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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 10:21

Le V&A Museum met le design anglais à l'honneur, une exposition à voir à Londres !

design.jpgDes traditions les plus strictes jusqu'à l'anarchie totale du mouvement punk, la culture anglaise est un subtil mélange de valeurs aromatisé d'une belle pincée de créativité, d'une dose d'ouverture d'esprit et contrebalancé par un éternel côté insulaire typiquement britannique. La culture anglaise a révolutionné le 20è siècle, elle l'a influencé comme aucune autre probablement. Que ce soit en termes de cinéma, de musique, d'arts ou de société, l'Angleterre est un phare culturel inaliénable... Parmi les références incontournables de cette culture, il y a le design qui occupe une place à part. Le Victoria & Albert Museum, musée des arts et de la science situé dans le quartier de South Kensington, rend hommage jusqu'au 12 août prochain au design anglais à travers une exposition temporaire en trois tableaux. Le design est partout, il est en perpétuelle évolution, il est à la base de l'innovation et balançe sans cesse entre tradition et subversion... c'est cela que cherche à montrer l'exposition "British Design 1948-2012 - Innovation in the Modern Age". L'idée majeure de l'expo est de mettre en avant le rôle majeur joué par les designers anglais, ou formé en Angleterre, dans la société internationale de l'après-guerre à nos jours. Le fait que les années 1948 à 2012 soient mise en avant est tout sauf un hasard car l'exposition prend place dans une série impressionnante de manifestations organisées autour des Jeux Olympiques qui se dérouleront à Londres du 27 juillet au 12 août prochains. En 1948, Londres accueillait les premiers Jeux Olympiques de l'après-guerre(1); 2012 est enconre année olympique à Londres, ces deux dates convenaient dès lors parfaitement pour cadrer l'exposition du V&A Museum.

"British Design 1948-2012 - Innovation in the Modern Age" repose sur trois tableaux distincts mais complémentaires afin de proposer une balade culturelle et sociale captivante. Le premier tableau, intitulé "Tradition & Modernity", s'attarde sur la tension qui agita la société anglaise au lendemain de la seconde guerre mondiale. L'Angleterre entame alors une profonde mutation sociétale, elle glisse lentement vers le modernisme et la transition ne se fait pas sans heurts. Une part importante de la société reste solidement ancrée dans la tradition, comme en témoigne la cérémonie du couronnement d'Elisabeth II (juin 1953) qui déclencha la passion dans tous le pays, mais suite aux bombardements allemands durant la guerre, le pays doit se reconstruire et plusieurs architectes(2) imaginent des villes rompant avec la tradition architecturale britannique, des constructions résolument avant-gardistes qui ne verront pas le jour avant les années '60. Dans différents secteurs comme l'ameublement, la mode, la photographie ou l'architecture, on sent poindre une nouvelle génération qui fourmille de projets mais la tradition l'emporte sur le modernisme, encore qualifié de subversion, jusque vers 1960. Les années soixante constituent un virage important, la subversion prend le pas. L'on considère souvent que ce virage à 180 degrés est amorcé par la sortie de la Mini Morris Minor, en 1959. Cette petite voiture rouge ne passe pas inaperçue dans les rues de Londres tant par sa forme unique (très courte, avec des petites roues) que par ses qualités techniques innovantes (moteur transversal compact). Elle va à l'encontre des automobiles anglaises de l'époque et révolutionne le comportement des jeunes qui s'affranchissent des valeurs de leurs parents. Le rock 'n roll arrive des Etats-Unis. Cliff Richards, The Shadows imposent ce nouveau courant musical en Angleterre, ils annoncent l'explosion des Rolling Stones, des Yardbirds, des Animals et, of course, des Beatles. Le second tableau, "Subversion", fait la part belle à cette contre-culture qui s'installe dans les sixties, un courant qui sera nommé Swinging London par le Time et par lequel la mutation s'installe durablement dans la société britannique. Londres devient le centre du monde - un peu comme il l'était sous l'époque Victorienne à la différence qu'il l'était alors économiquement et politiquement et qu'il l'est désormais culturellement -, les moeurs changent, Mary Quant impose la mini-jupe, Carnaby Street est un haut-lieu de la culture underground, la musique pop s'impose, Londres est la capitale mondiale de la mode. John Schlessinger, Lewis Gilbert et Tony Richardson emmènent la Nouvelle Vague du cinéma britannique qui plonge dans un univers ultraréaliste et ouvre les portes d'un cinéma social à venir. Alan Bates, Albert Finney, Michael Caine, Tom Courtenay et Julie Andrews deviennent les stars de ce nouveau cinéma, ils accèdent rapidement au statut de vedettes internationales. Les réalisateurs anglais surfent aussi sur la libéralisation des moeurs pour introduire le sexe dans leur cinéma. Pendant que la société négocie le virage des sixties, les partisans de la Vieille Angleterre tentent de subsiter en conservant leurs valeurs ancestrales. La société anglaise est toujours aussi divisée que dans l'immédiate après-guerre mais, cette fois, c'est le modernisme qui a le dessus. Une série à succès, "The Avengers" (ndlr "Chapeau Melon et Bottes de Cuir" chez nous) illustre parfaitement la génération du Swinging London, John Steed représentant la haute bourgeoisie traditionnelle déliquescente opposée au  modernisme populaire symbolisé par Emma Peel. Les masses populaires profitent effectivement des Trentes Glorieuses pour découvrir la consommation et s'embourgeoiser, leur pouvoir d'achat grandissant réduit le fossé qui séparait encore les classes supérieures (aristocratie, noblesse et haute-bourgeoisie) et les classes populaires. Les Mods, des jeunes issus des classes prolétaires, imposent leur style de vie axé sur la fête, la joie de vivre et l'apparence. Ce sont les hédonistes du 20è siècle ! Les Mods (abréviation de Modernists) s'opposent aux Rockers et, surtout, aux Teddy Boys dont les valeurs sont totalement opposées (certains groupes de Teddy Boys ont été infiltrés par des néonazis) pour imposer leur culture. Cela tourne souvent à  l'affrontement physique... La décennie suivante, celle des années septante, sera encore synonyme de subversion mais celle-ci est davantage liée à la crise économique et à l'effondrement du système monétaire. L'Angleterre est fortement touchée par cette crise et le problème politique nord-irlandais plombe encore davantage le ciel britannique surtout après le fameux Bloody Sunday (janvier 1972). Inflation galopante, crise économique et politique... le pays est en proie au doute, le temps de l'insouciance et de la joie de vivre de Mods est bien passé. C'est le mouvement punk qui s'invite en Angleterre vers le milieu des années 70 et qui impose une nouvelle contre-culture ou plutôt sa culture. Sex Pistols, The Clash et Stiff Little Fingers effacent la pop gentillette des bacs de disquaires; Vivienne Westwood impose un style punk à la mode tandis que Malcolm McLaren catalyse l'anarchie des groupes punk pour en faire un courant porteur (et commercial) puissant. Jamie Reid impose un graphisme punk qui souligne l'idéologie de ce mouvement bâtie sur des valeurs individualistes, anarchistes, anti-autoritaristes, libertaires et nihilistes. L'icône incontournable de ce graphisme punk reste, sans conteste, la pochette de l'album God Save the Queen de Sex Pistols avec l'Union Jack dans lequel apparait la Reine bâillonnée par le nom du groupe.

Enfin, l'ultime tableau de l'exposition, "Innovation & Creativity", s'articule davantage sur la technologie, vers les technologies successive, et la manière dont les créateurs anglais ont su s'y adapter pour faire évoluer leurs créations. L'exposition est bien fournie, une grande partie des objets et photographies est d'ailleurs puisée dans les collection du V&A. Elle montre l'importance des designers anglais dans l'industrie, la culture et l'économie depuis la seconde guerre mondiale. L'exposition témoigne à souhait de cette dualité qui imprègne l'Angleterre toujours partagée entre ses traditions (la cérémonie de la relève de la garde est aussi séculaire que quotidienne tout comme le tea-time) et ses aspirations d'ouverture vers la nouveauté, la créativité et l'avant-gardisme...


British Design 1948-2012 - Innovation in the Modern Age en pratique
du 31 mars au 12 août 2012

au Victoria & Albert Museum
(Cromwell Road, London SW7 - metro South Kensington)
Tarifs : 12£ (full ticket) - 10£ (senior) - 8£ (étudiant)
Site internet : British Design 1948-2012

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(1) en fait, Londres aurait du accueillir les JO de 1944  qui ont, évidemment, été annulés à cause du conflit mondial. Le CIO attribuera donc, au lendemain de la guerre l'organisation des Jeux de 1948 à Londres sans avoir recours à la procédure de sélection usuelle.
(2) dont la plupart se sont réunis dans un collectif utopiste baptisé Archigram

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Published by Olivier Moch - dans A découvrir
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