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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 12:28

Le violoniste liégeois est l’un des Cent Wallons du 20è Siècle.

ysaye.jpgLiège est terre de grands musiciens ! Qu’ils soient compositeurs, instrumentistes ou chef d’orchestre, la Cité Ardente a enfanté des serviteurs de la musique comme André-Modeste Grétry, César Franck, Henry Vieuxtemps, Guillaume Lekeu ou, plus proches chronologiquement de nous, Luc Baiwir et le trop méconnu bluesman François Monseur. Et puis, il y a bien entendu la famille Ysaÿe, Nicolas, le père, Théo et surtout Eugène…

Eugène Ysaÿe est tombé dans la musique dès la naissance, son père Nicolas est chef d’orchestre du Pavillon de Flore, à Liège, où Eugène vit le jour le 16 juillet 1858. Nicolas Ysaÿe initie très tôt ses enfants à la musique et Eugène découvre le violon à l’âge de cinq ans. Son frère cadet Théo se dirigera, pour sa part, vers le piano. En Septembre 1865, à peine âgé de sept ans, Eugène Ysaÿe intègre le conservatoire de Liège où il évolue dans un milieu trop stéréotypé pour lui. Il y reste quatre années avant de s’en faire exclure pour avoir critiqué, une fois de trop, les cours qui y sont donnés et qui ne vont pas dans un sens suffisamment artistique à son gré. Mais le violoniste chevronné Henry Vieuxtemps, qui a immédiatement décelé l’énorme potentiel de celui qui devient alors son protégé, parvient à le faire réintégrer au Conservatoire d’où il sera diplômé en 1873.

Quelques semaines après qu’Ysaÿe ait décroché ce sésame, Vieuxtemps est victime d’une attaque cérébrale qui le laisse paralysé d’un bras. Il est contraint d’abandonner son poste de professeur au Conservatoire de Bruxelles mais parvient à décrocher une bourse pour qu’Eugène Ysaÿe puisse y étudier avec le prestigieux violoniste polonais Henryk Wieniawski, formé à Paris, qui a remplacé Vieuxtemps exilé à Paris pour se consacrer uniquement à la composition. Ysaÿe cependant ne tarde pas à quitter la capitale belge pour rejoindre son mentor à Paris. Il y travaille en sa compagnie et y fait quelques rencontres qui vont influencer sa vie et sa carrière ; le pianiste hongrois Franz Liszt et le compositeur russe Anton Rubinstein notamment. Une amitié naît entre ses trois hommes ; Liszt et Rubinstein sont émerveillés par le talent pur du Liégeois qu’il baptise Der Famöse Kerl (Le Fameux Type).

Au printemps 1879, la santé de Vieuxtemps décline et il est contraint de rejoindre le sanatorium de Mustapha, à Alger, où travaille sa fille. Il y finira ses jours. Ysaÿe à 21 ans et Vieuxtemps le recommande à son ami violoniste autrichien Joseph Joachim, élève de Mendelssohn et membre de l’orchestre de Cologne. Ysaÿe rejoint cet orchestre où il ne reste que quelques mois avant d’être intégré à l’Orchestre Promenade de Berlin, dirigé par Benjamin Bilse, où il devient premier violon grâce à sa dextérité prodigieuse. Cet orchestre donnera naissance, en 1882, à l’Orchestre Philharmonique de Berlin aujourd’hui parmi les plus réputés au monde… La carrière d’Eugène Ysaÿe est lancée et il entame des tournées à travers l’Europe avec son ami Anton Rubinstein. Saint-Pétersbourg, Oslo et Paris sont les premières villes où il se produit avec brio. Dans la Ville Lumière, il rencontre un Liégeois naturalisé français et installé à Paris depuis 1835, César Franck qui devient son second mentor après Vieuxtemps.

La décennie ’80 du 19è siècle est bien entamée et Eugène Ysaÿe est désormais un musicien reconnu par ses pairs comme un virtuose exceptionnel. César Franck lui offre, en guise de cadeau de mariage, une sonate pour violon et piano en la majeur. Bientôt, les plus grands compositeurs décident de faire pareil et se mettent à écrire pour Ysaÿe : Ernest Chausson lui offre un concerto, Claude Debussy lui écrit un quatuor, Gabriel Fauré un quintette et Camille Saint-Saëns une sonate…

A l’origine du Concours Reine Elisabeth

Ysaÿe joue encore à Bordeaux, à Salzbourg et à Vienne avant de revenir à Bruxelles où il devient professeur au Conservatoire. Il crée, en 1894, le Quatuor à Cordes Ysaÿe et propose les premiers Concerts Ysaÿe qui attirent immédiatement la grande foule. Désormais, les Etats-Unis le réclament… Il se produit donc à Boston, Chicago et New York mais revient systématiquement en Belgique pour s’occuper d’élèves comme William Primrose, Josef Gingold ou Matthieu Crickboom qui rejoint rapidement le quatuor de son maître. Ysaÿe est sollicité par la Reine Elisabeth de Belgique, épouse du Roi Albert 1er et excellente violoniste, pour laquelle il devient conseiller musical. La Reine nourrit le projet d’un grand concours musical et Ysaÿe travaille largement sur le projet avant d’être appelé aux Etats-Unis où il accepte, en 1918, le poste de Chef de l’Orchestre de Cincinnati. Il reste quatre ans dans l’Ohio avant de revenir en Belgique pour poursuivre le projet de Concours initié par la Reine Elisabeth mais celle-ci choisit de voyager et de découvrir le monde. Elle assiste, notamment, à l’ouverture du tombeau de Toutankhamon (1922) et se prend de passion pour l’égyptologie. Elle reporte donc son intérêt sur la création d’une fondation égyptologique à son nom. Infirmière pendant la Première Guerre Mondiale, la Reine a côtoyé la mort et la maladie aussi souhaite-t-elle, à la fin des années ’20, venir en aide aux malades et aux indigents et initie aussi Fondation médicale Reine Élisabeth.

Avec tout ça, Eugène Ysaÿe et son projet de concours sont laissés de côté. Alors, le musicien liégeois imagine un opéra en wallon et le compose. Intitulé Pierre li Houyeu (Pierre le Mineur), il est achevé en 1930. Souffrant de diabète, Eugène Ysaÿe doit se ménager mais il entame malgré tout un second opéra en dialecte liégeois qu’il titre L’avierge di pièr (La Vierge de Pierre) ; la maladie le contraint à mettre un frein à cet opus. En mai 1931, Pierre li Houyeu est présenté en avant-première au Théâtre Royal de Liège (ndlr qui deviendra plus tard l’Opéra Royal de Wallonie) ; Ysaÿe ne peut y assister car il est hospitalisé à Bruxelles. Cependant, grâce à la Reine Elisabeth, un système exceptionnel pour l’époque de duplex radio est mis en place et Ysaÿe peut prononcer quelques mots à l’attention du public tandis que son portrait est projeté sur un grand écran dans la salle. Le 12 mai 1931, Eugène Ysaÿe s’éteint des suites de son diabète sans avoir pu achever son second opéra en wallon.

A la fin des années ’30, la Reine instaure enfin ce fameux concours qu’elle nomme Concours Musical International Eugène Ysaÿe en hommage au musicien et à son travail pour la réalisation de ce projet. Le concours sera rebaptisé Concours Musical International Reine Elisabeth, en 1951.

Eugène Ysaÿe est désigné, en 1995, comme faisant partie des 100 Wallons du 20è Siècle au même titre que des gens comme Georges Simenon, les hommes politique Léon-Eli Troclet, Jean Gol, Julien Lahaut, Edmond Leburton, la comédienne cherattoise Berthe Bovy, le grammairien Maurice Grévisse ou encore l’historien Godefroid Kurth et l’industriel Ernest Solvay.

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