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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 09:00

La Wallonie à gauche, la Flandre nationaliste… Mais qui pour diriger le pays ?

 

I3Les sondages pré-élections en Belgique sont, finalement, souvent assez justes. Ils prédisaient une victoire du PS au sud du Pays et un raz-de-marée de la N-VA au nord, c’est ce qui s’est produit. Au lendemain de ces législatives anticipées, la Belgique est coupée en deux, plus seulement par une frontière linguistique mais aussi par une frontière politique ; la Wallonie est clairement à gauche, la Flandre tout aussi franchement à droite, pas tout à fait à l’extrême droite mais pas très loin !

Deux hommes sont les grands vainqueurs des élections d’hier, Elio di Rupo (qui n’a jamais été aussi près d’être Premier Ministre) et Bart de Wever dont le discours confédéraliste à séduit. S’il y a des vainqueurs, il faut aussi forcément des perdants. Le CD&V, amputé de la N-VA (pour rappel, les deux partis étaient en cartel en 2007) a laissé 13 sièges à la Chambre et 5 au Sénat dans la bagarre, la Vlaams Belang (extrémistes flamand) s’est vu retiré sept sièges (5 à la Chambre et 2 au Sénat), probablement au profit de la N-VA, l’Open VLD, à qui l’ont doit ces élections anticipées, s’est aussi vautré et perd cinq fauteuils à la Chambre et un au Sénat tandis que du côté francophone c’est le Mouvement Réformateur (MR) qui subit l’ire des électeurs. Cinq Députés et deux Sénateur en moins siégeront sous la bannière libérale wallonne… Un nouveau camouflet d’envergure pour Didier Reynders qui, décidément, foire vraiment tout ce qu’il entreprend depuis qu’il est Président du MR ! Comme je l’écrivais, voici un an quasiment jour pour jour, il serait temps que l’homme se lance dans une introspection salutaire pour son parti (Allez Didier, fais tes valises).

Quelles alliances possibles ?

Le Roi à évidemment commencé à recevoir les Présidents de partis. Il devra, rapidement on l’espère désigné un informateur dont le rôle sera de collecter les informations auprès des différents partis quant à leurs points de vue et souhaits concernant la formation d'un nouveau gouvernement. Il devra vérifier aussi comment une majorité peut être dégagée et avec quels partis avant de présenter un rapport détaillé au Roi qui désignera ensuite un formateur pour mettre en place le nouveau gouvernement. Enfin ça, c’est la théorie… Les législatives précédentes nous ont rappelé qu’il y a parfois loin de la théorie à la pratique !

Faisons un point sur les nouvelles forces en présence. Nous évoquerons surtout la Chambre des Députés puisque c’est elle qui dégagera le futur gouvernement belge :

1. N-VA : 27 sièges
2. PS : 26 sièges
3. MR : 18 sièges
4. CD&V : 17 sièges
5. SPa : 13 sièges
6. Open VLD : 13 sièges
7. Vlaams Belang : 12 sièges
8. CDH : 9 sièges
9. ECOLO : 8 sièges
10. Groen : 5 sièges
11. LDD : 1 siège
12. PP : 1 siège

N-VA et PS sont au coude à coude mais, par le jeu des familles politiques, la N-VA n’ayant pas de parti frère en Wallonie, les Socialistes deviennent largement la première famille politique belge.

1. Famille Socialiste : PS : 26 + Spa : 13 = 39 sièges
2. Famille libérale : MR : 18 + Open VLD : 13 = 31 sièges
3. N-VA : 27 sièges
4. Famille chrétienne : CD&V : 17 + CDH : 9 = 26 sièges
5. Famille écologiste : ECOLO : 8 + Groen : 5 = 13 sièges
6. Vlaams Belang : 12 sièges
7. LDD : 1 siège
8. PP : 1 siège

Il est assurément un peu tôt pour dire quelle coalition gouvernera demain la Belgique. J’entends beaucoup dire que les seules certitudes sont le PS et la N-VA sont incontournables… Ce n’est pas tout à fait vrai. Pour diriger, il faudra composer une majorité avec, au moins 76 sièges puisque l’hémicycle compte 150 fauteuils. Ensemble, les familles socialiste, écologiste et libérale (83 sièges au total) pourraient donc diriger le pays faisant fi de la N-VA. Selon le même raisonnement, l’on pourrait aussi envisager une tripartite socialistes, chrétiens et écologistes (78 sièges) même si la majorité serait vraiment étriquée.

Mais ce serait dénier la victoire de la N-VA disent certains… La N-VA a effectivement fait le meilleur score et remporté, de façon intrinsèque, le plus grand nombre de sièges. Mais n’oublions pas que nous sommes dans une démocratie parlementaire, c'est-à-dire que la population élit ses représentants et que ce sont ces représentants qui organisent le jeu politique. La N-VA réussit un score important de 17,60% des voix à la Chambre et de 19,90% au Sénat. Cela signifie aussi clairement que, sur l’ensemble du pays, 82,40% des Belges n’ont pas voté N-VA à la Chambre et que 80,10% des Belges n’ont pas voté N-VA au Sénat. Dire que la N-VA est incontournable dans le prochain gouvernement est erroné ! En politique comme dans le sport, ce n’est pas forcément le plus fort qui gagne le match ou qui remporte la course ! Et puis, gardons en mémoire l’exemple d’Yves Leterme et du CD&V qui était les vainqueurs du scrutin fédéral précédent, en 2007, et que l’on hurlait incontournable. On a vu ce qu’il en est advenu. Jamais Leterme n’a su diriger le pays et la comédie politique a duré trois ans avant que le gouvernement ne chute pour la énième fois et que le tout ne débouche sur les élections anticipées d’hier…

Le parti séparatiste – ne nous voilons pas la face, c’est bien là l’ambition finale de la N-VA - de Bart de Wever n’est pas incontournable. En fait, aucun parti ne l’est réellement car on pourrait même voir une coalition sans la famille socialiste pourtant première puissance du pays… Si la N-VA, les Libéraux et les Chrétiens s’associaient, ils disposeraient, avec 84 sièges, d’une majorité aisée… Mais, une double réalité penche sérieusement en faveur du PS et de la N-VA ; la réalité des gouvernements régionaux. L’an passé, les régions belges élisaient leur parlement. En Flandre, on mettait en place une coalition CD&V-N-VA-Spa ; en Wallonie c’était le fameux Olivier PS-ECOLO-CDH qui prenait les rênes. Pour des questions de facilité, d’autant plus que les chiffres du scrutin d’hier le permettent, on pourrait imaginer les mêmes majorités au gouvernement fédéral. Une majorité PS-CDH-ECOLO et Spa-N-VA-CD&V – 100 sièges au total, soit 2/3 de l’hémicycle - est tout à fait envisageable et crédible. Oui, dégager les mêmes majorités aux Régions et au Fédéral pourrait en tenter plus d’un afin de tenter de simplifier les relations entre niveaux de pouvoir… Surtout si une redistribution de certaines cartes – entendez une réforme de l’état – est en jeu !

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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