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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 12:46

La Croatie entre dans l'Union Européenne, ce 1er juillet !

Croatia2013.jpgIl y a, à peine, vingt ans, la Croatie était engluée dans un conflit contre la Serbie. L'effondrement progressif de la République Socialiste de Yougoslavie à plongé les différentes composantes de cette nation en pleine guerre civile. De tous les conflits de ce que l'on appella, entre 1991 et 2001, les Guerre de Yougoslavie, celui de Croatie fut le plus long. Il dura quatre longues années, de la non-reconnaissance de l'indépendance croate prononcée en juin 1991 jusqu'aux opérations Tempète et Eclair, à l'été et à l'automne 1995, qui menèrent à l'indépendance réelle du pays. Au terme de cette guerre d'indépendance, si la Croatie a défini son territoire, préservé ses frontières et obtenu la reconnaissance internationale, le pays n'en est pas moins dévasté - l'ONU estime l'ampleur des dégats à quelques 37 milliards dollars -, l'économie est détruite, le PIB a chuté de 21% et une grande frange de la population a choisi l'exil pour échapper aux massacres et aux combats. Bref, c'est une nation exsangue qui prend sa place dans le concert des nations mondiales, en outre son Président, Franjo Tudman, n'est pas à proprement parlé un exemple de dirigeant démocratique. En effet, en plus des relents négationnistes qui lui sont reprochés, notamment, par Elie Wiesel, Tudman refuse de valider l'élection d'un maire issu d'un parti d'opposition à Zagreb, en octobre 1995, avant d'instaurer un délit de presse qui lui permet de poursuivre en justice les médias qui publient des informations qui le desservent. Enfin, le Tribunal Pénal International envisage de poursuivre Tudman pour nettoyage ethnique à l'encontre de populations serbes dans le cadre de l'Opération Tempète mais, emporté par un cancer, il décède avant d'être inculpé. Bref, à l'aube du 21è siècle peu sont nombreux à imaginer une entrée de la Croatie dans l'Union Européenne.

En 2000, l'élection à la tête du pays du démocrate chrétien Stjepan Mesic est une amorce de changement. En deux mandats et dix années de gouvernance, il démocratise le pays, l'ouvre à l'Europe et aux investisseurs étrangers, fait face aux nationalismes persistants et redresse l'économie. Lors du premier mandat de Mesic, en février 2003, la Croatie introduit une demande d'adhésion à l'UE, cette demande est transformée en statut de candidat officiel le 21 juin 2004 et les premières négociations d'adhésion s'ouvrent en octobre 2005. En janvier 2012, par voie référendaire, les Croates se prononcent, à 66%(1), pour l'entrée de leur pays dans l'Union Européenne. Tous les ingrédients sont réunis pour que la Croatie rejoignent prochainement l'Union... C'est chose fait ce 1er juillet !

Un carrefour culturel important à l'économie délicate

Depuis le 4è siècle avant Jésus-Christ, la région croate est soumise à la colonisation. Les Celtes d'abord, les Grecs et les Romains ensuite, les Huns, les Ostrogoths et les Byzantins occupèrent successivement les territoires (Yllirie, Dalmatie, Pannonie, Slavonie, Istrie...) qui correspondent à l'actuelle Croatie. A l'époque médiévale se développe les Royaumes et Dûchés slaves qui installent un réel empire sur l'Europe centrale et orientale avant que l'empire austro-hongrois des Habsbourg n'annexe la Croatie entre le 16è et le début du 20è siècle. La Croatie a donc subi des influences diverses qui ont créé un héritage culturel important qui a contribué à l'économie touristique du pays, le tourisme représentant désormais un quart du PIB. Alors que le pays compte quelque 4,4 millions d'habitants, il accueille près de 10 millions de touristes annuels... On compte donc deux fois plus de touristes que d'habitants en Croatie. Cependant, le PIB croate reste bas, il est de 39% inférieur à la moyenne de l'UE ce qui fait du nouvel entrant le troisième pays le plus pauvre de l'Union, juste devant la Roumanie et  la Bulgarie. L'économie est en récession depuis quatre ans, le chômage reste important, il touche 20% de la population active, et se situe très nettement au-dessus de la moyenne européenne (11%) au même niveau que le Portugal mais loin de l'Espagne (25%) et de la Grèce (28%)... Pour les partisans croates de l'adhésion, celle-ci représente une formidable opportunité économique - ne fut-ce que par la manne financière de 11,7 milliards d'euros promise en guise d'aide financière par l'UE d'ici 2020 - tandis que les opposants y voient un véritable génocide économique pour les populations les moins aisées du pays.

La Croatie est le 28è état... Et après ?

L'adhésion officielle de la Croatie porte l'Union Européenne à un ensemble de 28 nations qui regroupent 508 millions d'habitants. Le croate est désormais la 24è langue officielle de l'UE. Que de chemin parcouru depuis la création de la Communauté Européenne de l'Acier et du Charbon (CECA), en 1951, qui réunissait six pays : l'Allemagne, La Belgique, La France, L'Italie, le Grand-Dûché du Luxembourg et les Pays-Bas. L'Union Européenne - d'abord devenue Communauté Economique Européenne (CEE) en 1973 - s'est étoffée au fil des décennies, pour parvenir depuis aujourd'hui à une communauté de 28 états-membres. Et cette communauté n'est pas fermée, loin s'en faut. La Turquie, candidate à l'adhésion depuis 1987 mais seulement reconnue depuis 1999), la Macédoine (2004), le Montenegro (2008), la Serbie (2009) et l'Islande (2009) sont aux portes de l'Union. Si la question turque pose des problèmes culturels, éthiques et politiques, les candidatures serbe, macédonienne et monténégrine sont bien avancées. Ces trois nations devraient être les prochaines à adhérer, l'on évoque une adhésion à "moyen terme", ce qui est plutôt nébuleux, convenons-en... L'Islande a, pour sa part, suspendu les négociations d'adhésion dans l'attente d'un référendum populaire qui a été annoncé dans l'accord de Gouvernement de centre-droit mis en place en avril dernier. La population islandaise est, selon différents sondages menés dans le pays durant la campagne électorale législative, plutôt réticente à l'idée d'entrer dans l'Union Européenne. Si une Europe à 31 est envisageable "à moyen terme"; à 33 ce n'est pas vraiment à l'ordre du jour !

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(1) avec, il convient de le préciser, un taux de participation très faible de 43,58%

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Published by Olivier Moch - dans Actualité
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