques – le mensonge et la vérité se confondent de plus en plus souvent. Alors je trie, je sélectionne pour ne garder autour de moi que des gens qui en valent la peine. Bon ça ne fait pas beaucoup de monde alors, pour m'sentir appartenir un peuple à une patrie, moi aussi j' me suis inventé des frangins, des amis qui crèvent aussi…Tous les matins quand je me lève, je me dis que c'est quand même un peu galère d'aller chaque jour au chagrin… L’autoradio me crache au visage les drames de la veille et la route est livrée aux cons motorisés. Alors j’ai envie de chialer… J'ai la vie qui m' pique les yeux, j'ai mon p'tit cœur qu'est tout bleu. Dans ma tête j' crois bien qu'il pleut, pas beaucoup, mais un p'tit peu. Puis je pense à toi, mon amour, qui parvient au prix de maints efforts à entretenir la flamme de ma vie… Tu me parles de Paris, de Barcelone ou Londres et je souris en me disant qu’il y encore bien des choses à voir en ce bas-monde avant qu’il n’implose emporté par bien plus de gris que de rose.

Partons, partons nous oxygéner quelques jours à Londres ou à Paris, sur les traces de Renaud, où l’on ne connait personne et où personne ne nous connait. Paris qui me ramène encore à Renaud qui en parlait avec tant de poésie… Chante, Rouge-gorge le Temps des Cerises. Savigny-sur-Orge paraîtra moins grise. Chante aussi Paname que les assassins ont livré aux flammes sans brûler leurs mains. Chante la mémoire que Doisneau préserve de Paris, le soir d'avant qu'elle crève. Chante la bâtarde, Paris-la-soumise que Doisneau regarde et qui agonise.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans Humeurs
commenter cet article

commentaires