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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 08:45

Il y a aujourd'hui 25 ans que mourrait Pierre Desproges d'un mal qu'il s'amusait à qualifier de "courte et rigolote maladie" par dérision envers ceux qui n'osaient pas nommer le cancer lui préférant la métaphore plus correcte de "longue et cruelle maladie"…

 

desproges.jpgIl existe deux types d'humoristes : ceux dont on regrette la mort comme Thierry Le Luron, Coluche et Desproges et ceux dont on regrette qu'ils soient toujours…sur scène comme Bigard, Cyril Hanouna ou Max Boublil. Depuis leur départ prématuré, les trois premiers évoqués ont laissé un vide profond dans la tradition séculaire et bien française de la bouffonnerie (ce terme est, évidemment à prendre dans son sens noble). Le 18 avril 1988, Pierre Desproges s'éteignait après avoir lutté quelques mois, avec humour et raillerie pour masquer sa souffrance, contre le cancer qui le rongeait de l'intérieur. Ne disait-il pas lors de ses dernières prestations scéniques «Lorsque j'ai appris mon cancer, en sortant de chez le médecins, j'ai été chez l'écailler pour manger un tourteaux… Match nul, cela nous fait un crabe partout !». Le 18 avril 1988, l’annonce de son décès fut ainsi faite : «Pierre Desproges annonce qu'il est mort d'un cancer. Etonnant, non ?» en clin d'œil à cette petite phrase qui ponctuait ses délires télévisuels dans la mythique Minute de Monsieur Cyclopède.

Parfois provocateur, il usait du non-sens avec bonheur, inspiré qu'il était par les Monthy Pythons. Volontairement malpoli-tiquement correct, Pierre Desproges maniait l'ironie et la férocité avec gouaille servi, il est vrai, par ses textes d'une qualité inégalée faits de finesse et d'une maîtrise pointue de la langue française avec toutes ses subtilités syntaxiques, grammaticales ou de ponctuation. Une maîtrise qui lui permettait de ne jamais sombrer dans la vulgarité. C'est bizarre mais les mots couille, bite ou con ne n'ont jamais semblés vulgaires dans le contexte desprogien alors que ces mêmes mots placés dans la bouche de Jean-Marie Bigard vogue dans un océan de vulgarité que - il faut le lui reconnaître - ce comique médiocre a su apprivoiser…

Je n'ai jamais aimé être soumis dans mes écrits. Force m'est d'avouer qu'il me faut, cependant, parfois faire des exceptions. Ce ne sont alors que des rédactions nourricières. Mais Pierre Desproges est et restera mon seul Maître. Si un jour j'arrivais à avoir ne fut-ce qu'un quart du dixième de son talent d'écriture alors je serais l'homme le plus fortuné (encore un terme à prendre dans son sens noble) de la terre… Volontiers iconoclaste, tantôt doux rêveur, tantôt agressif - verbalement s'entend -, parfois cynique, souvent hargneux, impie par réalisme, quelques fois insolent mais toujours râleur, j'ai essayé de me construire en m'inspirant de Desproges sans toutefois le calquer car cela n'aurait été, de toutes façons, qu'échec et perte de temps !

Aujourd'hui, dans l'abîme culturel qui nous entoure, devant l'électroencéphalogramme désespérément plat des faiseurs de télévision, des stars fabriquées ou des comiques handicapés de l'humour, Pierre me manque !

 

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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