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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 12:06

Le 26 juillet 1894 naissait Aldous Huxley… écrivain visionnaire et génial !

 

huxley.jpgNé, en 1894, dans une famille de l’aristocratie intellectuelle anglaise, Aldous Huxley est très tôt marqué par la vie ! Il n’a que 13 ans lorsque sa mère décède et quelques mois plus tard, une grave maladie le laisse quasiment aveugle… Cette infirmité l’éloigne de sa vocation première – la recherche scientifique – mais lui permet aussi d’échapper au conflit mondial qui ravage l’Europe dès 1914. C’est à cette période que Huxley choisit alors de se tourner vers l’écriture. Il publie ses premiers poèmes tout en devenant journaliste et critique d’art pour subsister. Il voyage à travers le continent et rencontre, à Paris, les Surréalistes avec qui il se lie d’amitié…

Le meilleur des mondes

A l’aube des années ’30, Huxley est effrayé par la tournure que prend la société. La médecine fait des progrès immenses et l’Europe commence à résonner du bruit des bottes. La Russie est devenue Union Soviétique et est soumise, depuis 15 ans, à la dictature communiste tandis qu’en Allemagne, le leader du Parti National-Socialiste des Travailleurs travaille à la conquête d’un pouvoir qu’il rêve totalitaire… Aldous Huxley imagine alors un récit futuriste dans lequel la société est divisée en catégories selon les capacités des ses composantes ; de l’élite intellectuelle (les Alphas) jusqu’aux travailleurs manuels dépourvus de capacités intellectuelles (les Epsilons)… La technologie a permis, par un procédé appelé bokanovskivisation - du nom de son inventeur -, le clonage des hommes. Tous les groupes sont soumis au clonage à l’exception des intellectuels Alphas qui dirigent ce monde aseptisé dans lequel l’éducation s’est transformée en un endoctrinement et le bonheur est devenu une illusion entretenue par une pilule appelée Soma… Dès avant la naissance, les dirigeants de la société décident de quelle orientation donner à la vie des futurs citoyens. Les techniques chimiques permettent, désormais, en effet d’influer sur l’embryon afin de la diriger vers un groupe d’appartenance. Le clonage permet une reproduction totalement artificielle et dirigée, dès lors le sexe est devenu une activité à seule vocation récréative… Chaque citoyen du monde est conditionné en fonction des attentes et des besoins de la société. Ainsi, par exemple, ils sont contraints à ne pas aimer les fleurs car celles-ci ne génèrent plus aucune activité économique et sont devenus inutiles au développement de la société. Le terme «société» prend d’ailleurs une signification importante dans cette œuvre car le monde est géré, à l’image d’une entreprise, par un Administrateur Général.

Aldous Huxley imagine un monde où toutes les tâches seraient simplifiées, dans lequel les gens n’auraient pas le bonheur mais l’illusion du bonheur au travers d’une société reposant largement sur le loisir et la consommation… En fait, il imagine la dictature parfaite puisqu’elle renvoie aux citoyens l’image d’une démocratie. La société est devenue une prison sans mur de laquelle les prisonniers ne songeraient même pas à s’évader… Les citoyens sont des esclaves qui ont l’impression d’être libres !

Et si c’était aujourd’hui ?

«Brave New World» le titre en anglais est une allusion à la pièce de Shakespeare «La tempête». Sa traduction française ; «Le meilleur des mondes» fait elle référence au «Candide» de Voltaire. L’œuvre de Huxley est avant tout une vision pessimiste de la société de consommation des années ’30. L’auteur imagine comment cette société moderne pourrait dériver si l’on n’y prend garde !

Et si c’était ce qui s’est passé ? Si la société de ce début de 21è siècle était devenue - ou tendait à devenir pour les plus optimistes – le meilleur des mondes ?

Aujourd’hui, la société tend à s’aseptiser un peu plus chaque jour ; la peur est présente à chaque coin de rue et les médias entretiennent ce sentiment. Les enjeux financiers sont capitaux – si j’ose dire ! – et le public est fortement influençable. Il suffit pour s’en rendre compte de voir le nombre d’abrutis qui téléphonent pour sauver leur candidat préféré dans les émissions télévisées débiles parce qu’on leur a dit de le faire… Quant aux décideurs, certains ont déjà en mains les clés qui leur permettent de diriger comme bon leur semble leurs sujets. Ils sont passés maîtres dans l’art de la manipulation et parfois leur morale est douteuse. Mais si tout cela est possible c’est uniquement grâce à la crédulité du peuple qui attend, désormais, d’être pris par la main, accompagné dans ses faits et gestes…

Une conversation entre l’Administrateur Général et un dissident est par ailleurs révélatrice.
«- Shakespeare est interdit parce qu'il est vieux. Ici, nous n'avons pas l'emploi des vieilles choses.
- Même si elles sont belles?
- Surtout si elles sont belles. La beauté attire, et nous ne voulons pas que l'on soit attiré par les vieilles choses. Nous voulons qu'on aime les neuves.
- Mais les neuves sont si stupides, si affreuses! Ces spectacles, où il n'y a rien que des hélicoptères volant de tous cotés, et où l'on ressent les gens qui s'embrassent!
Des boucs et des singes!
- Des animaux bien gentils, pas méchants en tout cas...»


En terme de culture, si elles ne sont pas encore interdites, les «vieilles choses» sont bien souvent taxées de ringardises par la jeunesse. Et pourtant la culture de cette jeunesse – et c’est au niveau musical que l’on s’en aperçoit le plus, je trouve – est faite de choses neuves stupides et affreuses ainsi que le redoute le dissident… Ne pas savoir aligner les mots, pourfendre l’orthographe et la grammaire, détruire la syntaxe sont autant de tares qui apparaissent comme légère de nos jours et qui pourtant facilitent la manipulation des masses par ceux qui dirigent. Bien sûr, nous ne sommes pas des clones, pas encore… Et le sexe n’est pas que récréatif même s’il prend une place nettement plus ludique (ndlr ça ce n’est pas forcément plus mal ;o) n’est ce pas ?) qu’il y a 30 ou 40 ans ! Mais plus que jamais la société se divise en groupes distincts. Les nantis et les pauvres ; les pleins de santé et les malades ; les jeunes et les vieux ; les connectés au net et ceux qui ne le sont pas ; les instruits et les incultes ; les dirigeants et les dirigés ; le Nord et le Sud…

Aujourd’hui plus que jamais je suis convaincu que les craintes d’Huxley étaient fondées ; nous sommes bien des acteurs évoluant dans «Le Meilleur des Mondes» !

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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commentaires

Le Webzine de l'Histoire 16/04/2012 10:47

Bonjour Olivier.

Tu parles dans ton articles de "la crédulité du peuple qui attend (...) d'être pris par la main, accompagné dans ses faits et gestes."

Ta phrase m'a immédiatement fait penser à un passage célèbre de Tocqueville qui, dans la "Démocratie en Amérique", dénonçait le despotisme potentiel d'un Etat-Providence souhaitant s'occuper des
individus du berceau jusqu'à la tombe : "je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs (...).
Chacun d'aux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres (...).
Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il
ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance.
(...) Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs,
conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?
C'est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l'emploi du libre-arbitre."

Tocqueville, en 1840, était donc un visionnaire : il dépeignait exactement la nature d'un Etat trop envahissant qui se mêle de tout alors qu'il n'a rien à y faire. Ce n'est certes pas un
totalitarisme, mais cette bureaucratisation de la vie, à la faveur de la démocratie, n'est pas moins dangereuse pour la liberté individuelle.
Le Meilleur des Mondes, comme "1984" d'Orwell, sont des romans fondamentaux mettant en garde contre un Etat à qui on délègue trop de tâches et à qui on s'en remet pour beaucoup trop de choses.

Olivier Moch 26/04/2012 13:26



J'avoue ne pas bien connaître les écrits de Tocqueville.
Merci pour ces précisions