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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 13:03

Liège panse ses plaies, elles sont douloureuses mais il faut reprendre le cours normal de la vie ne fut-ce qu'en mémoire des victimes et des acteurs de terrain qui ont sauvé des vies...

luttich.jpgOn se croit à l'abri, on se dit que ce genre de scénario ne peut pas se produire dans un petit pays sommes toutes plutôt tranquille - si l'on excepte le contexte politique surréaliste - et dans une ville plutôt connue pour sa jovialité et son sens de la fête. Mais c'est oublier que l'Europe n'est pas épargnée par les tueurs de masse, ces furieux qui assassinent plusieurs personnes lors d'un même carnage. Rappelons-nous l'île d'Utoya, en Norvège, en juillet dernier; c'est encore frais dans toutes les mémoires. Le collège de Winenden, en Allemagne, a aussi été confronté à ce phénomène voici quelques années, tout comme celui que Kauhajoki, en Finlande, ou celui d'Erfurt, également en Allemagne. En 2002, Richard Durn ouvrait le feu à Nanterre, dans l'Hôtel de Ville en pleine séance du Conseil Municipal, faisant huit morts et une vingtaine de blessés. On pourrait encore évoquer Solliès-Pont, Zoug ou Tuusula sans en avoir fait le tour... Non, la vieille Europe n'est finalement pas en reste dans ce domaine qui n'est pas typiquement étasunien. La Belgique n'a pas été épargnée, puisque, en mai 2006, un crétin de skinhead anversois tirait dans la foule avec un fusil qu'il venait d'acheter faisant deux morts. Non, on n'est pas à l'abri, la folie et la connerie humaine se déploient partout sans conditions géographiques... sans condition tout court ! L'expérience que l'on peut avoir en matière de tueurs de masse rappelle que, très souvent, cette folie meurtrière se conclut par un suicide. C'est l'histoire d'un Homme qui veut en finir avec lui-même et qui entend partir en laissant sa trace dans l'Histoire au mépris de la vie d'innocents.

Au surlendemain du drame humain qui s'est joué sur la Place Saint-Lambert, Liège commence à panser ses plaies. Les hôpitaux se vident des victimes les moins atteintes qui, même si elles peuvent rentrer chez elles, devront être suivies psychologiquement. Il ne reste que peu de stigmates sur la place où les bus circulent à nouveau; seules les carcasses métalliques des abribus et quelques barrières garnies de fleurs rappellent les faits. Le Marché de Noël a rouvert ses portes pour tenter de rendre à la Cité Ardente son ambiance de fête habituelle à cette période de l'année. Il faut vivre, continuer à avancer, sans oublier, mais en y pensant pas trop. Refuser de reprendre une vie normale, de faire ses achats de Noël ou d'aller prendre un verre après le boulot c'est dire à Amrani qu'il a gagné, qu'il a réussi sa sortie. C'est aussi faire abstraction du travail remarquable des urgentistes, des infirmiers, de tous les secouristes et des policiers sur le terrain. Ils ont travaillé dans des conditions difficiles, souvent renforcées par des rumeurs et des informations de mauvais aloi qui ont généré la peur. Tous ces gens ont fait un boulot remarquable pour limiter les dégats, c'est à souligner. Tout comme est à mettre en exergue l'élan de solidarité qui s'est mis en place autour du chantier des premiers secours et des postes médicaux avancés (PMA)... Nombreux ont été les citoyens à prêter main forte, à aider comme ils le pouvaient, à réconforter les blessés ! Pour tous ces gens aussi, il faut repartir de l'avant et continuer non pas comme si de rien n'était mais bien comme si c'était un accident banal. Car si l'on surdramatise, si l'on surmédiatise - comme c'est le cas à Liège - le fou-furieux qui a tiré dans la foule, on lui donne de l'importance et, même, on court le risque d'influencer d'autres fous-furieux qui se disent qu'ils auront là un moyen d'exister... Imaginait-on, en 1966, lorsque Richard Whitman arrosa la foule estudiantine sur le campus de l'Université du Texas, faisant 18 morts, qu'il engendrerait une centaine d'émules(1) dans le demi-siècle qui allait suivre ? Non ! Mais son acte a été surmédiatisé comme l'ont été tous ceux de ses successeurs. On en a fait des sujets d'information répétitive, on en a fait des films, on en a presque fait des héros...

Par essence, un tueur de masse c'est quelqu'un d'imprévisible, c'est une sorte de bombe à retardement planquée dans un coin insoupçonné dont on ne sait pas quand elle va exploser ni quels dégâts elle peut faire. Le phénomène reste rare mais il ne faut pas l'exceptionnaliser... Par contre, s'il y a une chose dont on est pas à l'abri, c'est de la bêtise humaine qui encadre ce genre d'événements. Combien de remarques racistes ont été proférées sur les forums des médias(2) et sur Facebook à propos du tueur de la Place Saint-Lambert. Comment peut-on réduire l'acte isolé d'un désaxé à un geste raciste ? C'est tellement plus commode de dire et d'écrire que le tueur n'était pas belge, d'insister sur ses origines et d'assimiler Arabe, musulman et assassin. Certains commentaires que j'ai pu lire sur Facebook franchissaient le seuil de l'intolérable et mériteraient d'être relevés afin de poursuivre leurs auteurs en justice. Amrani était avant tout un tueur, il faut le placer par-dessus les questions de races ou de religion car rien n'autorise à croire que son acte avait vocation raciste ou terroriste, je n'en veux pour preuve qu'il y a de nombreuses victimes d'origine étrangère - des arabes notamment - tombées sous ses balles et ses éclats de grenade. C'est bizarre mais il n'y eut que peu de commentaires, si ma mémoire est bonne, pour fustiger les crimes ouvertement racistes d'Hans Van Themsche, à Anvers en 2006. Mais voila, Van Themsche est blanc-bleu-belge...

Hier soir vers 19h30, en redescendant du boulot à pied après une journée très chargée je suis repassé par la Place Saint-Lambert. Elle s'était drapée de dignité, des barrières nadar avaient été dressées près des abribus, des fleurs et des petits mots y avaient été accrochés. A ma gauche, le Gouverneur intervient en direct à la télévision, il répond aux question d'une journaliste de la RTBF... Je passe près des barrières devant lesquelles se recueillent plusieurs personnes, quelques-uns prient... et à quelques mètres deux pochtrons rotent leurs canettes de Carat Pils. C'est une des images qui me restera de ces tragiques événements qui se sont déroulés à quelques pas de ma porte. C'est sûr, pour ces deux amateurs de mauvaise bière, la vie normale a repris son cours !

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(1) 113 cas ces vingt dernières années rapporte Le Vif/L'Express => Nordine Amrani : ces tueurs silencieux parmi nous, par Thierry Denoël, on www.levif.be, 14 décembre 2011
(2)  je vous renvoie par ailleurs à cet article à propos des commentaires sur les sites internets de médias => Les médias sociaux au secours de la qualité du débat sur le site du New York Times

NB : merci à ma tendre moitié qui m'a soufflé le titre de cet article, inspiré d'une magnifique chanson de Jacques Brel.

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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commentaires

Clovis Simard 24/07/2012 23:13

voir mon blog(fermaton.over-blog.com)No.21- THÉORÈME CALIGULA