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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 06:31

Portrait de Jerry Lewis, l’un des chantres de l’humour burlesque !

FamilyJewelsPosterBaja.JPGJerry Lewis, qui fête son 87è anniversaire aujourd’hui, est l’un des artistes comiques qui a le plus compté aux Etats-Unis, il est de la trempe de Chaplin, Keaton ou Brooks. Son faciès grimaçant et son humour déjanté n’ont jamais vraiment trouvé grâce aux yeux des critiques cinématographiques mais le public accrocha très tôt aux pitreries de Lewis. L’homme a toujours eu une relation privilégiée avec la France où il connut autant de succès, sinon plus, que dans son pays… Enfant de la balle, Joseph Levitch l’est assurément ! Né, en 1926, d’un père artiste de cabaret qui avait opté pour une américanisation de son patronyme – Levitch est devenu Lewis – et d’une musicienne, il ne pouvait pas faire autrement qu’abandonner rapidement l’école où il s’ennuie profondément pour se lancer sur les planches. Sa filiation lui permet de se produire sur scène, à l’âge de 15 ans, avec un spectacle intitulé «Record Act» dans lequel il mime les chanteurs en vogue alors avec en fond sonore les bandes sonores de leurs chansons… Le succès est immédiatement au rendez-vous ! Il faut dire que Jerry a passé des heures à étudier poses, postures et manies des Bing Crosby, Frank Sinatra et des autres vedettes de l’aube des années ’40.

 

Héritiers de Laurel & Hardy…

En 1946, le jeune Jerry Lewis fait une rencontre capitale. A Atlantic City où il se produit, il partage une chambre avec un chanteur d’une dizaine d’années plus âgé que lui ; Dean Martin. Les deux hommes s’entendent et décident de se produire ensemble, peut-être aussi pour limiter les frais au départ. Mais leur duo prend corps et séduit largement le public. Dean Martin est le séducteur sensuel, correct et bien dans sa peau ; Jerry Lewis est le brave garçon un peu stupide et maniaque qui colle aux basques de Martin… En quelques mois, le duo acquiert une renommée nationale. Ce n’est que logiquement qu’Hollywood les sollicite et, en 1949, Lewis et Martin sont à l’affiche de «My friend Irma» de George Marshall. Ils n’y jouent que des rôles secondaires mais ils ont mis le pied dans la grosse machine hollywoodienne. Il ne leur faut patienter que quelques mois pour obtenir la tête d’affiche de «At War with the Army» (1951 – Hal Walker). Ils tourneront ensemble, jusqu’en 1956, 16 films pour la Paramount qui ne peut que se frotter les mains d’avoir signé les deux comiques… En effet, chaque film déclenche une furie hystérique du public et est synonyme de bénéfices plantureux. Ils sont les nouveaux Laurel & Hardy !

Mais alors qu’ils sont au sommet de leur art, en 1956, les deux compères se séparent ! Des divergences de vue sont apparues entre eux. En réalité, Martin souffre de n’être que le numéro 2 du duo. En effet, Jerry Lewis supporte à lui seul la plus grosse partie du comique du duo ; il est simplement génial et Martin ne lui sert que de faire-valoir ! Pourtant, Jerry Lewis s’en est souvent défendu arguant du fait que l’humour de Dean Martin était supérieur au sien et que le public ne l’avait pas compris. Encore dans son livre «Dean et moi», paru en 2006, c’est la position qu’il défend. Dean Martin a aussi un sérieux problème d’alcool. Lewis le protège fréquemment en affirmant qu’il ne s’agit là que d’un air qu’il se donne pour apporter du poids à son personnage… Mais personne n’est réellement dupe ! Evidement, la séparation des deux hommes ne fait pas la joie de la Paramount. Ils valent alors 300 millions de dollars par film et ils ont encore un contrat de huit ans à honorer… Mais Martin parvient à convaincre les pontes de la Paramount de les libérer de leur duo.

Mieux que Chaplin ?

Lewis se lance alors seul dans l’aventure tandis que Martin rejoint Sinatra et Davis Jr pour former le fabuleux Rat Pack. Le problème de Dean Martin est là ; il a participé à de fabuleuses aventures artistiques mais il n’avait pas réellement le poids suffisant que pour être une vedette du calibre de Jerry Lewis ou de Frank Sinatra alors il se contenta de vivre dans leur ombre… Jerry Lewis endosse les casquettes de producteur, scénariste, réalisateur et acteur avec bonheur. Il enchaîne les films, réalise et interprète quelques-uns des grands classiques de l’humour burlesque : «The Ladies Man» (1961), «It’s only money» (1962), «The Nutty Professor» (1963), «The Family Jewels (1965) dans lequel il réussit la gageure de jouer sept rôles différents aussi comiques les uns que les autres, «Three on a couch» (1966)… Jean-Luc Goddard dira même de Lewis qu’il est «Supérieur à Chaplin et à Keaton» dans l’humour ! Mais l’humour de Jerry Lewis s’étiole, le public a changé et n’attend plus la même chose… Le burlesque n’est plus plébiscité, il faut dire que les Etats-Unis s’enlisent au Vietnam et qu’une génération de comiques plus acides voit le jour emmenée, notamment, par Lenny Bruce et Andy Kaufman (ndlr brillamment interprété par Jim Carrey dans le film de Milos Forman «Man on the Moon» en 1999) volontiers plus provocateurs que burlesques… Alors Jerry Lewis se fait plus rare tant sur scène qu’au cinéma. Il cherche à se renouveler et imagine le scénario d’un clown prisonnier dans un camp de concentration nazi et qui tente de faire oublier l’horreur des lieux à des enfants juifs en faisant le pitre… Malheureusement, pour de basses raisons financières, le film intitulé «The day the clown cried» («Le jour où le clown pleura») ne verra jamais le jour ! Si certains se demandent où Roberto Benigni puisa son inspiration pour réaliser son magnifique «La vita e bella», ils ne doivent pas chercher plus avant… Jerry Lewis doit patienter dix ans pour retrouver le succès avec «Hardly working» (1980) et ensuite «Smorgasbord» (1983). Mais son étoile est moins brillante et il est rattrapé par la maladie… Alors, il sélectionne ses apparitions et joue sous la direction de grands réalisateurs comme Scorsese («La Valse des Pantins») ou Kusturica («Arizona Dream») !

 

Lewis est l’un des plus grands comiques de toute l’histoire du cinéma et cependant, la société culturelle américaine n’a jamais voulu lui reconnaître ce titre comme elle le fit pour Chaplin, Lloyd ou Keaton… Aujourd’hui, Jerry Lewis poursuit son aventure sur scène et, malgré ses 80 ans (il les fête demain !), continue d’amuser un large public. Il est la source d’inspiration majeure d’acteurs comme Jim Carrey, Robin Williams ou Billy Crystal…

Père du Téléthon

Ce que l’on sait peut-être moins à propos de Jerry Lewis c’est qu’il est père d’un enfant myopathe et que cette maladie l’a touché au plus haut point. Aussi, en 1966 alors qu’il est au sommet de sa gloire et de sa fortune, décide-t-il de lancer une collecte de fond nationale pour aider la recherche scientifique sur la myopathie. Cette émission il la veut télévisée de manière à toucher le plus grand nombre possible de personnes à travers les USA. Cette émission sera baptisée Telethon et rapporte chaque année des millions de dollars. Elle a aussi fait des émules en Angleterre, en France et en Belgique…


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