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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 09:19

Le "Holmes" de Ritchie : pas vraiment une grande réussite au regard du canon holmésien !

shfilm.jpgLundi soir, la RTBF diffusait Sherlock Holmes, le film réalisé par Guy Ritchie en 2009. En tant que fan de l'oeuvre majeure de Conan-Doyle, je m'étais refusé à voir le film au cinéma lors de sa sortie, de peur d'être déçu. Lorsqu'il est passé à la télévision, je me suis laissé tenter et... j'ai été déçu ! L'intrigue du film n'est pas mauvaise en soi mais la réalisation est lourde, les nombreux ralentis et mini flash-backs n'apportent rien au film, ils le rendent même plus malaisé à comprendre pour le spectateur qui n'est pas familiarisé à l'univers de Sherlock Holmes. Guy Ritchie n'est pas le meilleur, loin s'en faut, quand il s'agit de rythmer un film. Quant aux effets spéciaux - et c'est une maladie dramatique du cinéma du 21è siècle ! - ils sont trop visibles. Les fx doivent servir l'intrigue, la renforcer pas être un élément essentiel du film... J'ai l'impression aujourd'hui que dans un film, si on ne voit pas les effets spéciaux, on considère qu'ils sont ratés. C'est dommage ! Mais, par delà la forme, c'est sur le fond que le Sherlock Holmes de Guy Ritchie est décévant. Notons quand même un point positif, le portrait de Holmes est plutôt fidèle au personnage de Conan-Doyle. En effet, il est présenté comme quelqu'un de débraillé, de négligé à l'hygiène parfois douteuse, surtout lorsqu'il s'ennuie, ce qui est fréquemment le cas, et vivant dans un capharnaüm indescriptible. Dans la majorité des adaptations, Holmes est présenté comme un gentleman, ce qui est finalement loin d'être le cas dans le canon holmésien. Par ailleurs, les très grandes connaissances du détective en matières d'anatomie (dans les scènes de bagarre, notamment) et de chimie sont mises en avant tout comme son égotisme exacerbé. Tout juste puis-je regretter que le côté cocaïnomane du personnage, la fameuse solution à sept pourcents, soit passé sous silence. C'est pourtant une facette importante de Holmes... Où le réalisateur et les scénaristes se plantent en beauté c'est sur l'historique des aventures de Sherlock Holmes. Dans le film, John Watson est sur le point d'épouser Mary Morstan, le canon holmésien est précis sur ce point, ils se marient en 1887 (voir Le Signe des Quatres), par ailleurs l'action du film se situe entre 1886 et 1894, dates de construction de Tower Bridge dont on voit le chantier à plusieurs reprises et où se termine l'affrontement entre Holmes et Blackwood. Au vu de l'état d'avancement du chantier, on peut imaginer qu'il n'en n'est pas à ses débuts, mais la relation entre Watson et Morstan situe forcément l'action avant la fin de l'année 1887, puisque leur mariage fut célébré cette même année. Ces détails non-négligeables placent l'aventure entre 1886 et 1887, davantage en 1887 même oserais-je dire. Or, la belle Irène Adler, que Holmes considère comme LA femme, n'apparait pour la première fois que dans Un Scandale en Bohême, dont l'action se situe précisément en 1888. Holmes la rencontre pour la première fois à l'occasion de cette aventure... il ne peut donc pas la connaitre au moment de l'action du film de Ritchie ! Par ailleurs, le film la présente également comme une aventurière au service du Professeur Moriarty, ce qu'elle ne fut jamais dans le canon holmésien...  La future épouse du Dr Watson ne rentre pas dans le canon, elle non plus ! En effet, alors que dans le film Watson presse Holmes de rencontrer sa fiancée, celui-ci accepte un repas dans un restaurant prestigieux où il dresse d'elle un portrait peu flatteur sur base de ses observations. A nouveau, ce n'est pas possible puisque Mary Morstan rencontre Sherlock Holmes, dans Le Signe des Quatres, avant d'être fiancée à Watson, lorsqu'elle vient solliciter l'aide du détective. Décidément, les personnages féminins du film de Guy Ritchie font tâche sur le canon holmésien...

Par ailleurs, il y a un côté très comic-book, voire super héros, qui est assez déplaisant dans ce film. En fait, l'adaptation proposée est celle d'une BD de Lionel Wigram qui n'a jamais été publiée. Ritchie ne signe donc pas l'adaptation d'un récit d'Arthur Conan-Doyle mais bien l'adaptation d'une adaptation d'un récit d'Arthur Conan-Doyle... Ceci explique assurément les égarements par rapport au canon holmésien ! En définitive, ce film peut se laisser regarder, à condition de ne pas être sensible à l'oeuvre de Conan-Doyle...

La suite... pire encore !

Après avoir vu Sherlock Holmes et en avoir été déçu en tant qu'accro au personnage originel, je me suis renseigné sur la suite que Guy Ritchie a donné à son film, Sherlock Holmes : jeu d'ombres, sorti à la fin de l'année dernière au cinéma. A la lecture du synopsis, on s'aperçoit que le réalisateur prend davantage de liberté avec l'oeuvre canonique encore. Ainsi, l'action de ce second opus est située en 1891 et le Professeur Moriarty y joue un rôle important. C'est en 1891, dans Le Dernier Problème, que Sherlock Holmes affronte pour la première fois Moriarty, il y a donc une forme de hiatus qui se dégage, Holmes ne peut pas rencontrer deux fois Moriarty pour la première fois ! Par ailleurs, Ritchie inclut dans ce second film la fameuse culbute des deux ennemis dans les Chutes du Reichenbach où il invente un sommet de la paix qui n'a pas lieu lors du "vrai" affrontement final entre Holmes et Moriarty. Par ailleurs, le Dr Watson assiste à la chute des deux hommes alors qu'il ne l'a pas vécue puisque Moriarty l'éloigne avec un prétexte fallacieux. C'est sur le fait que Watson n'a pas vu mourir Holmes et que le corps du détective n'est jamais retrouvé que repose le retour de Sherlock Holmes imaginé par Arthur Conan-Doyle au terme d'une période de trois années de disparation (ndlr une période nommé Grand Hiatus, par les holmésiens). Par ailleurs, à la fin de ce second film, Watson recoit un paquet de Holmes ce qui lui indique clairement que son ami est toujours vivant... Erreur puisque Watson ne l'apprendra que trois ans plus tard, en 1894, dans La Maison Vide, l'aventure qui signe le retour de Sherlock Holmes ! Pendant ces trois année du Grand Hiatus, Watson est persuadé de la mort de Holmes qui s'est éclipsé sans laissé de trace. Ritchie dénature donc l'élément essentiel qu'est la disparition de Holmes dans les Chutes du Reichenbach ! Enfin, on apprend dans Sherlock Holmes : jeu d'ombres que John Watson et Mary Morstan préparent leur voyage de noce... Il est grand temps puisqu'ils se sont "officiellement" mariés en 1887 et que nous sommes en 1891 ! Décidément, Guy Ritchie maitrise mal l'oeuvre canonique holmésienne, c'est décévant pour les fans du détective-conseil londonien...

La série Sherlock, créée pour la BBC en 2010, qui transpose les aventures de Sherlock Holmes au 21è siècle est nettement plus fidèle au personnage de Conan-Doyle même si elles sont anachronique. L'univers holmésien y est parfaitement rendu et Benedict Cumberbatch se fond à merveille dans le rôle du détective...

 

Les petits plus de l'article :
   - Holmes... Sherlock Holmes
   - Pas que Sherlock Holmes
   - La Maison de Soie

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Published by Olivier Moch - dans Humeurs
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