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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 11:05

Le métro londonien - le plus vieux du monde - fête son 150è anniversaire !

londontube150.jpgL'Angleterre Victorienne (1837-1901) est le phare du monde, Londres est alors la plus grande des capitales ! L'époque est un mélange paradoxal de modernité technologique et de clivages sociaux importants. Sous le règne de Victoria 1ère, alors que la Révolution Industrielle bat son plein, Londres s'est radicalement transformée pour faire son entrée dans l'ère de la modernité et asseoir son statut de première ville du monde. C'est à cette époque que se dessinent les contours du Londres actuel : un tunnel - le Thames Tunnel - est creusé sous la Tamise (1843) pour permettre aux piétons de passer d'une rive à l'autre; les gares de Paddington (1838),  Waterloo (1848) et Saint-Pancras (1868) sont mises en service; le Blackfriars enjambe la Tamise pour relier Southwark et la City (1869), Big Ben est accrochée dans la Tour de l'Horloge du Palais de Westminster avant que Tower Bridge (1894) ne deviennent le pont le plus long (272 mètres) et le plus sophistiqué qui soit... En 1850, Londres fourmille de monde, les rues sont encombrées de calèches, de charettes, de diligences et de piétons... il devient difficile d'y circuler et l'idée d'une circulation souterraine germe dans les esprits. En 1854, le Lord-Mayor Francis Graham Moon autorise la construction d'une voie ferroviaire qui reliera la gare de Paddington et Farringdon Street qui est, alors, le quartier des affaires. La voie à construire s'étend sur 4,8 kilomètres et il est prévu d'y instaurer sept stations desquelles les voyageurs pourront monter et descendre du train. La construction de ce chemin de fer souterrain débute en 1858 - il aura fallut huit ans entre l'idée et le début des travaux, pour des raisons financières notamment - et dure près de cinq ans. Une voie double permet la circulation de Paddington vers Farringdon et dans le sens contraire. Immédiatement, la population londonienne adhère à ce projet de transport nouveau et original. Aussi, lors de l'inauguration de la ligne, le 10 janvier 1863, la foule est présente en masse pour découvrir cette locomtive à vapeur qui tracte des wagons de première, deuxième et troisième classe sur près de cinq kilomètres sous la ville. Ce sont quelque 30.000 personnes qui feront le voyage tout au long de la journée avec une fréquence de trains de dix minutes. Le succès de cet Underground est tel que le système va rapidement se développer. Grâce à ce nouveau moyen de transport, les autorités de la ville entendent désengorger la circulation déjà très dense mais aussi permettre aux travailleurs du centre de Londres de loger dans les districts alentours afin de lutter contre la surpopulation de la ville. Rapidement, grâce à l'évolution des techniques de construction de tunnels, de nouvelles liaisons voient le jour... La ligne originelle, baptisée Métropolitan Railway (qui donnera plus tard son appellation générique de métro au transport souterrain), est agrandie vers Baker Street. En 1864, la ligne Hammersmith et the City est inaugurée, elle rejoint l'ouest de Londres aux districts est de la banlieue, un croisement est prévu à Baker Street avec la ligne Metropolitan. Quatre ans plus tard, c'est District Line qui est ouverte sur une longueur de 66 kilomètres avec 60 stations permettant une belle couverture de la ville. En 1880, ces trois lignes fonctionnent à plein rendement et transportent 40 millions de passagers sur l'année ! Dès lors, une nouvelle extension est prévue...

Alors que s'achève le règne de Victoria, à l'aube du 20è siècle, le métro londonien couvre 402 kilomètres sur 270 stations. Ce sont 1,1 milliards de personnes qui sont transportées chaque année... A l'époque, ce sont six compagnies différentes qui gèrent l'exploitation du transport souterrain ce qui n'allait pas sans présenter des inconvénients majeurs, notamment en termes de prix (il fallait payer deux tickets distincts pour passer de la ligne d'une compagnie à la ligne d'une autre) et de facilités d'utilisation (certaines stations communes n'étaient accessibles que par l'extérieur, le passager devait donc sortir pour entrer à nouveau... par un autre accès). En 1907, ces six compagnies se regroupent en une sorte de cartel baptisé The Underground, elles gardent leur indépendance mais travaillent de concert pour l'amélioration du confort des passagers. Ces gestionnaires sont des privés, il faut attendre 1933 pour qu'une partie de la gestion métropolitaine soit reprise par la Ville de Londres au sein de la London Passengers Transport Board (LPTB), une entreprise publique mais non-subventionnée qui fonctionne uniquement sur un financement propre. En 1948, l'état nationalise le métro sous l'appellation London Transport Excecutive (LTE) et lui donne son statut (presque) définitif. Le Tube (appelé ainsi à cause de la forme des stations) a continué d'évoluer jusqu'à la création, en 1987, d'un second réseau, le DLR (Dockland Light Railway), un métro aérien qui dessert l'agglomération londonienne afin d'étendre le service. Depuis les années '90, alors que l'on disait à juste titre que le métro londonien était vétuste (l'expression "monstre sclérosé" lui fut même accolée pendant de nombreuses années), le Gouvernement anglais travaille à sa modernisation. Un programme de rénovation complète a débuté en 2003, il se poursuivra jusqu'en 2020 pour une somme globale astronomique de 1,4 milliards de livres(1) par an...

Mind The Gap

londonttube04.jpgAujourd'hui, le métro fait partie intégrante de la ville. Ses onze lignes desservent 268 stations sur 408 kilomètres; ce sont 2,67 millions de personnes qui les utilisent chaque jour... Au même titre que les K6 (les cabines téléphoniques), les Routemasters (les autobus rouges à impériale), Big Ben, les Mews, Tower Bridge ou les taxis noirs, le métro est un véritable symbole de Londres. Il est entré dans l'imaginaire collectif et son image est irrémédiablement associée à la ville. Des événements dramatiques comme l'incendie de la station de King's Cross (1987) ou les attentats (2005) dans les stations de Liverpool Street, Russell Square et Edgware Road lui ont même conféré un côté terriblement humain... Le Tube, c'est un collègue pour les Londoniens qui l'empruntent au quotidien ! Et quel touriste n'a pas voyagé en métro à Londres ? Celui qui a utilisé au moins une fois ce métro a été marqué par une phrase : Mind the Gap ! Cette courte sentence - qui signifie simplement Attention au vide ! - est écrite sur les quais de toutes les stations, à hauteur de chacune des portes des voitures, afin d'attirer l'attention des passagers sur le petit vide qui sépare la voiture du quai. Par précaution, en plus d'être inscrite au sol, elle est répétée par une voix métalique à l'intérieur de la voiture, au moment de chaque arrêt à la station... La phrase, son système de diffusion au sol et par microphone ont été imaginés en 1968 car il devenait fastidieux pour le chauffeur de la rame de mettre en garde les utilisateurs.  Mind the Gap ! est devenu, à son tour, un incontournable de la culture londonienne. La phrase est déclinée sur plusieurs supports (vaisselle, t-shirts, sacs, matériel scolaire...) et sert de trâme au roman Neverwhere de Neil Gaiman, qui évoque la vie d'une population souterraine à Londres. Le concept de la phrase d'avertissement a été reprise, par la suite, par de nombreux métros à travers le monde...

Des animations pour l'anniversaire...

Londontube03.jpgLe métro de Londres est tellement riche d'histoire que l'on pourrait en parler des heures. Le mieux est encore - si vous passez par Londres - de visiter le London Transport Museum, à Covent Garden, où diverses animations (expositions, débats, conférences,...) sont prévues jusqu'en octobre 2013 pour commémorer le 150è anniversaire de l'Underground ! Parmi les animations prévues pour le jubilé du Tube, à l'initiative du Musée des Transports et du gestionnaire du métro, le premier trajet du métro, entre Paddington et Farringdon, sera réeffectué ces dimanches 13 et 20 janvier à bord d'une locomotive-vapeur comme celle qui tracta le premier voyage du 10 janvier 1863. Cette loco numérotée 353 date de 1898 et est l'une des pièces maîtresse de la collection du musée. L'occasion sera belle, les deux dimanche à venir, de revivre ce voyage historique, le tout premier voyage d'un métro...

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(1) 1,7 milliards d'euros

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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