Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 00:00

D'une bouteille de vin qui fait remonter des souvenirs à la surface…


gevrey.jpgJ’étais attablé, voici quelques jours déjà, devant un bon repas ; il y avait aussi sur la table, pour accompagner le repas, une bouteille de vin; pas n'importe quel flacon mais un Gevrey-Chambertin 2005 charnu et tannique à souhait. 2005 fut vraiment une grande année pour les Bourgognes. Par delà la qualité indéniable du nectar qu'elle contient, cette bouteille fut source de réminiscences… Proust avait sa madeleine, j'aurais désormais mon Gevrey-Chambertin ! Je dois avouer que j'ai un faible pour les vins de Bourgogne et particulièrement pour les Côtes de Nuit, devisons ensemble d'un Clos-Vougeot, d'un Vosne Romanée ou d'un Marsannay et nous serons amis ! Ma préférence va cependant, dans cette région, aux crus de Gevrey-Chambertin, pas tant pour leur qualité pourtant remarquable que pour les souvenirs de la visite du Château qui sont associés à cette appellation…

C'était en 1974 ou en 1975, nous descendions en famille vers l'Espagne, comme chaque année. Période bénie et insouciante de l'enfance… Tassés à trois, à l'arrière de la belle Toyota Crown bleue ciel de papa, nous n'espérions qu'une chose; que les quelque 1500 bornes qui nous séparaient de Calafat de Mar, un merveilleux petit village catalan coincé entre mer et montagne, soient avalés au plus vite. Et pourtant, cette année là, les parents avaient décidé de prendre le temps de descendre par les chemins de traverse jusqu'en Bourgogne et de visiter un chai… Ce fut celui de Gevrey-Chambertin ! La Côte d'Or doit, paraît-il son nom à la couleur des feuilles d'arbres et des champs dans lesquels brille le soleil automnal et qui prennent, à cette saison, une jolie couleur mordorée… Nous étions en plein milieu de l'été et la seule chose qui avait l'aspect de l'or était ce soleil brûlant qui s'abattait sur nous. Aussi, la fraîcheur d'une cave, fut-elle à vins, était la bienvenue ! Je me réjouissais déjà d'aller vers cette fraîcheur salvatrice que je m'entendis dire qu'il fallait, avant de descendre vers les fûts en bois, visiter le château… Enfer et damnation, en plus de cette chaleur accablante, voilà qu'un besoin pressant m'envahît soudainement !

En entrant dans le château, on nous obligea à chausser les patins car tout était parqueté… Chouette, j'allais pouvoir me faire Holiday on Ice pour trouver les toilettes ! "Un peu de calme, jeune homme" m'entendis-je dire par mon père ! Bon sang, on ne fait pas le pitre dans un endroit pareil… Et la visite commença ! J'appris ainsi que le Château de Gevrey-Chambertin fut bâti peu après l'an mil et qu'il fut apporté en donation par une puissante famille de la région de Chalon aux Moines de l'abbaye de Cluny et que l'imposante bâtisse était déjà entourée de vignes (ndlr bon, d'accord, j'ai triché; j'ai retrouvé ces infos sur le net… Mais je suis sûr que c'est, à peu près, le langage qui nous fut tenu à l'époque). Malgré mon envie de pipi, je parvenais à trouver cette visite, si pas intéressante - je n'avais que quatre ou cinq ans alors -, au moins captivante. Je m'imaginais Ivanhoé dans ce château et prêt à défendre mes positions contre je ne sais quel ennemi normand ou anglo-saxon. Bientôt, au détour d'un couloir, je vis la porte de la délivrance… Pas celle du donjon mais bien celle des toilettes ! Heureusement, Ivanhoé affrontant le Prince Noir en croisant les jambes pour retenir son envie pressante, cela ne fait pas sérieux…

Après cet intermède de soulagement, nous descendîmes enfin à la cave. La visite du château nous apporta ce répit calorifique qui nous faisait tellement envie, tant et si bien qu'il faisait maintenant un peu frisquet dans cette cave. Devant nous, plusieurs barriques hautes comme des tours, pour ma taille de môme, s'élevaient. L'homme proposa à mon père et à ma mère une petite dégustation, prémisse pour lui d'une affaire lucrative du moins l'espérait-il. Mon frère aîné fut également convié… Faut dire qu'il avait presque, déjà, du poil au menton ! Papa se tourna vers moi et trempa son index dans le verre qu'il tenait. Il posa le doigt sur mes lèvres et je sentis immédiatement le goût du vin dans ma bouche. Nul doute que je fis la grimace alors qu'aujourd'hui je me damnerais pour un verre du sang de la terre bourguignonne. C'était mon premier contact avec le vin ! Je dus patienter quelques années avant d'avoir, à nouveau, rendez-vous avec ce nectar qui fait désormais le bonheur de mes tablées…

Lorsque nous sommes repartis vers l'Espagne, je ne savais pas trop que penser de cette halte en terre de Bourgogne. Maintenant, alors que je suis devant mon clavier a pondre ces quelques lignes, je me dis qu'elle fait partie intégrante de mes bons souvenirs, des réminiscences que j'ai de mon père bien trop tôt disparu… Quoi qu'il en soit, de cette visite j'ai toujours gardé en mémoire que l'appellation Gevrey-Chambertin ne peut s'appliquer qu'à des vins rouges et que les vins du cru se servent à leur meilleur avantage dans des verres larges et à long pied !

Ces images d’enfance me reviennent sporadiquement en mémoire lorsque je vois une émission sur les vins de Bourgogne, quand je suis pris d'une envie pressante alors que ce n'est ni le lieu ni l'endroit ou encore au moment où je suis attablé devant un flacon de Gevrey-Chambertin…

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Moch - dans Humeurs
commenter cet article

commentaires