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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 09:12

Dodi Al-Fayed a décidé de céder Harrods, c'est une page de l'Histoire de ce haut-lieu londonien qui se tourne...

 

harrods.jpgLorsqu’il a racheté, en 1985, la société House of Fraser qui contrôlait le grand magasin Harrods de Londres (ainsi que sa filiale de Buenos Aires), Mohamed Al-Fayed s’était engagé à perpétuer la tradition de haut de gamme associée au nom. Il l’a fait ! Mieux encore, il a réussi à assurer la pérennité d’une entreprise qui, dans les années septante, avait du mal à se maintenir. Depuis un quart de siècle, Harrods est intimement lié à la famille Al-Fayed mais aujourd’hui, le milliardaire égyptien a décidé de se séparer de ce joyau de la vie londonienne… C’est un holding qatari proche de la famille royale du Qatar qui a racheté Harrods Holding et qui va, désormais, présidée à la destinée de ce lieu exceptionnel.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit ! Harrods est forcément associé à Londres, il est même l’un des monuments les plus courus de la capitale anglaise, par les touristes certes, mais aussi par les Londoniens qui y font une partie de leurs achats.

La grande aventure Harrods a débuté au milieu du 19è siècle lorsque Charles Henry Harrod, épicier de son état, rachète un fond de commerce, sur Brompton Road au sud de Hyde park. Harrod mise énormément sur l’Exposition Universelle de 1851 qui aura lieu à Londres et notamment dans et autour de Hyde Park. Dans cette optique, alors que l’Angleterre Victorienne en est à ses balbutiements, le quartier semi-rural de Knightsbridge doit être développé. Harrod ouvre donc son épicerie en 1849 et, comme escompté, l’Expo Universelle favorise le développement du magasin. Lorsqu’en 1861 Charles Henry Harrod cède le commerce à son fils, Charles Digby, il est devenu une petite entreprise florissante. En 1883, Harrods emploie 200 personnes et tourne à plein régime, mais un incendie détruit complètement le magasin… Charles Digby Harrod va réussir un tour de force incroyable malgré ce coup du sort. En effet, il parvient, en activant divers leviers et en sous-traitant des commandes à honorer toutes ses commandes en cours. Moins d’un an après l’incendie, Harrods est reconstruit, plus grand et plus luxueux et l’appellation, eu égard au coup de maître réalisé par son propriétaire, Harrods est désormais synonyme de qualité et de fiabilité. Lorsqu’il cède Harrods à Alfred J. Newton, en 1989, Charles Digby Harrod en a fait un haut-lieu de Londres, une place incontournable dont la devise est Omnia Ubique omnibus, Tout, partout et pour tous !

Jusqu’à l’aube des années soixante, Harrods change régulièrement de main mais conserve - c’est une condition sine qua non au rachat – son standing. Le magasin développe même une image certaine du luxe à l’anglaise. En 1959, Harrods passe dans le giron de l’homme d’affaires écossais Hugh Fraser qui profite des cette époque économique dorée dite des Trente Glorieuses pour renforcer la stabilité du grand magasin tant à Londres qu’au niveau international. C’est que désormais, Harrods compte des clients partout dans le monde, des clients qui sont livrés, où qu’ils soient, dans des délais extrêmement rapides. On achète chez Harrods depuis la France, le Canada, les Etats-Unis, l’Australie et l’Amérique du Sud…

Une période de déliquescence


Mais aux Trente Glorieuses succède le choc pétrolier et la crise économique. Harrods fait face comme il peut, renforçant alors son image élitiste et de luxe pour toucher uniquement une clientèle aisée. A la crise s’ajoute le conflit latent qui oppose le gouvernement anglais aux indépendantistes irlandais de l’IRA qui entretiennent une lutte armée contre la présence britannique en Irlande du Nord. Dans ce combat, Harrods, symbole de la réussite anglaise, est une cible privilégiée. Un attentat à la bombe est déjoué en août 1973 mais un autre est réussi, le 22 décembre 1974, en pleine effervescence de Noël. Une bombe dévaste le troisième étage mais ne fait, heureusement, qu’un seul blessé. Cependant, la frayeur s’est installée et cela se ressent sur la fréquentation du magasin.

En parallèle, Hugh Fraser est dépassé par ses vieux démons du jeu et, en 1976, il perd une grande partie des parts d’Harrods sur une table de jeu. Harrods connaîtra son jour le plus noir le 17 décembre 1983, encore en période de Noël, lorsqu’un activiste de l’IRA fait exploser une nouvelle bombe dans une des rues longeant les façades. Cet attentat laisse six morts sur le trottoir. L’IRA s’empresse de dire que cet acte n’est pas reconnu par ses instances et que l’activiste a agi de sa propre initiative… Mais le mal est fait et l’image du magasin est plus qu’entamée.

1985, Hugh Fraser miné par des soucis divers cède la main à la famille Al-Fayed qui rachète Harrods pour 615 millions de livres sterling… C’est le début d’une ère de renouveau pour le grand magasin londonien. D’abord, Mohamed Al-Fayed crée une marque Harrods, désormais Harrods vendra des produits estampillés Harrods. Ensuite, il distribue ses produits dans d’autres endroits que les deux magasins de Londres et Buenos Aires. Enfin, il développe la société Harrods Holding qui gère le grand magasin en diversifiant ses activités dans les secteurs bancaire, immobilier, aérien et du jeu. Sous la houlette d’Al-Fayed, Harrods se positionne avec des points de vente à Singapour, au Japon, en Chine, au Canada, en Allemagne, en Autriche, à Kuala Lumpur mais aussi sur de prestigieux navires de croisières. La contrepartie est la disparition, suite à la crise économique de 1998, du magasin de Buenos Aires…

Omnia Ubique omnibus… pas qu’une devise !


A l’origine, le magasin s’appellait, en fait, Harrod’s que l’on pourrait traduire par Chez Harrod. Mais en 1928, suite à un des nombreux rachats qui émaillèrent l’entre deux guerres, la particule s’est perdue et le nom officiel devint Harrods. Un changement qui n’influa pas sur la philosophie du magasin dont on disait que l’on pouvait y acheter tout, du dé à coudre jusqu’à l’éléphant. Et c’est bien vrai puisque qu’à un client qui souhaitait vérifier cet argument de vente, Harrods fournît un bébé éléphant. Dans l’esprit de sa devise, Harrods a satisfait les demandes les plus étonnantes. Ainsi, par exemple, le magasin londonien a fait livrer des groseilles anglaises en Arabie Saoudite ou encore des fleurs de Londres à un mariage au Nigéria. Le cinéaste anglais Alfred Hitchcock, lui, faisait venir dans les années soixante des harengs au vinaigre dont il était friand de Londres à Hollywood par le biais d’Harrods… Désormais, certains clients fidèles du magasin se voient proposer des fruits et des légumes cultivés de façon biologique sur le toit du bâtiment.

Mais tordons le cou à cette rumeur qui veut que Harrods soit un magasin uniquement réservé à des gens riches. Bien sûr qu’il y a des produits d’un luxe hors de prix pour le commun des mortels mais l’on trouve aussi des marchandises de très grande qualité à des prix plus que raisonnables. Si, comme moi, vous êtes amateurs de shortbreads, ces petits gâteaux sablés anglais, je ne peux que vous inviter à descendre à l’espace food d’Harrods, vous y trouverez de superbes boites de shortbreads, en métal avec un look très art-déco pour 7 livres. Un régal tant pour le palais que pour les yeux…

Enfin, une dernière anecdote sur ce magasin exceptionnel qui regorge de ces petites histoires extraordinaires. Dans les années vingt, l’écrivain Alan Alexander Milne, de passage chez Harrods, acheta l’ours en peluche, typique jouet traditionnel que l’on trouve toujours aujourd’hui dans le magasin, pour son fils. C’est cet ours qui inspirera l’auteur lorsqu’il créa quelques années plus tard Winnie l’Ourson…

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