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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 09:42

Le guitariste virtuose est mort ce week-end en Espagne laissant le blues et le hard rock orphelins de son talent...

moore.jpgGary Moore est probablement, avec le groupe australien AC/DC, celui qui a le mieux cerné les liens étroits qui peuvent unir le blues et le hard-rock. Le hard rock - attention ne confondons pas comme c'est souvent le cas avec le heavy metal - est directement inspiré d'un courant baptisé blues rock qui voit le jour dans les années '60 avec des groupes comme les Yardbirds, Fleetwood Mac (le groupe original) ou The Jeff Beck Group. Aussi surnommé white-blues (le blues-blanc), le blues rock a posé, avec ses guitares saturées et un son chaud, les jalons du hard rock qui puisa également ses influences de le rock psychédélique et le garage rock... En imaginant un blues saturé sur une rythmique lente, Gary Moore a réellement réussi une synthèse parfaite du blues et du hard rock. Le guitariste virtuose est mort, ce 6 février, dans le sud de l'Espagne où il passait quelques vacances...

Moore était né en avril 1952, à Belfast (Irlande du Nord) et, dans le contexte politico-religieux de l'époque, trouve un exutoire dans la musique. A huit ans, il s'initie à la guitare et développe un talent certain. Il se passionne pour la musique blues et surtout pour  le son particulier d'Albert King qui utilise une guitare pour droitier alors qu'il est gaucher(1) et qui joue sur des accords de do et de fa qui lui permettent des bends qui poussent le son très haut. A la fin des années soixante, deux concerts qu'il entend à Belfast, ceux de Jimi Hendrix et de John Mayal, vont diriger Gary Moore du blues qu'il pratiquait avec assiduité vers le blues-rock qui prend de plus en plus d'ampleur au Royaume-Uni grâce à Eric Clapton, John Mayal ou Jeff Beck. En 1969, Moore qui Belfast pour descendre sur Dublin où il intègre Skid Row, un groupe de heavy metal qui compte dans ses rangs le bassiste Phil Lynott qui joue aussi pour Thin Lizzy. Lynott et Moore sympathise mais rapidement, Lynott décide de quitter Skid Row pour se consacrer uniquement à Thin Lizzy parce qu'il a plus d'influence  au sein de la formation, parce que la musique jouée est plus rock que heavy et enfin parce que Thin Lizzy commence à avoir une petite réputation en dehors d'Irlande. Un premier 45 tours est d'ailleurs pressé en juillet 1970 avant que le premier LP, simplement intitulé Thin Lizzy, ne soit mis en boite à Londres, en avril 1971. De son côté, Skid Row vivote pendant trois ans et publie deux albums qui ne cartonnent pas vraiment. Le groupe implose et Gary Moore se lance en solo. Mais, au début de l'année 1974, Eric Bell, le guitariste de Thin Lizzy, quitte le groupe suite à un désaccord artistique avec les autres membres. Immédiatement, Phil Lynott appelle son ami Moore pour le remplacer. Il ne restera que quelques mois au sein de Thin Lizzy car il ne parvient pas à suivre le rythme infernal de Lynott et Downey qui enchainent tournées, enregistrements et soirées arrosées et enfumées. Gary Moore confiera, quelques temps plus tard, qu'il avait quitté Thon Lizzy car il craignait pour sa santé...

Moore se consacre à sa carrière en solo. Son premier album, Grinding Stone, paru en 1973, n'a pas rencontré le succès et le guitariste décide de travailler plus sérieusement. Mais rien n'y fait, il ne parvient pas à décoller malgré un jeu de virtuose. Plusieurs critiques rock s'accordent à dire que Gary Moore est l'un des meilleurs guitaristes que comptent le Royaume-Uni mais il reste en carafe... Jusqu'en 1977 où, suite à l'expulsion de Brian Robertson, le guitariste qui avait remplacé Moore chez Thin Lizzy, Phil Lynott rappelle à nouveau son ami. Moore accepte de revenir dans Thin Lizzy car un événement important à marqué Lynott : il a été victime d'une sale hépatite liée à sa surconsommation d'alcool. Phil Lynott s'est calmé et c'est ce ralentissement dans la vie nocture de son pote qui incite Gary Moore a réintégrer Thin Lizzy. Grande décision car le groupe s'embarque pour les Etats-Unis pour ouvrir la tournée américaine de Queen. Moore apprend énormément au contact de Freddie Mercury et, surtout, de Brian May. L'alblum Bad Reputation sort en 1979, sans Gary Moore pour de sombres raisons contractuelles, et explose littéralement à la face du grand public. Disque d'or, plusieurs semaines en haut des charts, Bad Reputation est la plaque de la reconnaissance pour Thin Lizzy. Moore y est indirectement associé lorsque le groupe joue ses différents titres en public. Mais Moore travaille aussi d'arrache-pied sur son deuxième album personnel sur lequel il reçoit l'aide de Phil Lynott qui lui écrit les paroles de Parisienne Walkways, le premier énorme succès soo de Gary Moore. Plus que jamais les deux hommes sont complémentaires artistiquement parlant. Pourtant, Lynott n'a pas su résister bien longtemps à ses démons. Il s'enfonce de plus en plus dans la drogue et l'alcool. Si la complémentarité artistique est réelle, le comportement des deux hommes est aussi différent que peuvent l'être le noir et le blanc !

Le mouvement punk envahit l'Angleterre et Phil Lynott s'y engouffre. Il crée le groupe The Greedies avec Steve Jones et Paul Cook respectivement guitariste et batteur de Sex Pistols. Bob Gelfod et, bien entendu, Gary Moore collabore de temps à autres avec The Greedies. A la fin des années '70, la vie artistique de Gary Moore est bien équilibrée entre sa carrière solo, celle de Thin Lizzy et quelques collaborations à gauche et à droite. Il a enfin décollé et trouvé sa place dans le paysage chamarré de la scène musicale anglaise... L'album Black Rose - A Rock Legend scelle une nouvelle séparation entre Phil Lynott et Gary Moore. Enregistré à Paris, ce LP est probablement le meilleur de Thin Lizzy mais les frasques de Lynott achèvent la patience de Gary Moore qui quitte à nouveau Thin Lizzy. Il y reviendra ponctuellement pour un projet ou l'autre mais sans plus réellement faire partie des meubles...

Retour au blues...

Dans les années septante, Gary Moore s'est plutôt engagé sur la voie du rock voir du hard rock. Aussi ressent-il, alors que ses albums solo s'enchainent (avec notamment le superbe Victims of the Future (1983) qui contient le titre Empty Rooms ave un solo de guitare exceptionnel) le besoin d' un retour à ses racines musicales... le blues. Un retour qui s'amorce lentement en 1988 avec l'excellent And the the man said to his guitar mais qui va atteindre son apogée avec le sublime Still got the Blues, deux ans plus tard, qui repose sur des collaborations remarquables avec Albert King, l'idole de jeunesse, et George Harrison, l'ancien Beatle. La chanson éponyme reste un modèle du jeu de guitare et fixe définitivement Gary Moore au rang des guitar heroes... Moore reste dans la voie de ce blues rock qui lui réussi bien. Infatigable travailleur, il enchaine les albums et les prestations live jusqu'en 2009 où il donne un concert exceptionnel à Montreux, son dernier fait d'arme. Sans jamais défrayer vraiment la chronique, sans jamais retrouver le succès de Still got the Blues, il réussit quelques bons albums comme Dark Days in Paradise (1997), Power of the Blues (2004) ou encore Old New Ballads Blues (2006).

Hier, Gary Moore est parti rejoindre Phil Lynott, emporté par ses frasques abusives en 1986. Sûr qu'où qu'ils soient désormais, les deux hommes tireront encore le meilleur de leur complémentarité musicale...

 

Les petits plus de l'article :

 

- Still got the Blues


- Parisienne Walkways



- The thrill is gone (en duo avec BB King)


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(1) Non, Jimi Hendrix n'est pas l'inventeur de cette technique ! En fait, Albert King fut obligé d'utiliser la guitare pour droitier car il n'existait pas, à l'époque, de guitare pour gaucher... Hendrix, lui, utilisera volontairement une guitare pour droitier en position de gaucher...

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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