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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 07:34

Le Tour de France s'est achevé hier et Andy Schleck a encore raté le coche ! Analyse de cette édition 2011.

tdf2011.jpgDécidément, le Tour de France refuse obstinément de s'offrir au cadet des Frères Schleck qui, pourtant, l'a assurément dans les jambes. Le 98è Tour de France s'est donc terminé hier sur la victoire inédite d'un Australien; c'est le triomphe du coureur le plus intelligent de cette édition ! Cadel Evans s'est brillamment comporté sur les routes hexagonales, connaissant parfaitement ses limites, s'efforçant de ne pas les dépasser au risque de se griller et jouant parfaitement ses atouts, notamment dans l'unique contre-la-montre individuel de l'épreuve. Andy Schleck se présente de plus en plus comme l'éternel looser, c'est en effet la troisième fois consécutive qu'il termine second du Tour. Reste à voir si son destin sera celui d'un Poulidor - toujours placé jamais gagnant - ou celui d'un Zoetemelk qui finit quand même par gagner un Tour de France (sur abandon d'Hinault alors maillot jaune) après en avoir terminé cinq à la seconde place... Côté belge, on n'a pas à se plaindre, la moisson  a été plutôt bonne avec deux victoires d'étape (Gilbert et Vanendert) et le port de trois maillots distinctifs (le jaune, le vert et les pois) par Philippe Gilbert. Je vous propose une analyse un peu plus appronfondie de ce Tour de France 2011.

Un beau Tour de France ?

J'ai entendu et lu ça et là qu'il s'agissait de la plus belle édition du Tour de France depuis bien longtemps. Suspense, stratégie et retournements de situation étaient au menu. Mais globalement, je n'ai pas été très emballé ! Le parcours n'était pas exceptionnel même s'il convient de reconnaitre que plusieurs arrivées étaient intéressantes, surtout dans la première semaine. Les organisateurs voulaient éviter une litanie sprints massifs alors ils ont placé quelques étapes casse-pattes, aux Mont des Alouettes, à Mûr-de-Bretagne et à Lisieux. Certes, les derniers kilomètres de ces étapes ont été animés et l'on a eu droit à de beaux vainqueurs mais dans l'ensemble toutes les étapes de la première semaine ont été monotones : une attaque dès le départ, un peloton qui contrôle et des cadors qui s'expliquent soit en hommes forts dans des raidillons exigeants soit dans des sprints massifs. Il a fallu attendre la neuvième étape pour voir casser ce moule répétitif... et encore si une descente trop dangereuse et un chauffard imbécile n'avaient pas fausser la course, le peloton aurait probablement repris les échappés et Voeckler n'aurait pas endossé le maillot jaune. Il y a eu, en outre, beaucoup trop de chutes ce qui a refroidi les ardeurs de certains et influé sur le déroulement de la course. Tandis que la seconde semaine, celle des Pyrénées, fut totalement escamotée par les favoris ce qui a permis à Vanendert et à Hushovd de remporter de belles étapes... Mais qui aurait franchement misé un seul kopeck sur des succès du colosse norvégien et du frêle équipier belge dans des étapes pyrénéennes ? Personne et cela témoigne du manque d'intérêt des cadors pour ces étapes. Finalement, on aura du patienter jusqu'en troisième semaine pour voir du vrai spectacle avec l'attaque d'Andy Schleck dans l'Izoard, celles de Contador dans le Télégraphe et dans l'Alpe d'Huez et le travail de sape d'Evans pour éviter la déroute. Un peu pauvre quand même ! On était loin du Tour palpitant de 2003 dans lequel Jan Ullrich faillit battre Lance Armstrong voire même du duel tendu de 2010 entre Andy Schleck et Alberto Contador...

L'échec des Schleck

Décidément voila deux mots -  "Schleck" et "échec" - qui riment de plus en plus au fur et à mesure des Tours de France qui passent ! On a vite compris que Contador ne gagnerait pas ce 98è Tour de France et, dès lors, les deux Luxembourgeois avaient un boulevard devant eux pour aller chercher une première victoire. Il ne leur restait qu'à choisir lequel des deux allait l'emporter et il semble qu'Andy était le mieux armé pour ça. Mais la tactique des Schleck ne fut jamais vraiment très claire. Frank n'a jamais vraiment fait le travail de sape qui aurait du user Evans, Contador ou Sanchez; la meilleure preuve en est que Thomas Voeckler était accroché en permanence aux basques d'Andy. Avec tout le respect qui est du à Voeckler jamais il n'aurait du encore s'y trouver au Plateau de Beille, à Luz-Ardiden et à Pinerolo. Compte non-tenu du fait que l'équipe Léopard - à l'exception de Monfort - n'était pas suffisamment valable pour épauler ses deux leaders et compte non-tenu du fait qu'il n'y aurait du y avoir qu'un seul leader, les Schleck ont commis quatre erreurs grossières sur ce Tour de France :

1° ils ont été trop attentistes dans les Pyrénées : à deux, ils devaient dynamiter l'étape de Luz Ardiden dès le Tourmalet au lieu d'escamoter ce mythe pyrénéen. Il fallait tenter de se débarasser de Contador qui n'était pas bien (et c'était visible) et de fatiguer Evans. Il n'en n'a rien été ! Jamais les frères Schleck n'ont tiré profit du fait qu'ils étaient deux...

2° ils ont trop calqué leur course sur celle de Contador : dès le départ, Alberto Contador avait été désigné comme l'unique véritable adversaire. Dès la première étape des Pyrénées, à Luz Ardiden, il était clair que l'Espagnol n'était plus un prétendant à la victoire finale. Mais, malgré cette évidence, c'est lui que les Schleck ont gardé comme cible. Ils attendaient stupidement qu'El Pistolero dégaine et ont parfaitement réagi lorsqu'il l'a fait dans l'étape de l'Alpe d'Huez... Mais les Schleck se sont trompés d'adversaire. Au vu du travail remarquable réalisé par Cadel Evans pour ne pas perdre un temps irrécupérable dans l'étape du Galibier où Andy Schleck volait, il était évident que c'était l'Australien le rival le plus dangereux. Par ailleurs, chaque soir depuis la première étape pyrénéenne, les analystes de la Grande Boucle répétaient qu'Evans était le mieux mis et que s'il arrivait à Grenoble avec moins d'une minute trente de retard il serait dans un fauteuil pour gagner le Tour lors du chrono. Mais voila, les Schleck n'ont pas tenu compte de cette évidence, ils se sont bornés à suivre leur stratégie théorique basée sur la neutralisation de Contador. Il est évident, à mes yeux, qu'Andy Schleck est incapable de lire une course et de prendre une décision pour s'adapter à une situation imprévue. Il est trop dépendant des théories matinales établies dans le car et de l'avis de son Directeur sportif.

3° Andy aurait du rouler avec Contador : dans l'étape de l'Alpe d'Huez, lorsque le Pistolero attaque dès le col du Télégraphe, ils ne sont pas nombreux à pouvoir le suivre. Avant même la fin de ce premier col, Contador et Andy Schleck sont seuls, ils reprennent deux échappés (Rui Costa et Riblon) et parviennent à creuser l'écart dans le Galibier. Au sommet de ce col, Evans est à 1'30'' secondes des deux hommes; si l'on y ajoute les 57'' de retard qu'il a déja au classement général, Cadel Evans est, à ce moment précis, à 2'27'' d'Andy Schleck. Clairement, Andy Schleck doit poursuivre l'effort et collaborer avec Contador pour creuser ou maintenir l'écart dans la descente du Galibier et dans la montée de l'Alpe d'Huez ensuite. Mais au lieu de cela, les deux hommes laissent rentrer Samuel Sanchez d'abord, Evans ensuite et Voeckler (qui pointait pourtant à plus de deux minutes au sommet du Galibier) pour repartir de zéro au pied de l'Alpe d'Huez. Andy Schleck devait s'arranger avec Alberto Contador pour aller au bout de l'effort : à Contador la victoire à l'Alpe d'Huez, ce qui lui aurait permis de sauver un Tour raté, à Schleck le Tour de France car Evans ne serait probablement jamais revenu si Contador et Schleck avaient entamé l'Alpe d'Huez avec 1'30'' (voire même une seule minute) d'avance. 

4° ils n'ont pas reconnu le parcours du chrono de Grenoble : lorsque j'ai lu et entendu que les Schleck n'avaient pas pris la peine de reconnaitre ce parcours, j'ai été sidéré. Là ce n'est pas une erreur, c'est une faute professionnelle pour des gars qui axent leur saison sur le Tour de France. Ils savent, avant le départ, qu'ils sont moins performant que Contador, Evans ou même Sanchez dans le contre-la-montre, ils savent qu'il n'y a qu'un seul chrono et ils ne vont pas reconnaitre le parcours. Pour gagner le Tour de France, il faut limiter au maximum ses points faibles et bien non, jamais Andy et Frank Schleck n'ont été prendre des repères et analyser le tracé de Grenoble. Evans l'a fait, même s'il savait qu'il était plus fort que ses rivaux sur cet exercice. Au résultat, il connaissait les virages, ses trajectoires étaient parfaites et il savait ou accélérer pour creuser les écarts les plus grands possibles.

Cela fait vraiment trop d'erreurs pour des coureurs qui revendiquent la victoire finale !

Contador trop loin de sa meilleure forme

Le Madrilène a-t-il fait une erreur en disputant le Giro ? Cela s'est-il ressenti sur sa prestation dans le Tour ? Je ne sais pas si c'était une erreur de faire le Giro, ce qui en était une était d'être à un tel niveau de forme en mai. La courbe de forme de Contador ne pouvait plus qu'être descendante en juillet tant elle était élevée au Giro. En fait, je suis convaincu que si sa courbe avait été contraire, c'est à dire s'il avait afficher sa forme du Tour de France sur le Giro et celle du Giro sur le Tour de France, Alberto Contador aurait remporté les deux courses. En effet, un Contador un peu moins fort aurait quand même gagné ce Giro qu'il survola avec aisance tandis qu'un Contador un peu plus fort aurait joué la gagne sur les routes de France. C'est dans sa préparation que l'Espagnol a fait une erreur, pas dans le fait de courir les deux plus grosses courses du calendrier dans la foulée... il était au top deux mois trop tôt ! La poisse ne l'a pas épargné sur ce Tour de France, certes mais ce n'est pas suffisant pour expliquer la piètre performance de Contador. Il n'était pas assez tranchant, c'est tout ! Le Contador du Giro aurait écrasé les Schleck et Evans pour gagner le Tour.

Evans, un beau vainqueur ?

Oui, sans hésiter ! L'Australien a été le plus régulier, il a gagné une belle étape à Mûr-de-Bretagne et a bien négocié les étapes de montagne dans lesquelles il étaient moins à l'aise que les Schleck ou Contador. Après plusieurs tentatives échouées (ndlr Evans a terminé aussi deux fois second du Tour), il est enfin parvenu à graver son nom au palmarès. Ancien champion du monde (2009), ancien vainqueur du Pro Tour (2007), double vainqueur du Tour de Romandie (2006 et 2011) mais aussi de la Coupe du Monde de VTT (1998 et 1999), vainqueur de Tirreno-Adriatico (2011) et de la Flèche Wallonne (2010), Cadel Evans est un beau vainqueur du Tour de France. C'est un coureur complet, intelligent et humble, ce n'est pas une machine à gagner mais bien un être humain... Oui, franchement un très beau vainqueur !

Et Europcar ?

Le moins qu'il se puisse être écrit est que la formation française à livré un Tour surprenant ! Voeckler qui rivalise avec des grimpeurs en haute montagne et qui préserve son tricot jaune jusqu'à l'ultime étape alpestre, Pierre Rolland qui remporte l'Alpe d'Huez alors que ses seuls faits d'armes était le Prix d'Armorique 2006 et une étape de la Tropicale Amissa Bongo (le Tour du Gabon) en 2007, et plusieurs équipiers qui accompagnent Voeckler très loin dans la montagne... Stupéfiant ! Qu'il me soit permis d'attribuer ces résultats à la moins bonne forme de Contador et à l'attentisme des Schleck. En effet, si la course s'était décantée dans les Pyrénées, si elle avait été plus dure du côté de Luz-Ardiden et du Plateau de Beille, je ne suis pas convaincu de Voeckler et ses petits hommes verts auraient été si présents par la suite. Quoi qu'il en soit, contrairement à d'autres et jusqu'à preuve éventuelle du contraire, je n'ai pas envie d'attribuer cet excellent Tour de l'équipe de Bernaudeau à quelqu'adjuvant que ce soit. Voeckler a souffert pour garder son maillot jaune (rappelons-nous de son arrivée à l'Alpe d'Huez) et il a offert des moments de bonheur aux Français, c'est tout !

Le critérium des Champs-Elysées... à changer !

Hier, pour conclure ce Tour 2011, nous avons eu droit a la sempiternelle balade sur les Champs-Elysée ponctuée comme il se doit d'un sprint massif; il faut croire qu'ASO aime décidément la monotonie ! Je ne parviens pas à comprendre pourquoi ce critérium sans intérêt pour les téléspectateurs est maintenu. Deux fois, en 1968 et en 1989, le Tour de France s'est achevé sur un contre-la-montre individuel et les deux fois il s'est joué sur cet exercice particulier. C'aurait encore été une fois le cas si le chrono de cette année avait eu lieu sur les Champs plutôt qu'à Grenoble ! En effet, c'est dans le chef-lieu isérois qu'Evans a mis la main sur ce Tour de France, c'eut été plus palpitant encore s'il l'avait fait à Paris, le dernier jour. Le Tour de France à tout à gagner à se conclure par un contre-la-montre :
- du suspense car sur une quarantaine de kilomètres on peut voir s'inverser des écarts jusqu'à 1'30'' voire 1'45'', il faudrait donc que le leader ait assis une avance confortable pour que l'ultime joute soit sans intérêt. Quatre fois, sur les cinq derniers Tour de France le temps entre le vainqueur et son dauphin était inférieur à la minute au départ de la dernière étape;
- du spectacle car l'exercice en solitaire est toujours esthétique et un ultime effort du genre sur les Champs-Elysées serait assurément plus spectaculaire que la balade actuelle;
- de l'intérêt pour les spectateurs et les téléspectateurs qui pourraient ainsi voir défiler un par un tous les acteurs du Tour plutôt que de voir une peloton groupé, éventuellement précédé de quelques échappés voués à être rattrappés. Ce serait quand même plus porteur, y compris au niveau commercial, de voir un défilé un par un d'hommes à l'effort et non pas un peloton qui boit le champagne et pose pour les caméras.

Il est temps pour Christian Prudhomme et ASO de se rendre compte que cette dernière étape sous forme de critérium est barbante, sans intérêt et qu'elle gâche trois semaines de spectacle. Si l'ultime étape du Tour de France doit être la cerise sur le gâteau, tant qu'elle sera disputée sous forme d'un critérium ennuyeux, la cerise sera pourrie !

Voila que s'achève mon rendez-vous favori de l'année. C'était un Tour de France agréable mais pas exceptionnel ponctué, malgré tout, d'un beau vainqueur. Vivement 2012... d'autant plus que ce prochainTour de France partira de Liège, sous mes fenêtres !

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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